Mission janvier 2022 : compte rendu

 

Mercredi 12 janvier : Hier midi à Fontenay, j’ai fait un test PCR dont j’ai eu le résultat, heureusement « négatif » vers 18h, je suis rassuré et je peux terminer mon sac de vêtements. Ma grosse valise elle, est prête depuis des mois avec notamment les maillots et shorts pour l’équipe de foot des filles de Tsaragiso ; le « FC Miss Tsaragiso » … quatre gros sacs papier qui encombraient un peu mon bureau depuis octobre 2020 !

16h15 mon taxi passe me prendre pour m’emmener à Roissy. J’ai un sentiment bizarre et tout à fait inhabituel … je pars, je pars ? Oui ça ressemble bien à un départ en mission, je vais les revoir : les amis et je vais la revoir : la brousse !

Vingt deux mois ; une éternité, placée là comme une épreuve dans les 25 ans de Projet Action et pourtant, malgré ce qui s’est passé ici et là-bas, malgré l’éloignement forcé, Projet Action a continuée d’ agir … très concrètement, en 2020 comme en 2021, mails, téléphone et « réunions téléphone amplifié » ont permis d’avancer, de consulter, de réfléchir, de deviser, de décider, d’annoncer, de suivre et de réaliser… beaucoup de projets. Ce qui n’a pas été sans surprendre de nombreuses personnes, ici et surtout là-bas ; « mais Projet Action continue !?! c’est à peine croyable ».

20h30 : décollage.

 

Jeudi 13 janvier : A 9h40 heure locale (il est 7h40 en France), l’avion se pose à Ivato (aéroport de Tana). Ma rangée de sièges me permet de sortir assez vite de l’avion ; visa, douanes, récupération valise, paiement du test PCR d’arrivée (25€) et je m’assoie à une des douze tables pour passer le test, quelques secondes après je sors de l’aéroport, la navette de « l’hôtel des flots bleu » m’attend. Le tout en 30mn au pas de course ! Le problème étant que la même navette doit aussi récupérer deux autres clients…. Que nous attendrons 1h10 !

Arrivée à l’hôtel à Ambohibao situé à mi chemin entre Ivato et Tana. C’est parti pour 48h d’attente du résultat… confiné dans ma petite chambre. Vers 17h, un gendarme passe voir si je suis bien là ; passeport, le gendarme me prend en photo, j’esquisse un sourire, trop tard, la photo est déjà prise et l’homme au képi a l’air content !

Je téléphone à ma femme et à Alijaona.

 

Vendredi 14 janvier : Hier j’ai éteint à 21h tant la télé était « passionnante ». A 7h, on m’apporte le petit déjeuner, je pousse mes dossiers, mes médocs, l’insuline et autres bazars pour faire une petite place au plateau.

Ensuite l’attente commence, je traîne dans ma chambre, je sors dans le couloir, je ferai même une sortie jusqu’à la réception pour passer ma commande pour le dîner. Je marcherai un bon moment dans la cour pavée pour faire un peu d’exercice tout en guettant l’éventuelle arrivée du gendarme parce que dans la cour je suis hors la loi… attention !

 

Samedi 15 janvier : Cela fera bientôt 48h que j’attends le résultat du test avec, évidemment, un petit stress … on ne sait jamais et si j’étais positif, la mission se terminerai ici : 14 jours de confinement, je ne verrai ni Tuléar ni les villages !

Vers midi, je descends à nouveau à la réception sous un prétexte quelconque et je demande à Stéphanie (la réceptionniste) « toujours pas de résultat ? » et elle me répond « ah oui, j’allais vous faire prévenir, c’est bon, félicitations, votre test est négatif ! ». Sans le montrer j’éprouve une grande satisfaction, un soulagement intense.

Je ne remonte pas à ma chambre de 8 ou 9m² et me dirige vers la terrasse de la piscine : finis les repas au milieu du bazar de ma chambre, je vais déjeuner (en paix) avec les non-confinés et demain après-midi c’est l’envol vers Tuléar. Après le repas je téléphone à Alijaona (qui pourra ensuite confirmer à tous les villages que j’assurerai bien tout le programme de la mission) et en fin de journée j’appelle ma femme.

 

Dimanche 16 janvier : Mine de rien, ma sortie de confinement représente un grand changement ; un peu dans l’occupation du temps et surtout dans la perspective de mon vol de 15h30 vers Tuléar et des jours qui vont suivre ; dès demain matin à 11h nous serons à Ambolimailake pour inaugurer le CEG réalisé en 2020.

Cela dit, j’ai pris conscience de mon stupide « égarement de pensée » : au retour, ça sera le même « cirque » ; test PCR, attente du résultat ...etc. J’avais prévu de revenir à Tana en voiture les 29 et 30 janvier en ne prenant pas l’unique vol hebdomadaire Tuléar/Tana du jeudi 27 pour rester deux jours de plus en brousse et finir la mission un peu plus calmement. Mais, même si j’ai appris que l’Institut Pasteur de Tana donnait les résultats de PCR en 3h seulement, je me dis que la journée du lundi 31 (j’ai mon vol pour Paris à 22h) me donne « zéro marge » pour être certain d’avoir mon résultat et prendre mon vol comme prévu.

Je décide donc, par sécurité, d’écourter ma mission en revenant dès le 27 à Tana par avion. Une fête était prévue ce jour là au CFP avec chants et danses des apprenants et un grand concert de la chorale MISAFA d’Antsonomarify.

Je déjeune dès midi pour partir de l’hôtel dès 12h30, il faut être plus tôt à l’aéroport pour …. passer un test antigénique : c’est la règle pour les vols intérieurs !

L’avion décolle à l’heure mais c’est un ATR et on a presque envie de descendre pour le pousser dans les côtes !

17h15 ; Alijaona m’attend à l’aéroport de Tuléar avec une voiture empruntée à M. Lalao (un de nos entrepreneurs). « Chauffeur ; chez Alain ! ». Une boisson fraîche (dont je tairai le nom) et nous avons beaucoup de choses à nous dire dont au moins quelques mots sur chaque village, inauguration et réunion de cette mission chargée comme jamais aucune autre depuis 25 ans et comme j’ai 25 ans de plus … ce n’est sans doute pas très raisonnable mais les circonstances sont ce qu’elles sont !

