mission de mars 2019   ~  compte rendu 

 

Samedi 16 mars : 8h30, j’arrive à l’heure prévue à Tuléar. Serait-ce la conséquence directe du rachat d’Air Madagascar par Air Austral ? En tout cas cela va me permettre de tenir le programme prévu pour ce samedi. Passage « Chez Alain » où je dépose ma valise et en route pour quelques achats. Les fruits et légumes seront pour demain matin. Retour Chez Alain où je discute avec Alijaona des nouvelles du terrain et du programme pour voir si tout est bien calé.

Midi, il est temps d’aller « Au Jardin » pour voir si Gian Carlo est toujours en forme et profiter d’un repas équilibré et néanmoins sympathique.

Retour à l’hôtel pour une petite sieste indispensable et réparatrice. Je me réveille à 16h30, heureusement car nous avons RDV à 17h avec les quatre entrepreneurs dont la menuiserie. J’ai préparé le bon de commande pour l’atelier Sakama : 24 tables 40x130, 24 bancs 20x130, 10 tables octogonales (h 53) pour les préscolaires, 80 chaises enfants (h31), 11 chaises adultes, 4 bureaux et une table 80x200 pour Ampoizy. Je reçois ensuite chaque entrepreneur pour leur dire quels chantiers leur sont confiés cette année. Je demande à M. Lalao à qui j’ai confié les deux chantiers de pistes de venir à Tsianisiha mercredi 20 pour que nous allions ensemble reconnaître une portion de 80m de la piste réalisée en 2015 entre Ankilimalinike et Antanimena. En janvier, avec le déluge que nous avons subi nous avons dû à plusieurs reprises traverser une grande « piscine » créée par un point bas …

Je mange seul à l’hôtel et vite au lit.

 

Dimanche 17 mars : Levé tardif et petit déjeuner relax. Vers 9h on démarre direction le marché du Bazar Be ; des pommes, des haricots verts, des carottes, des poireaux… c’est plus difficile à trouver en brousse et un peu plus cher. Nous allons vers la RN9 en prenant au passage un demi-pain de glace pour rafraîchir quelques boissons et enfin nous faisons le plein du 4x4 ainsi que 20 litres d’essence dans un bidon pour mon groupe à Tsaragiso.

Nous roulons tranquilles, il n’y a pas de RDV aujourd’hui…. Le programme des jours suivants sera bien assez chargé. Nous arrivons à Tsaragiso pour « ouvrir » la maison, ranger les affaires amenées de France et dire bonjour aux voisins, au moins à ceux qui sont là, les autres ne sont pas revenus des champs ; rizières ou autres. Je le dis souvent mais revenir ici est un vrai bonheur.

Nous partons ensuite à Ankililoake pour déjeuner et boire un coup … il ne fait pas froid !

Retour à Tsaragiso pour passer une après-midi tranquille.

 

Lundi 18 mars : Nous sommes à 8h à Ankaraobato (avec M. Naivoson) pour une rencontre des gens intéressés par les « AGR » (Activités Génératrices de Revenus). Il y a là le chef de village et trois copains à lui. Je suis étonné du peu de monde … ce qui ne nous empêche pas de parler et de préciser l’aide que Projet Action pourrait apporter à des projets apportés par des « porteurs » motivés. Nous précisons assez longuement qu’il ne s’agit pas pour Projet Action de donner de l’argent pour acheter matériels et (ou) animaux pour s’apercevoir ensuite que le tout s’est « envolé » ou a servi à autre chose. En résumé, il s’agit :

  • D’avoir un projet : produit ou service bien défini à fort potentiel.
  • Que ce projet soit soutenu et mené, de préférence par un groupe ; par exemple une association.
  • D’avoir une motivation bien ancrée.
  • De suivre une formation de façon assidue.

Ces quatre points seront martelés dans chaque village.

Pas d’association ce matin, le chef de village serait partant pour faire du miel. Au fait Monsieur ; pourquoi n’y a-t-il quasiment personne à cette réunion ? Avez-vous vraiment invité le village ?

