MISSION MARS 2020 : Compte-rendu

 

Lundi 9 mars : j’ai appris hier soir que mon vol Air Mad (prévu à 15h) de ce jour était annulé … Super ! Et que j’étais « replacé » sur un vol Air France Paris/Nairobi à 20h. De là, j’attendrai pendant 7h pour prendre un vol Kenya Airways pour Tana à midi.


Mardi 10 mars : J’arrive donc à Tana vers 15h mais le vol pour Tuléar a eu lieu, comme prévu, à 8h ce matin … Je suis placé par le Welcome service d’Air Mad dans un hôtel à quelques kilomètres de l’aéroport pour attendre le vol pour Tuléar de demain.


Mercredi 11 mars : A 11h j’apprends par la réception de l’hôtel que la navette pour l’aéroport me prendra à 12h30 et non 14h comme prévu … vite à ma chambre pour ranger et faire ma valise et au resto pour manger avant midi … ça tombe bien j’avais faim (ma mère disait que c’était une bonne maladie). Décollage à l’heure, mais ce vol fait escale à Fort Dauphin ce qui allonge le trajet de près de deux heures. J’arrive enfin à Tuléar. Au préalable, j’avais appelé Alijaona pour lui faire part de tout ce bazar et pour qu’il décommande et décale les rendez-vous prévus ce mercredi avec l’ONG Bel Avenir (pour parler des classes vertes), avec le DREN (pour parler des trois collèges) et avec nos entrepreneurs pour les chantiers 2020.

 

Jeudi 12 mars : A 8h achat de boissons et d’un demi pain de glace puis vérification du plein du 4x4 et nous partons tranquillement en direction d’Ambolimailake (sud de la commune de Manombo) où nous avons rendez-vous avec le Maire et plusieurs chefs de villages pour faire le point sur le projet de réalisation d’un collège qui bénéficierait à toute la partie sud de cette commune. L’unique collège actuel est à Manombo (à 15km d’Ambolimailake et en plus, entre les deux, il y a la rivière Manombo intraversable en cas de fortes pluies). Nous sommes donc attendus : une trentaine de personnes sont là, autour du nouveau Maire. Après les traditionnels mots de bienvenue, je prends la parole pour saluer l’ancienne équipe municipale qui avait exposée et mise en avant cette demande de collège et ensuite, je demande à l’assemblée si elle serait d’accord pour accueillir Projet Action le vendredi 23 octobre à 11h pour un repas, avec de la musique et des danses sans oublier de la THB manitse (fraîche) … et comme l’assemblée est d’accord je dis que nous en profiterons ce jour-là pour inaugurer le collège d’Ambolimailake ! Après quelques instants, le Maire et les chefs de villages comprennent que je ne plaisante pas et que le collège sera réalisé avant le mois d’octobre. Le bonheur et la fierté se lisent sur tous les visages …. j’ai toujours considéré ces moments comme une  belle récompense pour Projet Action et tous ses parrains. Nous passons aux signatures de la convention de partenariat et nous allons voir le lieu de construction du collège qui se situe dans la grande enceinte de l’école primaire. Nous arrivons à midi à Milenake où nous prenons le repas en discutant avec M. Naivoson. J’en profite pour lui commander deux litres de miel. C’est ensuite l’arrivée à Tsaragiso que j’ai quitté il y a déjà 4 mois et demi, un grand plaisir traditionnel. Nous « ouvrons »  ma maison et l’on installe sacs, valises, boissons. La grande table et quelques tabourets sont sortis sur la terrasse. Il fait chaud ; 35° dans la maison, on ouvre tout et je salue et embrasse les voisins, petits et grands, qui viennent dire bonjour.