 

Lundi 17 janvier : Petit-déjeuner rapide car les trois entrepreneurs avec qui j’ai rendez-vous à 8h sont là. Je voulais juste les saluer après les avoir eu quelquefois au téléphone et souvent par mails depuis près de deux ans. Je veux aussi leur faire passer une demande importante : la mission qui commence aujourd’hui va me permettre de recenser les demandes prioritaires de plusieurs communes qui à leur tour me permettront, dès mon retour en France, de commencer à voir clair sur les projets 2022 et de réaliser quelques plans que je leur enverrai pour qu’ils établissent des devis assez rapidement. Ces devis dont certains seront négociés me donneront la possibilité de réaliser notre budget des dépenses 2022 à présenter au Conseil d’Administration du mois de mars. Le message est passé, je sais que je peux compter sur eux.

Il est 9h, notre première inauguration (le CEG d’Ambolimailake) est à 11h et nous avons 30km pour y arriver mais avant cela nous devons vérifier le plein du 4x4, remplir un bidon de 20 litres de gas oil, un autre d’essence, acheter des boissons dont du Tonic pour Alijaona et quelques … pour moi mais aussi de l’eau minérale et de l’huile. Si nous avions eu le temps, nous aurions acheté des légumes et des ananas mais il faut y aller maintenant.

Sur la route, je me surprends à repérer les endroits où nous sommes tombés en panne depuis 1997, dont la crevaison de 2004 avec Serge et Didier et les autres où nous nous sommes enlisés. Pour ces derniers ça ne risque plus d’arriver avec la RN9 qui est toute belle depuis quatre ou cinq ans.

Nous arrivons au sud d’Ambolimailake, nous sommes un peu en avance et Alijaona n’arrive pas à avoir le maire au téléphone pour savoir s’ils sont prêts à nous recevoir. Nous stoppons à 200m du collège et Alijaona va voir à pieds. Quelques minutes après il nous fait signe que nous pouvons avancer.

Le CEG est juste derrière l’école primaire … oh là, mais il y a beaucoup de monde j’estime qu’ils sont entre 600 et 800 mais je ne vois pas tout le monde. Des autorités, le maire et son équipe, les chefs de village de la commune, les personnes « qui comptent », les enseignants, les parents d’élèves, les villageois, les curieux venus d’ailleurs, les enfants et les collégiens. Les gens me regardent, beaucoup sourient, certains applaudissent, d’autres crient. Il faut dire que cette partie sud de la commune de Manombo n’a pas vu beaucoup de réalisations de Projet Action (nous avons fait une école primaire à Madiorano, à 3km plus au sud, en 2011).Un collège, plus rare qu’une école primaire, attire plus la foule !

Après avoir salué tout le monde, je prends place et c’est le salut aux couleurs suivi de l’hymne national.

Les discours peuvent commencer … il y en aura quelques uns ! Chef du village souhaitant la bienvenue à tous, directeur du collège qui remercie vivement Projet Action au nom des collégiens, représentant des parents d’élèves, le chef CISCO (circonscription scolaire) qui félicite Projet Action, le maire qui me demandera de remercier fortement les parrains et donateurs de Projet Action qui nous ont permis de financer ce beau collège …

Le CEG (réalisé en 2020) est utilisé depuis plus d’un an et il « fait recette » car avant, certains collégiens devaient abandonner leurs études faute d’avoir de la famille à Manombo (situé à 20km plus au nord, sur la côte) qui aurait pu les héberger ou à Belalande ou Tuléar (25 et 30km au sud). A Belalande, il s’ajoute le fait que le collège est très petit et en très mauvais état. Le CEG inauguré aujourd’hui a tellement de « clients » que le directeur nous demande déjà une salle supplémentaire … il y a plus de 60 élèves en 6e !

Je prends note mais la mission ne fait que commencer … me reste t’il assez de pages blanches dans mon vieux cahier à spirales pour prendre note de toutes les demandes et notamment celles des nouvelles communes d’intervention ?

A mon tour de dire quelques mots : je félicite tout d’abord tous les villageois qui ont participé à la réalisation de ce beau collège, ceux qui ont chargé et déchargé les camions de sable et de blocages (pierres), ceux qui ont apporté l’eau sur le chantier et particulièrement ceux, jeunes et moins jeunes, qui a longueur de journées, ont tapé très fort sur les blocages de calcaire (des blocs mesurant parfois 30 à 40cm) pour les réduire à l’état de graviers. Je sais de quoi je parle puisqu’il m’est arrivé, à plusieurs reprises, de participer à ce travail de forçat ; à Beroroha en 2015 pour le CEG, pour le CFP d’Ankaraobato en 2010 et autres chantiers. J’ai remplacé, l’espace de 20mn, une jeune ou un grand-père qui m’a prêté son marteau d’un air amusé … A la fin, on est content quand ça s’arrête, mais le plus extraordinaire c’est qu’avant la fin, on est heureux de faire ce que l’on fait parce qu’on sait pourquoi on le fait, on sait à quoi cela va servir ; à nos enfants, nos frères, nos amis. J’ai éprouvé ce sentiment et souvent je vois sur les photos qui me sont envoyées les visages radieux des casseurs de cailloux, j’ai même interviewé deux ou trois fois le (ou la) casseur assis non loin de moi en lui demandant pourquoi il faisait ça et la réponse la plus fréquente a été « c’est utile, c’est pour nous, c’est juste quelques heures de temps en temps ». J’avoue qu’une fois un ado m’a répondu « moi je devais aller jouer au foot avec les copains mais m’a mère m’a en …… et m’a dit d’y aller alors j’y suis allé ! » … j’ai beaucoup ri et l’ado aussi et après Alijaona nous a pris en photo. J’ai revu cet ado quelques années plus tard quand il était en 3e , je lui ai demandé s’il cassait toujours des cailloux, il a bien ri et m’a dit « j’ai toujours la photo à la maison, elle est affichée sur un mur ».

Nous allons couper le ruban ; une « cérémonie » assez rapide mais oh combien importante et hautement considérée par les villageois. Une femme me racontait, il y a quelques années, cette cérémonie qui se passait au lycée technique (2013) « oui, j’y étais ; il y avait M. le maire, le ministre, le président de Projet Action et beaucoup de monde. Philippe tenait bien le ruban pour que le ministre puisse le couper facilement … après je suis entrée dans la salle de classe dans laquelle mon fils allait étudier ; c’était beau, lumineux, c’était à nous !».