A 10h30 nous sommes à Anteteza où trente personnes nous attendent sous le tamarinier. Il y a là M. Bototsako et d’autres que je connais depuis 20 ans (le petit pont financé en 1999 et toujours bien solide a 20 ans!)

Dans la discussion qui dure une bonne heure, je note des projets sur : poules pondeuses, miel, semis de piment, chèvres.

A midi nous déjeunons à la gargote d’Ankaraobato où Lisa nous a préparé un repas avec trois entrées : salade de concombres, beignets de légumes et aubergines à la poêle suivis d’un plat de riz avec poulet et une banane en dessert… ça va.

A 15h nous sommes à Ambatolily où je compterai 90 personnes. La discussion est longue et intéressante et les projets sont nombreux : miel et élevage porcin, chèvres, poules pondeuses, pisciculture, formation sur produits phytos et magasin de stockage et de vente. Je note tout même si certains projets sont présentés par des personnes seules et qu’il y aurait à dire sur d’autres projets. Mais nous nous reverrons en juin pour affiner le type de soutien et normalement d’ici là, j’aurai les devis de formation du CFP.

Nous ramenons Naivoson à Milenake et retour à Tsaragiso.

 

Mardi 19 mars : Et c’est reparti : nous sommes à 8h à Antanimena (3km à l’est de Milenake)… 32 personnes qui ont l’air heureuses de nous recevoir. Les présentations sont rapidement faites et les projets, je pourrais dire le projet, arrivent. En fait nous avons en face de nous trois associations qui veulent toutes les trois pratiquer l’élevage porcin pour deux raisons principales : cela peut être d’un bon rapport (le président d’une des associations connaît même un acheteur de Tana …) et les voleurs ne volent jamais de porcs car ils sont très difficiles à « conduire ». Les associations sont conscientes qu’elles ont besoin d’une bonne formation… c’est tout ce qui leur manque pour démarrer.

Ces trois associations : Fanahy soa (38 membres), Maevasoa (18 membres), Tsy Malain-Kavana (26 membres) me plaisent bien, il y a de la motivation et de la cohérence.

A 10h30 nous sommes à Belavenoke où pas moins de 68 personnes nous attendent…. « Misosa » voudrait faire des tomates de chaire, « Fitiatana » a besoin de conseils sur les débouchés pour les tomates séchées qu’ils font déjà, « Velomity » veut faire du miel, « Mandray » du piment et des tomates de chaire. Pas mal, c’est noté.

Nous déjeunons au resto de Milenake, invités par Naivoson. Un peu de repos, au calme du resto ne fait pas de mal. Ce resto est d’ailleurs bien trop calme !

A 15h nous sommes à Marolonake où … personne ne nous attend ! Nous apprenons que le chef de village avec qui Naivoson avait le contact est parti ce matin à Tuléar et le village n’est au courant de rien. Deux villageois disent qu’ils vont prévenir les gens , je les arrête tout de suite… aucune information, aucune sensibilisation cela ne servirait strictement à rien, cela ferait tout au plus plaisir aux participants qui pourraient dire « j’étais à une réunion avec Philippe Meyer ». Il est vrai que je ne suis pas venu dans ce village depuis 2006 lorsque nous avions réalisé une petite salle polyvalente…. Mais nous avons un peu la montre (pour les autres villages) et eux ils ont sans doute le temps. Nous reviendrons … peut être … ou pas. Nous repartons donc en déposant Naivoson à Milenake.

A Tsaragiso, il fait assez chaud, il y aura encore 33° quand je me coucherai vers 22h, en attendant je m’offre une petite  « Cristal » (eau gazeuse) un peu fraîche et avec un zeste de combawa sur la terrasse…. Trop bon !

 

Mercredi 20 mars : Nous sommes à 8h30 à Tsianisiha où nous devions faire le point sur les projets à moyen terme de la commune mais le PDS (Président de le Délégation Spéciale), un fonctionnaire nommé par le chef district pour remplacer le Maire tué en juin 2018, le PDS donc est semble-t-il en conflit avec tous les chefs de village ainsi qu’avec les conseillers municipaux. Je préfère ne rien dire sur ces évènements mais Projet Action se trouve contraint de laisser la situation s’éclaircir avant de poursuivre son partenariat avec la commune. En principe les élections municipales doivent avoir lieu en fin d’année mais rien n’est écrit à ce jour.