Vendredi 13 mars : nous sommes à 9h à Milenake pour faire le point sur le projet de poulailler. Les membres de l’association FITAHIA sont tous là et sans trop tarder, j’annonce la bonne nouvelle : après la formation financée fin 2019, début 2020, le poulailler sera réalisé cette année… Applaudissements et sourires de satisfaction. Nous signons la convention de partenariat. A 10h nous sommes à la Mairie pour une réunion proposée par Projet Action pour informer la commune sur la réalisation cette année d’une consolidation de la piste Volamindry (Milenake/Andranodehoke) par la construction d’un mur de soutènement de 130m de long côté nord à l’amorce de la piste en direction d’Andranodehoke. Le nouveau maire est là avec son équipe et quelques autres responsables. Je le salue, c’est la toute première fois que je le vois. Son père a vécu un temps sur la commune, il y a assez longtemps. M. le Maire prend note et prend la parole pour demander à Projet Action des « fiches-projets » sur nos interventions (poulailler, mur, projet de porcheries …), il insiste, bien que ce ne soit pas l’objet de la réunion, pour me remettre trois dossiers de demandes de financements de différents bâtiments : postes avancés de gendarmerie, marchés couverts, dispensaires. Des chiffrages « significatifs » sont donnés et ces dossiers, qui ne comportent aucun plan, demandent des aides financières conséquentes à Projet Action. Je suis donc amené à expliquer à M. le Maire comment fonctionne Projet Action tout en m’étonnant qu’il ne soit pas encore au courant : c’est Projet Action qui, depuis 23 ans, est maître d’œuvre et non la commune. Par ailleurs, Projet Action note les besoins et demandes des communes, les valide en lien avec les maires et, si possible, réalise les projets. Je remets à M. le Maire la liste des quelque 150 réalisations sur la commune de Milenake en 23 ans. Je propose à M. le Maire de nous revoir ultérieurement pour échanger sur ces réalisations après avoir souligné que Milenake est, de loin, la commune qui a le plus bénéficié de nos interventions et je l’informe par ailleurs que nous allons débuter des partenariats avec deux nouvelles communes : Ankililoake et Analamisampy.

Il est 11h, nous sommes attendus à Antanimena pour faire le point sur le projet des trois porcheries, le Maire et deux gars de son équipe nous accompagnent…. Le village nous attend et j’annonce d’abord la bonne nouvelle : réhabilitation de la toiture du hangar (qui sert aussi bien de mini marché couvert que de lieu de réunion) : c’est un petit chantier d’environ 250€, car le village a conservé les tôles envolées suite à un cyclone, il y a un peu de charpente à refaire et peut être deux jours de main d’œuvre. J’aborde ensuite le problème des porcheries : la formation financée par Projet Action s’est très bien déroulée. Mais il existe un gros problème sur des chiffres fournis par les trois associations quant au montant du prêt (à 0 % d’intérêt) que nous prévoyons d’accorder pour le démarrage après construction des porcheries : achat des couples de porcs, frais de nourriture jusqu’au moment où l’élevage commencera à rapporter, idem pour les frais vétérinaires … Les trois associations devaient se renseigner à Tuléar et auprès des formateurs du CFP … Nous questionnons et re-questionnons : combien de porcs par portée ? A quel âge les porcs seront ils vendus ? A quel prix ? Au final, il semble que la vente des porcs rapporte moins que les coûts d’achat des porcs, plus les frais de nourriture et frais vétérinaire….. Une cacophonie indescriptible, M. le Maire et ses gars posent aussi les questions mais cela ne s’arrange pas …. et ça dure une heure, je suis « épuisé ». Je conclus en re-listant les questions sans réponse à ce jour et j’annonce que nous nous reverrons la prochaine fois, j’invite, au passage, M. le Maire à aider ces trois associations avant notre prochaine rencontre. C’est la 4e fois que je viens à Antanimena pour parler de ce projet de porcheries ; le rapport temps passé/ concrétisation n’est pas topissime, c’est un vrai problème pour ce type d’intervention.

Nous déjeunons au resto de Milenake et partons ensuite vers Anteteza pour faire le point sur le projet de poulailler dans ce village. Quatre membres de l’association nous attendent, mais le Président (M. Bototsako) n’est pas là, on nous raconte qu’il a dû aller à Tuléar pour plaider la cause du village dans une affaire de meurtre dans laquelle le village d’Anteteza serait mêlé… Je ne comprends pas tout, mais au bout de 10mn, je prends conscience qu’il ne sera pas de retour avant … un certain temps et je prends la décision de reporter cette rencontre à la mission du mois de juin car dans ce type de contact, l’expérience m’a appris à être prudent. De plus, parmi les quatre membres présents, il y en a deux que je vois pour la première fois …

Retour à Tsaragiso : avec la pâte préparée ce matin avant de partir, il est temps que je m’occupe de faire cuire mon pain de 500gr. Ce pain sera de bonne qualité, il ne manquera qu’un bon saucisson Sauguain (Hte Loire) et un jus de raisin quelque peu fermenté du côté de Médoc.