C’est l’heure du repas. Je commence à avoir soif et comme d’habitude il n’y a pas de décapsuleur ! Bon, on finit par en ouvrir une (je sais à quoi vous pensez, non ce n’est pas du soda) malheureusement pas fraîche mais néanmoins liquide. Des femmes amènent différents plats : du riz, du zébu en sauce et on dépose devant moi un superbe plat de langoustes grillées avec un peu de sauce … ils ont tenu leur promesse d’octobre 2019 car j’avais dit un peu en souriant « si Projet Action peut réaliser ce collège en 2020, le jour de l’inauguration ça serait bien que l’on puisse déguster un produit local comme, par exemple, de la langouste ». Le maire avait dit « d’accord ».

Et je peux vous dire qu’elle était plus que bonne.

Il est temps de « demander la route » comme on dit ici. Direction Tsaragiso. En arrivant à Milenake, je veux faire un arrêt pour voir si Naivoson est là et aller le saluer. Je l’ai eu plusieurs fois au téléphone depuis deux ans, nous avons aussi échanger par mails. Nous arrivons dans sa cour, je descends du 4x4 et je dis un peu fort « aïa gasy be ? » (où est le grand malgache?). Il faut dire que lui m’appelle « le vaza » alors je l’appelle amicalement le gasy. Quelques secondes après il apparaît, je pense qu’il faisait une petite sieste. Nous tombons dans les bras l’un de l’autre, on s’embrasse, on se serre et on se regarde sans rien dire… c’est le bonheur.

A chaque traversée de village, les gens regardent la voiture, la plupart me voient et disent, en souriant « Philippe Meyer ! » ou « c’est Philippe, il est revenu ! ». Ces signes de sympathie et de « proximité » font du bien.

Arrivée à Tsaragiso, tiens, il y a deux nouvelles cases autour de l’ancien puits. On décharge la voiture et les voisins (enfants, jeunes, adultes) ne tardent pas à arriver ; ils ont le sourire. Depuis mars 2020, Alijaona m’a dit à plusieurs reprises que les villageois de Tsaragiso lui avaient fait part de leur inquiétude car, par la radio, ils savaient que le Covid19 faisait beaucoup de malades et de victimes en France alors ils disaient « va t-il bien ? Pourvu qu’il ne soit pas victime ... ». Ils me voient alors on dirait qu’ils sont contents.

Alijaona aidé d’une ou deux voisines dont Sandra, ont fait un super boulot en faisant un gros ménage, la maison est propre, ça fait plaisir.

Et pour fêter le premier repas à Tsaragiso depuis 22 mois, ce soir ça sera frites et œufs au plat.

 

Mardi 18 janvier : Aujourd’hui est un grand jour : je vais enfin mettre les pieds à Analamisampy. Je vais faire la connaissance de cette commune dans laquelle nous avons démarré notre partenariat en fanfare en y réalisant 5 écoles primaires, 5 salles préscolaires, un CEG et deux buts de foot. Sans y être encore allé je connais quand même cette commune par le biais des enquêtes menées par notre salarié au moyen des fiches REA (Réalité de l’État Actuel) que j’ai mis au point en janvier 2021 et grâce aux « réunions-téléphone-amplifié » réalisées le 9 avril et le 26 juin 2021.

Mais aujourd’hui la différence est de taille puisque j’y serai réellement. Analamisampy est à 37km au nord, nous partons vers 8h15 et faisons une première halte à Ankililoake pour y acheter des haricots verts et des pommes de terre. Une demie-heure plus tard nous arrivons à Antseva où nous avons réalisé, en 2020, un collège qui sera inauguré lundi prochain. Puisque nous sommes en avance sur l’horaire, je souhaite aller y jeter un coup d’œil. Il y a des cours dans deux ou trois classes, nous entrons dans la classe des 4e, les collégiens se lèvent, on se dit bonjour et on discute 3mn, je leur donne rendez-vous à lundi pour l’inauguration, les jeunes ont l’air étonnés. Alijaona leur demande alors s’ils savent comment je m’appelle : ils font signe que non. Je prends conscience de la logique de leur réponse puisque mis à part la réunion qui a eu lieu en octobre 2019 à Antseva pour parler du projet de collège, je n’y suis jamais revenu. Et ces jeunes ne devaient pas être là . Alijaona leur donne mon nom et les visages changent … mon nom ils le connaissent.

Nous reprenons la route, à 9h15, il fait déjà assez chaud, nous faisons une nouvelle halte à Ampasikibo pour boire un coup et oh miracle … elle est fraîche !

Nous arrivons enfin à Analamisampy, Alijaona a téléphoné à M. le maire ; ils sont prêts, on peut aller inaugurer le CEG, les deux salles supplémentaires pour l’école primaire, la grande salle préscolaire et les buts de foot !

La foule est assez imposante, au moins 800 personnes. Tout le monde me fait signe, j’entends des « bonjour Philippe », certaines personnes crient « Projet Action » en applaudissant, je réponds par des signes de la main et des sourires.

Nous sommes assis juste à côté de la salle préscolaire, c’est la première fois que j’en vois une de ce modèle (j’en ai fait le plan en février 2021, c’est un très beau bâtiment de 6m sur 10,50m comportant un espace repos avec des nattes et des coussins, il y a deux tableaux et un miroir à hauteur des enfants, cette salle accueille 6 tables octogonales avec des petites chaises. Chaque table et ses 8 chaises à une couleur propre. C’est plutôt beau, vous auriez dû venir !

C’est parti pour le « salut aux couleurs » et l’hymne national. Je suis assis à côté de M. le Maire, sont également présents, outre beaucoup d’autorités et responsables divers, les maires des 5 ou 6 communes voisines. Et les discours commencent, nombreux. Je n’en fais pas la liste mais j’ai noté avec grand plaisir que le maire de la commune, le représentant des autres maires, le chef CISCO et d’autres ont parlé des parrains et donateurs de Projet Action avec respect et étonnement « eux qui sont si loin et qui soutiennent Projet Action, eux qui ont le souci de l’éducation de nos enfants …. surtout M. le président, il faut les remercier, on compte sur vous pour leur transmettre nos remerciements et notre joie, dites leur …. ». Voilà qui est fait : « MERCI A VOUS PARRAINS ET DONATEURS ».