Nous voyons Malala et faisons le point sur la gargote impactée elle aussi par le conflit en cours… des consommations que certains oublient de payer… Malala me rembourse 100000 Ar sur le prêt à 0 % d’intérêts accordé fin 2013.

M. Lalao avec qui nous avions RDV est là et nous partons de suite avec lui pour Ankilimalinike observer tout près de là une malfaçon sur la piste réalisée en 2015 dont nous nous sommes aperçus en janvier avec toute l’eau qui est tombée formant à un point bas une véritable piscine de plusieurs dizaines de mètres de longueur. M. Lalao était prévenu, il prend les premières mesures et reviendra pour étudier de plus près le problème. Nous revenons à Tsianisiha pour déjeuner à la gargote.

A 14h nous sommes à Marofoty pour faire le point sur les projets à moyen terme de la commune… souvenons-nous que cette réunion a eu lieu en janvier mais le Maire n’avait rien préparé !

Cette fois six projets sont listés dont en n°1 une demande de toilettes pour l’école primaire d’Androtsy (l’école que nous avons réalisée en 2018)… je suis un peu surpris pour ne pas dire plus… Je demande à l’assistance et au Maire s’ils connaissent toutes les toilettes réalisées par Aide et Action dans la fin des années 90. Aide et Action avait cru bon de construire des toilettes « en série » dans toutes leurs écoles… échec total, toilettes non utilisées ou utilisées à l’extérieur et très vite les portes en ruines ou barricadées ; un « tableau » dramatique dû à la coutume, aux habitudes… L’assistance me dit qu’elle connaît tout cela. Je leur demande alors s’ils connaissent les toilettes bleues réalisées il y a 5 à 7 ans par « Wasch » (financement Unicef) qui a décidé de faire des toilettes partout : écoles, centres de soins, marchés … pour les écoles elles ont été placées juste à quelques mètres de celles d’Aide et Action. « Wasch » n’a contacté personne ; ni les écoles, ni les chefs de village, ni les Maires…sur toute la zone c’est une fortune qui a été engloutie et au bout d’un an maximum : portes barricadées, délabrées, rongées… « Vous savez cela aussi, vous le voyez tous les jours dans chaque village… et vous osez nous demander d’en faire à Androtsy ! », « Si vous voulez des toilettes dans cette école ; faites-les et si elles sont bien réalisées et bien utilisées, je m’engage à en réaliser en dur ».

Passons aux choses plus sérieuses de la liste : 3 salles préscolaires (Ankadobarika, Antandroke, Antanimahery), un bureau pour le chef ZAP à Marofoty et un bazar couvert à Beroroha.

Pour les salles préscolaires je demande les effectifs actuels à me fournir dans les meilleurs délais pour études des dossiers. Pour le bureau ZAP je dis qu’il y en a un à Beroroha. Oui mais les enseignants des villages éloignés (Beroroha est le plus gros village de la commune, plus de 4000 hab. Mais il est complètement excentré, à côté de la rivière Manombo, tout près de Tsianisiha). C’est noté mais avant je souhaite : l’accord de la DREN et une pétition de tous les enseignants de la commune pour voir qui est d’accord quant au bazar couvert de Beroroha, je passerai voir mais j’annonce déjà que pas mal de marchands resteront là où ils sont… devant chez eux ! C’est souvent ce qui se passe (sauf à Marofoty pour le bazar de 8 tables réalisé l’année dernière car avant la réalisation, les marchands se rassemblaient déjà sous et devant le tamarinier pour proposer leurs produits). A Beroroha, actuellement, les marchands s’égrènent sur près de 100m  et beaucoup se placent tout simplement devant chez eux, donc …

Sur le chemin du retour, le coup d’œil confirmera cette situation. Il faudra bien compter les marchands susceptibles d’être intéressés.

Avant de partir, je sors de mon  dossier la convention de partenariat pour la réalisation de deux buts de foot à Marofoty, une demande d’il y a deux ans. Nous signons dans la bonne humeur.