Samedi 14 mars : nous partons vers 8h15, tranquillement, en direction de Tsianisiha où la commune, au grand complet, nous attend pour la grande réunion de reprise de contact avec Projet Action. Rien n’a été réalisé dans cette commune en 2018 et 2019 et rien n’est prévue en 2020. Une portion de piste était prévue en 2018 mais, en début d’année, j’avais constaté que la commune n’avait pas réalisé parfaitement le travail préparatoire qu’elle aurait dû faire alors … « circulez, y’a rien à voir » comme disait Coluche dans un de ses sketches. Et l’assassinat du Maire le 16 juin 2018 avait semé la panique. Son remplacement temporaire par un délégué administratif disons « inadapté » avait fini de mettre la commune dans un chaos total. Depuis, fin novembre 2019, il y a eu de nouvelles élections communales et une nouvelle équipe est en place. Depuis deux ans, j’ai toujours dit que je reviendrais voir la commune lorsque tout serait rentré dans l’ordre et c’est aujourd’hui. Maire, adjoints, conseillers, chefs de villages …. Ils sont venus, ils sont tous là ! Présentations, salutations et je dis mon bonheur de pouvoir, enfin, revenir à Tsianisiha, en toute quiétude, pour reprendre contact. J’annonce tout simplement ma proposition pour une reprise du partenariat : que la commune se réunisse pour parler de ses besoins et qu’elle établisse une liste de ses quatre ou cinq besoins prioritaires et « vous me remettrez cette liste au mois de juin lors de notre prochaine rencontre , ce sera pour moi l’occasion de vous poser quelques questions pour vous faire préciser vos demandes et nous verrons ensuite si un ou deux projets pourront être réalisés en 2021 ». Des mains se lèvent parmi les chefs de villages pour exprimer des demandes…. La répétition étant art de mémoire, je redis ce que je viens de dire : 1 - la commune établie une liste de 5 besoins prioritaires. 2 - cette liste m’ est remise en juin et nous en parlons. 3 – Projet Action étudie les demandes. 4 – début 2021 nous voyons si au moins une de ces demandes peut être financée dans l’année. Nous échangeons néanmoins sur trois ou quatre propositions pour ne pas stopper trop vite la réunion et nous disons au revoir à l’assemblée.

Nous sommes attendus à 11h à Antsonomarify pour parler des classes vertes 2020. La chorale nous accueille, les villageois et les enseignants se mettent en place, nous pouvons commencer. La rencontre a lieu comme d’habitude sous le grand tamarinier, juste à côté de la magnifique salle dédiée au préscolaire réalisée en 2018. Je parle des classes vertes en citant les enfants concernés : trois fois 70 enfants avec une nouveauté de taille (le village a bénéficié d’une classe verte il y a quelques années et à l’époque seule la classe de CM2 avait été concernée) : tous les enfants du primaire y auront droit du CP au CM2. Combien sont ils ? 205 me dit on ; c’est parfait, ils participeront tous, il suffira de les répartir en trois groupes de 70 maximum accompagnés à chaque fois de quatre enseignants ou parents.. Ces classes vertes de 4 jours auront lieu en juin ou en octobre-novembre selon les dates qui nous seront proposées par Bel Avenir. Manifestement, le village est plus que satisfait de ces nouvelles « extraordinaires », il est fier … Projet Action est toujours là avec Antsonomarify !

Nous allons dire bonjour à quelques amis qui n’étaient pas à la réunion et nous repartons à Tsianisiha pour déjeuner à la gargote. Malala, la gérante, nous a préparé en entrée des petits beignets de légumes que je trouve toujours excellents, nous avons droit ensuite à un plat de riz avec du zébu bien tendre et une sauce qui va bien. Après le repas je fais le point avec Malala sur le fonctionnement de la gargote et elle me dit qu’elle pourra me rembourser la totalité du solde au mois d’octobre (pour le prêt à 0 % d’intérêts accordé en octobre 2013). Tout va bien.