Avant d’aller couper les rubans, je demande à une enseignante du préscolaire d’approcher et je sors d’un carton deux livres « j’apprends à compter » et « mon premier alphabet » en 48 ex. chacun, c’est une grande surprise pour tout le monde et les « oh ! » et les applaudissements sont énormes. Nous visitons les deux salles pour l’école primaire, la salle préscolaire, nous marchons un peu pour voir les buts de foot et nous arrivons au collège. Ce collège terminé fin juin 2021 rencontre un succès incroyable, les effectifs sont bien supérieurs aux estimations initiales, il faudrait dans l’idéal 2 salles supplémentaires. M. le maire, dans son discours, a aussi parlé d’un lycée qui serait une aubaine pour toute la commune. A côté du CEG on peut voir un ancien bâtiment d’une pièce (40 à 45m²) sans porte ni fenêtre et dont les murs et le sol sont assez abîmés ; M ; le maire soutenu par le directeur du collège me disent que la réhabilitation de ce bâtiment en ferait une très belle bibliothèque pour le collège et … le lycée à venir si … je note ces demandes d’autant plus facilement qu’elles me semblent très pertinentes.

Il est près de 13h et le repas et les boisons sont bienvenus. L’ambiance est bonne, ça discute dur, j’entends encore parler de Projet Action et de ses parrains et on me redemande si j’ai bien noté de leur dire un grand merci de la part de la commune ; je prends un air sérieux et j’opine du chef « oui, c’est bien noté, je ne peux pas oublier ».

Nous saluons les convives qui discutent encore devant la mairie et nous repartons vers Tsaragiso. Une bien belle matinée avec tout ce monde, ces magnifiques bâtiments inaugurés, cette ambiance heureuse, ces projets à venir …

Nous sommes à la maison avant 15h : un peu de calme. Avant de partir ce matin, j’ai préparé de la pâte à pain, que je fais cuire vers 17h : il était bon.

 

Mercredi 19 janvier : A Tsaragiso, on se couche tôt (avant 22h) alors on se lève tôt ; pour moi c’est vers 6h et comme Alijaona se lève plus tôt que moi, il a le temps de préparer le petit déjeuner et il va acheter quelques « bok bok » ou des « mokary » (petit beignet au riz et à la farine de riz). Par ailleurs, j’ai amené 1kg de galette St Guénolé du bourg de Batz (Batz/Mer est entre La Baule et Le Croisic en Loire Atlantique) et ces galettes sont juste excellentes. Nous partirons à 8h15, nous avons donc le temps de déguster.

Aujourd’hui, il y a trois inaugurations sur la commune de Marofoty : une petite salle préscolaire à Antandroke, un petit marché couvert à Marofoty et un autre marché couvert, plus grand à Beroroha.(toutes ces réalisations sont de 2020)

Avec quelques minutes d’avance, nous arrivons à Antandroke, ce village doit être le plus petit de la commune mais ce n’est pas le moins dynamique. Les villageois avaient beaucoup participé aux travaux de la piste que nous avons financée en 2015 entre Antanimena et Tsihake. Ils sont nombreux à nous accueillir dans l’enceinte de l’école primaire où « trône » la splendide salle préscolaire de quatre tables octogonales, grande fierté du village. Ils peuvent en être fiers car en plus d’être d’une grande utilité, il n’est pas faux de dire qu’elle est très belle.

J’apprends assez vite que l’utilité et la beauté de cette salle « fait un malheur » et a fortement encouragés les parents à inscrire leurs progénitures de 4 ans et 5 ans…. Et figurez-vous que la salle est maintenant trop petite, j’en prends note tout en sachant que le succès du tout début se calme parfois un peu au bout de trois ans.

Après les discours, je demande à une enseignante du préscolaire de venir à mon côté et je sors d’un sac les deux livres « moyenne et grande section » en 32 ex. chacun.(il n’y a pas de petite section dans l’enseignement public à Madagascar) …. le village « explose de joie » à la vue de ces livres ; des livres à l’école ; du jamais vu !

La chef ZAP (Zone d’Arrondissement Pédagogique) de la commune confirme cette grande première avec des étoiles dans les yeux. Devant cet accueil, une idée me vient, j’en parle immédiatement en public : je demande à Mme la chef ZAP de nous fournir dans les meilleurs délais les effectifs section par section des huit écoles primaires de la commune en disant que nous étudierons les chiffres avec l’objectif de financer l’achat de livres scolaires pour tous les enfants. (je précise, pour les lecteurs du Zébu, que ces livres sont bien évidemment des livres malgaches édités à Tana et qu’ils sont soit en malgache soit en malgache et en français ; ces deux langues étant les deux langues officielles d’enseignement à Madagascar même si beaucoup d’enseignants ne parlent pas le français).

L’annonce de ce projet, réservé à la commune de Marofoty, déclenche une nouvelle explosion ! (peut-être l’avez-vous entendu?)

On coupe le ruban, visite de la salle et nous devons quitter le village pour être à 11h à Marofoty où nous arrivons moins de 10mn après.

Arrivés à Marofoty, je vois bien le 2e marché couvert et ses quatre tables en béton (qui s’ajoute au 1er marché de 8 tables béton réalisé en 2018) mais ces marchés sont quasiment vides ! C’est le loupé de la semaine. M. le maire qui est là n’en mène pas large. Je ne réussi pas à obtenir la moindre explication. Le temps passe et à 11h45, plutôt que de me montrer impatient, je suggère que nous passions à table. Le repas était prévu ici à midi dans la salle polyvalente. J’apprends que le repas n’est pas cuisiné ici mais à Antanimahery (village où habite le maire) … le repas est « en route » (en charrette) du moins c’est ce que l’on me dit, sauf que 40mn après la charrette n’est toujours pas arrivée. J’estime que la coupe est pleine et je dis à Alijaona et à Berthin (notre chauffeur) « c’est bon, on y va ! » nous partons vers Beroroha et nous faisons halte à Antsonomarify où nous buvons un café et mangeons deux ou trois petits beignets en racontant ce qui est arrivé à Marofoty. C’est la première fois que je voyais le nouveau maire, élu en novembre 2019, et je me dis qu’il y a comme un problème !

A 14h nous sommes à Beroroha pour l’inauguration du marché couvert de 11 tables béton. Il y a de l’agitation et beaucoup de monde, nous prenons place, M. le maire arrive sans nous donner une quelconque explication sur ce qu’il s’est passé … je ne le questionne pas. Les petits discours commencent suivis des animations délivrées essentiellement par la chorale Misafa d’Antsonomarify, ils sont venus en voisins (il n’y a que 3km entre les deux villages). L’ambiance est sympathique. Le chef de village souligne que ce beau marché couvert a déjà permis un développement du commerce à Beroroha … c’était le but, en plus de pouvoir présenter les produits dans de meilleures conditions et à l’abri du soleil et de la pluie, cette dernière étant beaucoup plus rare que le soleil !