Nous prenons la direction de Tsaragiso où nous rencontrons à 15h l’association AVT pour faire le point sur les poulaillers, les nouvelles poulettes et le broyeur : les nouvelles poulettes qui ont maintenant quasiment six mois ne pondent pas encore (il y a deux ans, elles avaient commencé à pondre à cinq mois) et personne ne sait pourquoi ! Peut- être une question de climat ou de nourriture ? Quant au broyeur, il y a un problème … Une panne à cause d’une pièce défectueuse sur la pompe à eau et le fournisseur qui devait assurer l’après-vente ne se précipite pas pour venir à Tsaragiso. Je demande à Alijaona d’aller le voir au plus vite pour lui faire part de mon étonnement doublé de mon fort mécontentement. Alijaona doit sérieusement épauler AVT dans ce genre de situation !


Dimanche 15 mars : un peu de repos, un peu de nettoyage (cette maison devrait être balayée tous les jours) et je fais du pain. Dans l’après-midi, nous rencontrons Kalady pour parler de l’alphabétisation adulte ; les résultats sont satisfaisants, un de mes proches voisins qui en faisait partie (Louis) me l’a confirmé.
Je règle à Kalady ce qui était convenu pour les 70h de cours (soit 210000 Ar) et nous parlons de la suite avec deux nouveaux groupes de 8 adultes maximum. Le même message est délivré à AVT pour constitution des groupes. Demain nous partons à Tsandamba en passant par Tsianisiha, pour charger trois lits supperposés pour le futur internat du CEG d’Andravona, et par Manombo pour faire le point sur le gîte d’étape.


Lundi 16 mars : à 7h30 nous sommes au lycée de Tsianisiha, nous chargeons les trois lits … Un peu vite au point d’oublier les 6 matelas ! Je m’en aperçois en arrivant à Marofoty … trop tard, ça sera pour une autre fois. Il est 9h lorsque nous arrivons à Manombo et nous pouvons commencer la réunion pour faire le point sur le gîte. M. le Maire est là entouré d’un dizaine de villageois souhaitant être témoins de ce qui va se dire. Je suis donc amené à refaire un petit historique du gîte et du prêt à 0 % d’intérêts que nous avons accordé en octobre 2018 pour financer les meubles (lits, chaises, tables, matelas, draps, couvertures, oreillers). Le remboursement de ce prêt se déroule sur un bon rythme avec une petite avance sur les prévisions. Mais … Il y a eu les élections et changement de Maire … Et une bonne partie des recettes s’est envolée. La trésorière ne me rembourse que 56 000 Ariary (au lieu de 240 000 Ar). Sans rentrer dans les détails, en signant le cahier de remboursement, je signale qu’il ne faudra pas qu’un 2ème problème de ce type se reproduise … Car Projet Action, non sans tristesse, se verrait obligée de cesser son partenariat avec la commune de Manombo. Je demande à l’assemblée si mon message est bien passé … Il semble que oui.

Nous démarrons en direction de Tsandamba … La piste infernale, une voie unique où le sable mou laisse parfois la place aux rochers saillants sur lesquels il faut 10mn pour faire à peine 200m.. Cette épreuve renforce encore le bonheur d’arriver à Tsandamba (1h20 plus tard) pour plusieurs raisons : nous sommes arrivés donc finies les secousses, une THB bien fraîche m’est offerte et un super repas poissons-calamars ne va pas tarder. M. Odilon n’est pas là, il est à Tana pour essayer de régler un gros problème des dernières élections  sur cette commune de Tsifota : son jeune frère, ancien Maire, qui se représentait, et qui depuis quatre ans a bien su travailler avec Projet Action n’a pas été réélu … c’est en effet surprenant ! Tout cela parce que des paquets (trop volumineux) de bulletins de vote d’un autre candidat ont échoué dans quelques urnes au point que le nombre de bulletins dépassait le nombre de votants … d’après les explications de l’ancienne équipe. Le repas arrive, parfait comme d’habitude. Nous allons poser nos affaires dans ma maison, un bain de quelques minutes dans le lagon (dont je vous laisse le soin de définir les couleurs de l’eau) et une sieste d’une heure avant de retourner chez M. et Mme Odilon pour rencontrer une partie du village et surtout les jeunes footballeurs et footballeuses de Tsandamba pour faire le point sur le projet des deux buts de foot (projet avorté en 2019 pour cause d’absence des jeunes). 15h c’est l’heure prévue et tout le monde est là, je crois rêver !
On se dit bonjour, on blague et on en vient au sujet du jour : « Êtes-vous prêtes les filles à jouer un grand match pour inaugurer votre terrain et ses deux buts de foot le 20 octobre à 15h précises ? »… Oui ? Alors nous allons lire et signer la convention de partenariat pour la réalisation de ces buts. Alijaona traduit et les cris et vociférations diverses fusent, renforcés par des applaudissements à faire fuir des requins. Nous signons sous les sourires d’une quarantaine de footballeuses et footballeurs.


Mardi 17 mars : il est 7h lorsque nous démarrons en direction d’Andravona où nous sommes attendus pour faire le point sur le projet de CEG pour toute la partie nord de cette commune de Tsifota…. Quasiment une heure quarante-cinq minutes à longer cette côte pour parcourir les 27km … Infernal … Le lagon est très beau certes mais vu que l’on est occupé par le fait de se cramponner en permanence, les eaux turquoises ne bénéficient pas d’une grande attention de notre part ! Nous arrivons juste avant 9h et nous avions rendez-vous à 9h ! Mais vous ne pouvez pas imaginer l’organisation qu’il faut déployer dans cet environnement géographique et parfois humain pour « tenir » un horaire. Il y a beaucoup de monde : l’ancien Maire (pas encore réélu), un délégué administratif (maire par intérim) et beaucoup de chefs de villages et responsables de toute la zone concernée par ce grand projet du CEG. Salutations et présentations de tout ce monde, on plaisante un peu et la réunion démarre, je pose des questions sur les effectifs potentiels des collégiens et sur tous les villages concernés par le projet. Je parle ensuite de l’accord du DREN (Directeur Régional de l’Education Nationale) pour ce collège et de son engagement écrit pour y nommer les professeurs nécessaires dont 50% au moins seront titulaires (et donc fonctionnaires) et re donc d’un meilleur niveau. C’était la condition demandée par Projet Action pour le cas où nous pourrions financer ce CEG. Je demande ensuite à l’assemblée si elle serait d’accord pour recevoir Projet Action le mardi 20 octobre à 10h avec un repas (dont langoustes), de la THB bien fraîche, de la musique, des danses … D’accord ? Très bien et puisque nous serons tous là le 20 octobre pour faire la fête, je vous propose que nous en profitions pour inaugurer le CEG avec internat d’Andravona ! Le temps qu’Alijaona traduise et c’est l’explosion des quelque 100 personnes présentes. On m’offre une belle chèvre et nous passons aux signatures de la convention. Nous saluons tout le monde avant de remonter dans le pick-up. Il est 10h30 et nous devons déjeuner à Tsandamba. Nous y arrivons peu après midi, il fait très chaud et la THB est bienvenue de même que le repas : capitaine grillé et calamar en sauce dont Mme Odilon a le secret.