Le chapeau est posé au sol devant la chorale, quelques billets viennent y prendre place.

15h30 nous saluons l’assemblée. Danielson, le chef de chœur de la chorale, m’invite dimanche 23 à Antsonomarify pour fêter mon retour. J’accepte avec grand plaisir.

Il est bon d’arriver à Tsaragiso et d’être au calme, on échange quelques mots avec les voisins, on plaisante tout en préparant le repas du soir : tranches d’aubergine poêlées en entrée (avec du pain), zébu en sauce avec riz et fromage (offert pas Lisa) … ça rattrapera le manque de ce midi !

 

Jeudi 20 janvier : Deux réunions et deux inaugurations pour aujourd’hui.

Nous sommes à 9h à la gargote de Tsianisiha pour faire le point sur le fonctionnement et recevoir une partie de ce qui reste dû sur le prêt à 0 % d’intérêts accordé en 2014 (vaisselle, marmites, meubles, télé). C’est la partie épicerie qui « tourne » toujours le mieux mais la vente de boissons au bar existe aussi. Les 22 mois de « mesures barrière » : contrôles de la circulation et des restrictions sur le marché hebdomadaire notamment ont fait que les ventes ont été en baisse. Ici la Covid a été faible, surtout en brousse, mais cela n’a pas empêché les autorités de multiplier les contrôles …

Malala, la gérante, me rembourse 200000 Ar (env. 50€) ce qui amène le remboursement à 86 % du montant du prêt.

Juste avant 10h, nous arrivons à Ankadobarika, très gros village de la commune de Marofoty, nous y retrouvons notre ami le maire. Quelques autres autorités sont également présentes dont, bien sur, Mme la chef ZAP. Les parents d’élèves et autres villageois sont en nombre pour l’inauguration de la plus grande salle préscolaire que nous ayons réalisé à ce jour, elle comporte en effet 8 tables octogonales et donc 64 chaises enfants. Les « 4 ans » occupent la salle le matin et les « 5 ans » l’après midi.

Alors dans l’ordre : salut aux couleurs, hymne national, discours, remise des deux livres en 60ex. Chacun, ruban coupé, visite de la salle et repas … vous connaissez le programme.

J’ajoute quand même quelques commentaires sur le contenu des discours : énormes remerciements à Projet Action et à ses parrains pour cette réalisation 2020 qui a étonné les villageois (malgré les conditions sanitaires, Projet Action a réussi à réaliser cette belle et très grande salle), très gros succès de ce préscolaire qui ne baisse pas après 16 mois d’utilisation, les responsables d’autres villages et d’autres communes viennent visiter cette salle et ils n’en croient pas leurs yeux ! Un autre point important : les enfants sont à l’aise et retiennent en général facilement les enseignements, ils sont heureux car ils savent qu’ils viennent à l’école aussi pour jouer et participer à des petits jeu-concours : les 8 de la table verte contre les 8 de la table orange … Quel bonheur d’entendre tout ça !

L’ambiance était très euphorique à Ankadobarika, un vrai plaisir. Avant de partir M. le maire veut absolument que des photos soient prises avec lui, sa femme et moi, alors je pose et je souris.

Nous devons être à 13h à Manombo et il est déjà 12h30 mais nous y serons grâce à la « super piste » que nous avons réalisé en 2019. A Manombo, M. le maire et la trésorière nous attendent. Bien que le gîte réalisé en 2018 ait fonctionné au ralenti … il y a eu moins de déplacements à cause de la Covid, la trésorière me rembourse 420000 Ar ; une somme qui solde le remboursement du prêt accordé il y a un peu plus de trois ans.

Nous ne pouvons rester plus longtemps à Manombo car nous devons être à 15h à Tsandamba pour l’inauguration des buts de foot réalisés en 2020.

La piste est toujours difficile mais elle a été bien améliorée par énormément de débroussaillage qui permettent une meilleure visibilité et par la réalisation en de nombreux endroits de deux bandes en béton sur des longueurs de 10m à 30m qui permettent de franchir sans problème des passages où l’enlisement (sable très mou) était à craindre.

Arrivés à Tsandamba, M. Odilon nous offre des boissons fraîches. Impossible de ne pas dire que cela représente une belle récompense. Nous parlons un peu et nous nous dirigeons ensuite vers le terrain de foot où les équipes nous attendent, filles et garçons du village. Avant le début des matches, conformément à ma promesse de mars 2020, j’offre un ballon à chacune des deux équipes. Vous n’imaginez pas l’immense joie des jeunes … ils n’ont jamais vu ça ! (malheureusement et tout à fait entre nous, ces ballons soi disant étudiés pour jouer sur terrain dur, ne tiendront pas très longtemps. Je ne sais pas combien coûte aujourd’hui un vrai ballon en cuir?).

Les filles démarrent en constituant deux équipes : deux fois 20mn, 0 à 0, tirs au but … Ce sera le même scénario pour les garçons. L’ambiance était très bonne, ils ont de beaux ballons et les buts sont inaugurés officiellement !

Le repas du soir sera à la hauteur de la réputation de Mme Odilon : un excellent poisson grillé, du calamar sauté, des poulpes en sauce, du riz, des légumes sautés … les parrains qui sont venus à Tsandamba savent de quoi je parle.

 

Vendredi 21 janvier : Départ à 8h vers le nord avec M. Odilon : nous allons à Andravona pour inaugurer le collège et l’internat réalisés en 2020 ; sable mou et caillasses mais là aussi il y a eu des améliorations. Nous sommes un peu en avance. Il fait très chaud et le traditionnel vent du sud n’arrange rien.

Nous prenons place devant une assistance qui est aujourd’hui quelque peu clairsemée (ils doivent être à la pêche … c’est ce qui est dit, ici, lorsque les gens ne sont pas très nombreux).

Les couleurs, l’hymne, les discours, les animations, le ruban ; le directeur du collège est particulièrement fier de cet établissement « un vrai CEG avec internat dans ce coin retiré de la côte, tout le monde pensait que ce n’était pas possible mais c’était sans compter sur Projet Action, son courage et sa volonté de soutenir l’éducation de nos enfants. Alors, je ne trouve pas les mots pour dire combien ce que Projet Action a fait nous touche au plus profond de nous, ce ne sont pas que deux bâtiments très utiles, ce sont des preuves d’amitié à moins que ce ne soit des preuves d’amour ».

Reconnaissons que ce ne sont pas des remerciements classiques !