A 13h30 on ne s’éternise pas car nous devons rentrer à Tsaragiso … 2h30 de route si tout va bien. Après de brefs arrêts à Antsonomarify et Milenake, nous arrivons fatigués à la maison et préparons le repas tranquillement. Vers 20h Alijaona reçoit un appel téléphonique de sa femme qui lui raconte que le président de la République Malgache vient d’annoncer à la télévision que le pays allait fermer ses frontières jusqu’au 30 avril pour raison d’épidémie de coronavirus COVID 19, et ce à partir de jeudi 19 à minuit. Air Madagascar effectuera son dernier vol vers Paris ce jeudi 19 à 21h45. Ces nouvelles me « clouent » sur mon tabouret. C’est un peu la panique ; beaucoup de pensées se bousculent, je n’ai fait que la moitié de la mission … Je téléphone à ma femme qui m’apprend qu’en France, c’est le confinement depuis aujourd’hui midi, elle est très inquiète et me dit de rentrer absolument… C’est bien mon intention mais je ne peux être sûr de rien à l’heure qu’il est. Nous échangeons avec Alijaona et nous échafaudons différents scénarios. Une heure ou deux plus tard une première décision est prise : demain nous devions aller à Tuléar, nous irons, mais notre programme de la journée est complètement modifié : il était prévu de tenir les rendez-vous qui n’avaient pu être tenus mercredi dernier pour cause des vols retardés (DREN, le Gouverneur, Bel Avenir)… Ces rendez-vous n’auront pas lieu, il faut passer les coups de fil nécessaires. En lieu et place nous devrons foncer d’abord chez Air Mad pour voir si je peux avoir une place dans le dernier vol pour Paris, il faudra aussi aller au Consulat pour que je me fasse recenser pour un vol spécial rapatriement d’Air France dont Macron a parlé et encore aller voir des pharmacies pour voir si mes médicaments sont disponibles ici pour le cas où je ne pourrai pas repartir. En attendant, il faut faire les valises ; ce n’est pas long, mais je pense à ce que je ne pourrai pas ramener : les torchons , sacs à pain et sacs « épices » qui ne seront prêts que dans quelques jours. Heureusement, j’ai pu acheter le thé et le miel. Évidemment, tout cela est loin d’être le plus important, mais tellement de choses me passent par la tête.


Mercredi 18 mars : nous démarrons vers 7h30 sans dire au revoir aux voisins et nous n’avons pas rentré la grande table et les tabourets présents sur la terrasse … C’est comme si l’on devait revenir demain, c’est ce que doivent penser les voisins. Nous sommes à Tuléar à 9h, nous faisons halte dans une grande pharmacie où j’apprends qu’il n’y a pas de Créon (pour « aider » mon pancréas) à Madagascar et pas plus de Levemir (mon insuline) … Me voilà dans de beaux draps. Nous allons ensuite à l’agence Air Mad où j’expose mon cas et surtout mon « cas médical » : mes médicaments et mon insuline (je devais rentrer le 27 mars et j’en avais assez pour jusqu’au 30). L’hôtesse d’Air Mad, pas très aimable, me dit que le tout dernier vol vers la France partira bien demain à 21h45 et qu’il est complet. J’accuse le coup mais je lui dit que j’ai la carte de fidélité (Air Mad/Air Austral) et surtout que mon insuline et le Créon n’existent pas à Madagascar … Elle s’énerve comme si je lui faisais perdre son temps et me dit sur un ton presque « méchant » : « Je vous ai dit que le vol était complet, vous resterez jusqu’au 30 avril et c’est tout ! », et moi : « Mais Madame, si je n’ai pas mon insuline ça sera très grave pour moi » … Elle ne veut rien savoir, je la regarde en pensant qu’elle n’aurait pas dû se comporter de cette façon. Nous allons ensuite au Consulat situé dans l’enceinte du collège français, je suis reçu rapidement et j’expose mon cas calmement. Le Consul prend bien note de ce que je lui dis. Je lui demande ce qu’il en est des « vols spéciaux de rapatriement » … il est comme moi, il en a entendu parlé, mais il n’a aucune info « on ne sait pas quels jours il y en aura », il me dit qu’il va transmettre immédiatement mon dossier à l’Ambassade de France à Tana et me conseille vivement de me rapprocher de Tana « ça sera mieux pour vous, il ne faut pas attendre ici, quand vous serez à Tana, si un  vol spécial (d’Air France) se présente vous serez vite à l’aéroport, pour le moment il n’y a aucune garantie mais c’est mieux d’être là-bas ». Nous retournons chez Air Mad pour connaître les vols pour Tana. Celui d’aujourd’hui est archi plein, idem pour celui de demain, mais j’aurai une place dans le vol de vendredi soir. Faute de mieux « je prends ». Je suis avec un employé (homme), que je n’ai jamais vu ici, il me dit qu’il travaille dans cette agence depuis un mois et voyant mon anxiété et mon besoin d’aller rapidement à Tana, il me dit « nous avons aussi un minibus qui pourrait vous emmener », moi :« Comment ? Vous avez un minibus ! », lui : « Oui, enfin, c’est à un ami », moi : « Ah oui et cela coûte combien ? Parce que si ça coûte 1 million ! », lui : « Attendez il faut que je lui téléphone, mais ça ne coûtera pas 1 million ». Quelques minutes après :  « Il m’a dit 1 600 000 Ar ». Je regarde le gars et je lui laisse un message oral pour son ami, je suis hors de moi et le message, comment dire, lui fait bien comprendre ce que je pense de lui dans des termes parfaitement adaptés. (normalement, le voyage Tuléar/Tana en Taxi-brousse coûte 60 000 Ar, soit  26 fois moins que le prix demandé) Nous allons déjeuner avec Alijaona et faisons le point sur cette matinée un peu spéciale : je suis obligé de partir à cause des médicaments (et même s’il n’y avait pas ce problème, je voudrais quand même faire le maximum pour partir afin d’être au plus vite avec ma famille), le vol pour Tana n’est que vendredi soir et c’est un problème d’autant que je ne suis pas à l’abri d’un retard ou d’une annulation de ce vol. Il faut que je sois le plus tôt possible à Tana et Alijaona me dit « et si on y allait avec le pick-up ? » Je fais rapidement le calcul du coût et je lui dis « oui si le loueur est d’accord, on pourrait partir ce soir ». Alijaona appelle le loueur … Il est d’accord. Dans l’après-midi, je reçois un appel du service santé de l’Ambassade de France ; une femme médecin à la voix très agréable qui vérifie en deux ou trois questions mon « dossier médical » et qui m’annonce que je serai prioritaire pour le premier vol spécial qui semble être programmé pour lundi mais on ne sait pas à quelle heure. Je la remercie vivement et à sa question « quand serez-vous à Tana ? », je lui dis que nous partons ce soir en voiture et que je devrais y être demain soir. Elle me déconseille de rouler de nuit pour des raisons de sécurité, surtout entre Fianarantsoa et Antsirabe. Je lui dis alors que nous partirons demain matin de bonne heure. Très bien me dit-elle, « je vous rappelle demain si j’ai du nouveau ». A 17h, comme prévu, je reçois les trois entrepreneurs (que je n’ai pas pu voir mercredi dernier) à qui je raconte tout ce qu’il se passe avec comme conséquences que je ne peux pas leur annoncer les attributions des chantiers 2020 car je suis évidemment dans l’inconnue la plus totale : pourrais-je revenir en juin comme prévu ? Que va-t-il arriver en France et à Madagascar ? Ils sont déçus, mais comprennent bien la situation. Pour ce soir, comme nous avons décidé de partir demain à 4h du matin, j’annonce à Alijaona et à Max (notre chauffeur) que je les invite à dîner avec moi Chez Alain et que je leur réserve un bungalow à côté de ma chambre pour un meilleur repos et pour éviter des problèmes de rendez-vous pour demain. Ils apprécient. Nous prenons donc un repas au calme en faisant des pronostics sur notre temps de trajet de demain … La réalité sera bien différente de l’optimisme de ce soir ! J’appelle ma femme pour la tenir au courant et je lui parle du vol possible de lundi.


Jeudi 19 mars : je me réveille à 3h20, je n’ai plus qu’à passer au lavage de dents et à m’habiller, 10mn après Alijaona vient frapper à ma porte … J’arrive. Il est 3h45, nous sortons de Chez Alain. A nous la RN7 pour plus de 900km , nous avançons bien, le petit déjeuner est pris à Sakara, vers 7h Alijaona prend le volant, la route est en bon état et il roule vite, peut être trop ? A 10h30, il déclare « Olombelo (je ne suis pas sûr de l’orthographe) tsy akoho ! » qui veut dire « l’homme n’est pas poule ». Nous nous arrêtons sur le bas-côté et … bien nous en a pris ; Max est intrigué par de la fumée qui sort de dessous le capot, il ouvre, c’est le radiateur et Max nous dit qu’avec quelques kilomètres de plus le moteur était foutu. Ils vont chercher de l’eau dans une rizière en contre bas et remplissent le radiateur. Alijaona voit un fil qui se « balade », il le rebranche et consolide avec un bout de sparadrap … Cette fois, si le radiateur chauffe à nouveau, le voyant rouge s’allumera ! Max reprend le volant et nous repartons. Je reçois un appel du service santé de l’Ambassade de France « M. Meyer, où êtes-vous ? » Je lui indique l’endroit et j’ajoute que nous devrions être à Tana demain avant midi, « très bien, c’est confirmé pour lundi, mais il y aura peut-être du nouveau, je vous rappelle demain matin ». Merci Madame. A part ça, sur la route un des passes temps consiste à regarder les bornes kilométriques (quand elles sont en place et lisibles) et à annoncer : « Ambalavao 110 !» … Passionnant ! Nous nous arrêtons justement à Ambalavao pour déjeuner. Nous avions faim, mais malheureusement ce bon resto choisi par Alijaona et dans lequel nous sommes les seuls clients met près d’une heure à nous servir. C’est reparti et à 18h45, il fait nuit, nous faisons halte à Ambositra devant un petit hôtel resto pour passer la nuit, les belles routes du début ont laissé la place à des routes plus petites et de bien moins bonne qualité, c’est en fait une route de montagne et nous passons à 1500m d’altitude… Il est souvent impossible de doubler. Au mieux, nous avons fait du 50km/h de moyenne et il doit rester 250km à faire. Le petit resto est plutôt de bonne qualité ce qui nous récompense des 15h passées sur la route (haltes comprises).