Le repas excellent lui aussi (dont langoustes) est pris chez le maire et au moment de partir, sur la grande terrasse ombragée, une bonne cinquantaine de personnes sont là à nous attendre : ils m’offre une chèvre, remerciements, on échange quelques mots pendant une dizaine de minutes, la chèvre est chargée sur le 4x4 et on démarre…on n’est pas « rendus » (comme on dit en Loire-Atlantique) à Tsaragiso.

Première halte à Ampasilava (à 3km au sud de Tsifota) ; je veux aller voir l’école et la salle préscolaire : elles sont magnifiques, les toitures sont conformes à ma demande et au devis, c’est du « galva bac » tôles galvanisées qui ne rouilleront pas, nous sommes en effet sur la côte, l’humidité et l’air marin ne pardonnent pas !

Deuxième halte à Antsonomarify pour offrir la chèvre à la chorale. Danielson est « aux anges ».

 

Samedi 22 janvier : Levé à 6h15 pour être à 8h à Tsianisiha ; le programme est très chargé mais j’ai horreur d’avaler le petit déjeuner avec un « lance-pierre ». En 20mn de route nous arrivons, un peu en avance, à la mairie de Tsianisiha où nous devons faire un point avec le maire, son équipe et les chefs de village sur leurs projets à moyen terme.

Une quinzaine de personnes sont là et les projets ont été préparés, avec l’ordre de priorité suivant :

  • une école primaire + salle préscolaire à Betakilotse
  • une école primaire + salle préscolaire à Beravy Ambala
  • un CEG à Tsiafanoke

La discussion fut un peu longue sur d’autres projets et j’ai dû rappeler ce que j’avais déjà dit plusieurs fois. .. Cela dit, je prends note de ces 3 demandes qu’il nous reste à valider.

Retour à Milenake avant 11h pour l’inauguration du poulailler (2020) de l’association FITAHIA, en présence de 25 personnes et du maire-adjoint.

Discours de bienvenue par le président de l’association et ensuite Naivoson fait un historique des réalisations de Projet Action sur le village de Milenake et un peu sur la commune (CFP, lycée technique, pistes, canaux d’irrigation …) pour en venir au poulailler du jour « rien ne semble impossible à Projet Action tant son souci et sa démarche sont d’étudier et d’essayer de répondre aux vrais besoins de la population et on le voit une fois de plus aujourd’hui avec ce poulailler et le prêt à 0 % d’intérêts pour l’achat des poussins, les frais vétérinaires et une avance de démarrage pour les provendes ».

Le poulailler fonctionne très bien ; il reste 43 poules qui donnent en moyenne 35 œufs par jour. L’association n’a aucune difficulté à vendre toute la production.

Un problème est néanmoins à signaler : au printemps 2021, j’avais fait savoir à l’association, après étude des frais, qu’ils devaient absolument passer le prix de vente d’un œuf à 600 Ariary (au lieu de 500) et malheureusement ils ne l’ont pas fait, craignant que cela soit trop ! Je reparle de ce problème : « tout a augmenté (ou presque), notamment la provende et vous n’augmentez pas le prix de l’œuf ! De plus vous me dites qu’il ne vous reste qu’une toute petite marge ! Vous devez de toute urgence passer le prix à 600 Ar et dans le même temps acheter moins de provende en compensant par de la verdure et des coquillages pilés, faites vous confirmer ça par les profs du CFP, si vous ne faites pas ça, vos dépenses seront bientôt supérieures à vos recettes et il en sera fini du poulailler ! 

L’association me rembourse la somme de 360000 Ar ce qui est inférieur aux prévisions.

Nous allons voir le poulailler sans faire peur aux poules et, à l’intérieur, l’une d’entre elles est très étonnée que je ramasse l’œuf qu’elle vient de pondre, j’ai l’impression qu’elle fronce les sourcils !

Le repas est donné au restaurant avec une entrée (salade de riz-poivron-tomate-œuf dur), poulet en sauce avec riz et un dessert … non, ce n’était pas du riz au lait mais une banane ! Un repas jovial, ça fait du bien de se retrouver dans ce resto et d’y déjeuner avec les amis.

Nous sommes à 16h à Ankaraobato pour faire le point sur ce que devient le magasin de stockage que nous avons réalisé en 2000 : 30 personnes sont là et j’apprends que ce magasin est surtout utilisé pour stocker du matériel agricole. Le village a aussi en projet de le réutiliser pour stocker une partie de leurs production dont du riz mais aussi quelques oignons, lentilles et pois du Cap. Le problème étant l’état de la toiture (ce problème est bien apparent de l’extérieur). Les tôles sont complètement rouillées ; les cyclones ! Ce problème vient du fait que feu l’entrepreneur de l’époque avait utilisé des tôles trop fines et d’ « entrée de gamme » et nous ne nous en étions pas aperçu. La salle polyvalente dans laquelle a lieu cette réunion a été réalisée un an avant, en 1999, et les tôles sont encore en bon état.

Pour revenir au magasin de stockage, il y a aussi à refaire des portes dont la porte d’entrée, des retouches au sol et pendant que nous y serons nous repeindrons l’ensemble. Je dis à l’assemblée qu’à l’époque, nous n’avons pas été assez vigilants sur la qualité des tôles et des portes (nous étions encore un peu jeunes), en conséquence, j’annonce que le magasin de stockage va être entièrement réhabilité cette année et pendant que nous y serons, la salle polyvalente sera repeinte…. « sous vos applaudissements ».

Ce soir nous avons des invités : Lisa et Berthin notre chauffeur. Nous allons déguster une oie offerte je crois par le village de Beroroha : une très belle oie et ça tombe bien puisque nous sommes à « belle oie », c’est en effet la traduction littérale de Tsaragiso (tsara = beau et giso = oie). Et comme d’habitude avec Lisa ça rigole à tout bout de champ.

 

Dimanche 23 janvier : Nous nous rendons à Antsonomarify pour honorer l’invitation de la chorale. Cette journée sera une belle fête ; la fête des retrouvailles après 22 mois de séparation, 22 mois à ne pas pouvoir chanter ensemble. Un grand repas (avec notamment les chèvres que j’ai offertes), manger ensemble, c’est bien sûr déjà la fête ! Et un grand concert pour lequel je suis évidemment sollicité pour « tout peindre en bleu » et autres titres. Quel bonheur de vivre ça !

Cette journée sera malheureusement marquée par un autre évènement : une chaleur intense, véritable chape de plomb avec un léger vent excessivement chaud.