Vendredi 20 mars : 6h30 … Pas que ça à faire : petit-déjeuner et en route. Nous mettons un temps infini pour traverser Antsirabe. Mon téléphone sonne, c’est à nouveau ma copine du service santé : « M. Meyer, quand arriverez-vous à Tana ? En début d’après-midi ? J’ai un nouveau vol spécial qui doit décoller ce soir, enfin vers 1h du matin, ça vous intéresse ? », « Ah oui ! », « Bon en arrivant à Tana, allez directement à l’agence Air France d’Ankorondrano pour payer votre billet, il sera réservé », « MERCI Madame, je ... », « Allez-y et bon vol ! ». Je l’aurai embrassé, mais malheureusement elle n’était pas à côté de moi. Je n’appelle pas ma femme, je veux être sûr d’avoir mon billet. Nous arrivons dans la banlieue de Tana à 14h (sans s’être arrêtés pour déjeuner) et nous entrons dans des embouteillages monstres, je stresse (ce n’est pas dans mes habitudes) car j’ai peur que l’agence d’Air France ferme tôt. Nous mettrons deux heures pour y arriver. Il est 16h, l’agence est ouverte, je suis déjà rassuré. Mon vol est bien réservé, je règle la somme demandée (675€) et je reçois mon billet en moins de deux minutes. Je retrouve Alijaona et Max, je n’ai plus qu’à aller à l’aéroport, mais je ne veux pas les retarder (ils doivent retourner à Tuléar et ces embouteillages…) je décide donc de prendre un taxi pour Ivato; c’est l’au revoir, un peu précipité, le stress est encore là.  Je monte dans un taxi R6 d’un autre siècle. Je sors mon téléphone et je demande à ma femme : « On mange quoi demain midi ? », « Alors tu es à Tana ? Tu vas aller dans un hôtel ? », « Non, je suis dans un taxi qui m’emmène à Ivato, je viens de payer le billet du vol spécial qui doit décoller vers une heure du matin, je serai à la maison demain avant midi, je te rappelle quand je serai enregistré » …. A Ivato (aéroport de Tana) où j’arrive en moins de 30mn grâce à une nouvelle route directe, je suis quasiment seul dans l’aéroport, (le dernier vol Air Mad a décollé hier soir) mais heureusement le resto « Elabola » du 1er étage est ouvert, il est 17h et je commande une THB et un bon repas. Je me dis que je serai bientôt en France. Je pense aux employés de l’Ambassade de France, dans quelques jours je leur enverrai un mail de remerciements, même s’ils m’ont dit au téléphone « c’est normal, c’est notre travail », le travail est bien fait avec un humanisme profond. 22h30 ; je suis enregistré, j’appelle Evelyne, l’avion décolle à l’heure.


Samedi 21 mars : Roissy est désert, aucun contrôle, bizarre ! Un taxi, autoroute déserte et 20mn plus tard je suis à la maison … Heureux d’être rentré mais un sentiment triste et étrange d’avoir quitté la mission et Tsaragiso … Quand y retournerai-je ?


Philippe MEYER – Président de Projet Action

 

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