De retour à Tsaragiso, en toute fin d’après-midi, même Alijaona est en sueur. J’ai depuis longtemps un petit thermomètre dans ma chambre il y a 6 ou 7 ans, le record de température (vers 18h30 ou 19h) était passé de 34° à 35°, record qui tenait toujours jusqu’à … aujourd’hui : lorsque je pense à regarder mon thermomètre à 18h30, je suis stupéfait de ce que je lis : 39,5°, je reste un moment figé, je crois rêver. Je suis évidemment très inquiet. Et dire qu’il y a encore des gens qui ne croient pas au dérèglement climatique !

 

Lundi 24 janvier : Nous sommes à 8h à Ankililoake pour parler avec M. le maire, son équipe et tous les chefs de villages de projets à moyen terme de la commune, plus de 25 personnes sont présentes, j’explique la démarche : aujourd’hui, nous prenons contact et nous « échangeons », ensuite vous vous réunirez entre vous pour lister vos 5 besoins prioritaires dans l’ordre de priorité et M. le maire nous remettra cette liste dans laquelle nous retiendrons pour 2022 au moins un projet qui sera réalisé.

Les projets fusent, un peu dans tous les sens ; un village nous demande même de « rehausser les fondations » d’un magasin de stockage … M. le maire remet un peu d’ordre et finalement, la liste qui me sera transmise indique : une école primaire de 4 salles et une salle préscolaire pour cinq villages.

Nous partons à 10h30 pour Antseva où nous devons inaugurer le CEG réalisé en 2020. Il y a énormément de monde et beaucoup d’appareils photos !

Il est vrai que c’est la toute première réalisation et inauguration de Projet Action dans cette grosse commune alors c’est un évènement très important, il y a même deux caméras dont une télévision.

Couleurs, hymne, discours, ruban, visite des salles … beaucoup de remerciements, la volonté et l’organisation de Projet Action sont soulignées et encore plus le fait d’avoir continué nos réalisations, dont ce collège, pendant la pandémie. D’après ce que j’entends, nous serions la seule ONG dans ce cas dans la région !

Ah, j’allais oublier ; le collège a fait plus que le plein et il faudrait une salle de plus ou … deux.

On m’offre encore une chèvre ! (si je restais longtemps ici je pourrais faire des fromages encore que … ici une chèvre donne moins d’un demi litre de lait par jour et pendant que nous sommes dans le lait, il faut savoir que du côté de Mme Zébu, c’est, au mieux, 3 litres par jour!!!)

M. le maire nous informe que le repas sera pris dans un resto à Ankililoake, nous reprenons le 4x4 pour 30mn de route.

Le repas, avec une entrée s’il vous plaît, est parfait et les boissons sont bien fraîches un vrai bonheur car il fait encore très très chaud aujourd’hui (il fera 39° à 18h30 à Tsaragiso!)

A Tsaragiso, nous apprenons qu’un enfant de 4 ans est décédé … forte fièvre ! Chaque défunt, selon la tradition, est veillé 24h sur 24h par la famille et le village. Le soir vers 21h, je vais participer à la veillée avec Alijaona. Il y a énormément de monde. Ma venue est, bien sûr, très remarquée. On s’assoit près de têtes connues. Je connais très bien les parents, un couple d’une trentaine d’années, le père s’appelle Sissi, c’est un très bon joueur de boules, il fait aussi partie de l’équipe de foot des gars de Tsaragiso (l’équipe s’est donnée le nom de « Projet Action »). J’avais préparé une enveloppe avec un billet dedans, Sissi a appris que j’étais là, il vient près de nous. Je lui dis quelques mots et lui remet l’enveloppe. Il me remercie longuement d’être venu malgré la chaleur et la fatigue et ajoute des mots qui me touchent « Projet Action et toi Philippe, ce n’est pas seulement des réalisations et il y en a eu beaucoup à Tsaragiso, c’est aussi ta présence ici ce soir au milieu de nous, toute la famille et le village, nous sommes très touchés ».

 

Mardi 25 janvier : Hier à Antseva nous avons vu M. le maire d’Analamisampy qui nous a dit qu’il avait beaucoup plu dans sa commune au point que le village d’Angara où nous devions aller ce matin pour inaugurer l’école primaire de 4 salles  et la salle préscolaire est inaccessible en 4x4 et il nous a parlé d’une charrette. Comme je lui demandais quelle serait la distance à parcourir en charrette, il m’a répondu « 7km ! » (plus la même chose au retour) ; je lui ai dit que j’aurai du mal à supporter cette fatigue supplémentaire.

Il a alors eu l’idée de changer de village, il a parlé de Matsa (même réalisations qui devait être inaugurées en juin) et hier soir, il nous a téléphoné pour dire que c’était OK.

Nous allons donc ce matin à Matsa Antivalabe, village situé au nord ouest d’Antseva et à 4km de la RN9 par une petite piste praticable. C’est un peu la « pampa » pour y arriver, des chemins dans tous les sens, des hautes herbes, mais heureusement le village a eu la riche idée de mettre des panneaux indicateurs à 5 ou 6 endroits stratégiques sinon on serait peut être encore en train de chercher le village.

Nous apercevons au loin les toits de l’école, on y va. L’école qui a été terminée en décembre est un peu à l’écart du village. Entre hier après-midi et ce matin, le village a réussi à s’organiser : bâches tendues (dont une me tombera dessus pendant mon discours), chaises, petite sono, tout est prêt !

Petit village et petite inauguration mais village très sympa qui ne s’attendait pas, 24h avant, à recevoir M. le Maire et le Président de Projet Action.

Je remets les deux fois 48 livres pour les préscolaires : vous ne pouvez pas imaginer l’effet de ces cadeaux pour ce village à l’écart de tout. Les meubles ne sont pas encore livrés (problème de camion en panne) mais je leur promets que nous allons nous en occuper rapidement. (les meubles ont été livrés le 15 février). Et … encore une chèvre !

Pas de repas … nous repartons à Analamisampy pour ramener M. le maire car la moto qu’il avait réquisitionné pour venir est tombée en panne à 1km d’ici ! Ensuite direction Ankililoake pour un repas et boisson au resto.

A Tsaragiso nous rangeons la maison et je trie mes affaires (il y en a qui restent ici) car demain c’est déjà le départ à Tuléar, j’ai l’impression d’être arrivé avant-hier !

 

Mercredi 26 janvier : Dernier jour en brousse, ce soir nous serons à Tuléar. En attendant nous sommes attendus à 9h à Analamisampy pour parler avec la commune des projets à moyen terme. 11 villages sont représentés avec le maire et ses adjoints : explication de la réunion et de la démarche proposée … et les projets fusent, dans un ordre « incertain ». Il ressort principalement que la commune souhaite un lycée « c’est le plus important » dit le maire. Il est rappelé le souhait de 2 salles supplémentaires pour le CEG et la réhabilitation du vieux bâtiment pour en faire une bibliothèque pour le collège et le futur lycée. J’en prends note et M. le maire réunira toute son équipe pour établir la liste de leurs 5 priorités.

10h30 nous allons à Ambahija pour inaugurer l’école primaire et la salle préscolaire. Il y a du monde et le protocole habituel se déroule. En résumé, les deux bâtiments sont inaugurés, c’était la fête.

Retour à Tuléar avec une halte à Tsaragiso pour prendre nos affaires et fermer la maison. Demain, mon vol pour Tana est à 9h50 et il faut être plus de deux heures avant car il y aura un test antigénique à faire.

 

Jeudi 27 janvier : Pas de problèmes à l’aéroport et j’atterris à 11h30 à Tana. La navette des « Flots bleus » m’attend. Je passe à ma chambre me changer et je vais déjeuner tranquillement.

Comme je l’ai dit je crois, il n’y a actuellement qu’un vol hebdomadaire entre Tuléar et Tana ! Mon vol (Air Mad) pour Paris n’est que lundi 31 à 22h, avant cela j’irai samedi 29 à l’institut Pasteur de Tana pour faire un test PCR (à prix d’or : 75€). Encore quelques jours à attendre que le temps passe ! Je discuterai avec quelques clients de l’hôtel pour m’occuper et certains ne sont pas « tristes » dont ces deux copains Belges ; c’est le « bazarrr ! » m’ont ils répétés et ce vieux Monsieur aux cheveux très blancs dont j’apprends qu’il a un an de moins que moi. En restant quelques jours de plus pour quelques nouvelles discussions, il y avait de quoi faire un bouquin original.

 

Vendredi 28 janvier : Ce soir là j’ai dû regarder un match de la CAN (Coupe d’Afrique des Nations).

 

Samedi 29 janvier : Juste après le petit déjeuner je prends un taxi pour Tana. A l’institut Pasteur, il y a 50 personnes devant moi mais c’est bien organisé et j’attendrai moins d’une heure pour le PCR et trois heures après, le résultat sera à l’hôtel : négatif. Je peux attendre paisiblement lundi et étudier, une fois de plus, la carte du resto : passionnant !

 

Dimanche 30 janvier : Encore une journée et demie à attendre. Je passe de ma chambre à la réception pour discuter avec Stéphanie, la terrasse de la piscine, la cour pavée … un parcours scientifique.

A part ça, les télés parlent d’un cyclone (BATSIRAI) qui devrait arriver samedi prochain sur Madagascar.

 

Lundi 31 janvier : Jour du départ. A 17h30 la navette de l’hôtel m’amène à l’aéroport d’Ivato qui est tout neuf et très moderne. Mais il n’y a personne, c’est bizarre, je me dirige vers un écran sur lequel je lis que le vol Air France est prévu à 2h du matin. Sauf que moi j’ai un billet sur Air Madagascar et que le vol de 22h n’est pas affiché ! Il y a quand même un gars au guichet information ; je lui dis d’un air faussement détaché « le vol d’Air Mad n’est pas affiché ? » et le gars me répond d’un air gêné « Non parce qu’il est parti la nuit dernière à 1h »…. Dites-moi que je rêve !

Bon d’accord je n’ai pas de portable mais Air Mad savait dans quel hôtel j’étais et ils ont un peu oublié de me prévenir ; si je l’avais su, à l’heure qu’il est je serai à Montreuil ! (en rentrant je trouverai un mail du 19 janvier sur mon ordinateur m’indiquant le changement). Et avec les conditions spéciales de cette mission très particulière, je n’ai pas pensé à appeler Air Mad pour savoir si, à tout hasard, il y avait eu du changement ! Et le prochain vol n’est que lundi 7 !

Il faut que je rentre à Paris au plus vite ; finir les comptes 2021, analyses de sang à faire, le Zébu 99, le budget 2022 …

Je rentre à l’hôtel et demain matin je prendrai un taxi pour aller à Tana chez Air France (il y a un vol mercredi soir, enfin jeudi à 2h du matin) et chez Air Austral, j’ai appris qu’il y avait un vol ce mardi à 17h pour La Réunion et de là …

 

Mardi 1er février : 8h, je file à Tana (Ankorondrano), gel hydro, masque, 5e étage, j’attends 2mn et c’est mon tour. « je souhaiterai savoir s’il vous reste une place dans le vol de demain soir pour Paris », « en économique ? », « oui madame », « désolée, je n’ai plus de place en économique mais il me reste trois places en premium », « ah, et quel est le prix ? », « …….€ », « mais vous savez, je voyage seul ! ». J’ai honte de parler du prix mais je me dis que sur Air Austral ça risque d’être le même topo, je dis alors à la dame « d’accord je prends le premium ». Mon taxi m’a attendu, je rentre à l’hôtel avec mon billet en poche.

L’après-midi, on m’amène à la pharmacie d’Ambohibao où je passe un test antigénique (suffisant pour un vol Air France).

 

Mercredi 2 février : Cette fois, normalement, j’ai tout bon, à 22h la navette m’emmène à Ivato, j’enregistre et j’embarque. Ce compte-rendu de mission aurait pu s’arrêter là mais je ne passerai pas sous silence l’arnaque d’Air France à mon égard …. nous étions à peu près au-dessus du Kilimanjaro (nous n’irons … pas beaucoup plus loin ...la nuit viendra bientôt … et là-bas …) et il fallait que j’aille me laver les mains, je me dirige vers les toilettes business d’où je me fais refouler ! (les premium n’y ont pas accès!), je marche donc vers les toilettes « économique », elles sont occupées, j’attends et j’en profite pour jeter un coup d’œil sur la classe économique et que vois-je ? Une trentaine de places non occupées ! Notre grande compagnie nationale m’aurait-elle menti mardi matin à Tana pour me vendre un premium à 500€ de plus que le billet « économie » ? Quelle mission !

 

Philippe MEYER – Président de Projet Action

Dans le cercle, le territoire d'intervention de PROJET ACTION
Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© ASSOCIATION PROJET ACTION