 

Jeudi 21 mars : Journée plus calme pendant laquelle nous faisons le point sur le resto de Milenake avec Naivoson. Le resto n’est pas dans une bonne phase, les clients sont rares. Nous convenons de réorganiser, comme l’an dernier, les tournois de boules du 25 juin avec le repas des gagnants animé par la chorale MISAFA. Naivoson me rembourse 100000 Ar et nous déjeunons au resto.

A 14h nous sommes à l’EPP d’Ankaraobato pour rencontrer le directeur et les enseignantes pour parler des classes vertes 2019. Nous en avons voté trois au budget et je souhaite connaître le nombre d’enfants de l’école qui n’ont pas pu y participer en 2018. Dès que l’on parle de chiffres… ça prend toujours pas mal de temps. Bref j’apprends qu’il reste 3 enfants de CM2, 6 de CM1, 16 de CE2, 42 de CE1 et 88 (en deux sections) de CP. Le total donne 155, il me reste à trouver 55 autres enfants ce qui ne sera pas difficile. Les enseignants proposent mai ou juin, je prends note car je dois voir Bel Avenir dès demain matin à Mangily (là où se passent les classes vertes)

 

Vendredi 22 mars : Nous allons sur Tuléar pour différentes raisons à commencer par un arrêt à Mangily vers 9h pour rencontrer le responsable des classes vertes : Rochardo. Je confirme d’abord que nous finançons cette année trois classes vertes et je souhaite voir les dates disponibles pour fin mai début juin. Rochardo me donne la liste et je note : du 22 au 25 mai, du 29 mai au 1er juin et du 5 au 8 juin. C’est bon ! La conversation se poursuit et j’apprends beaucoup de choses sur les classes vertes et notamment une nouveauté très intéressante : le fait que Bel Avenir fait maintenant un suivi de chaque classe verte en allant voir l’école, trois mois après, pour voir ce que les élèves et les enseignants ont retenu et mis en pratique. Il faut rappeler que ces classes vertes sont énormément basées sur l’écologie terrestre et maritime. A l’occasion de ce suivi et pour « marquer le coup », des récompenses sont remises. C’est une belle nouveauté et j’approuve en disant à Rochardo que Projet Action pourrait participer au financement de ces récompenses.

Nous poursuivons vers Tuléar, en arrivant je fais un appoint de boissons, surtout des petits modèles de Cristal (eau gazeuse) et à midi … Au Jardin pour le traditionnel repas ombragé.

A 17h nous recevons M. Manitra. Cet entrepreneur doit partir à Tana et il m’a demandé d’avancer le RDV du 1er avril pour la signature des contrats. Les contrats sont conformes, cela ne prend donc que quelques minutes.

Je discute ensuite avec Alijaona pour faire le point sur le reste du programme et recadrer certaines choses.

 

Samedi 23 mars : Pas de petit déjeuner tranquille ce matin vu que nous devons être à 9h à Manombo et il y a au moins une heure trente de route, nous partons donc à 7h15. Le plein est fait en vitesse et Coco ne traîne pas. Je vous passe les détails mais nous arrivons à 9h précises à la Mairie de Manombo… bonjour tout le monde et prenons place dans la grande salle. Nous démarrons par une réunion qui doit faire le point sur le projet de piste « est-ouest » entre Marofoty, Antanimahery et Manombo. Une délégation de Marofoty est présente. Je commence par donner le coût des travaux : 153 404 000 Ar soit environ 40000€ et je demande ensuite si les deux communes seraient d’accord pour accueillir un petit groupe de Projet Action le lundi 21 octobre à 10h ? Quelques visages étonnés qui tardent à dire oui car ils doivent attendre la raison de ce rendez-vous du 21 octobre. Le oui finit par venir, je leur propose donc d’en profiter ce jour-là pour inaugurer la grande piste dont nous parlons depuis près de deux ans. Je fais lire par Alijaona la convention de partenariat et nous passons aux signatures.

Nous enchaînons avec le projet de réhabilitation de l’école Caroline Dinin de Fitsitike que nous avons réalisée en 2010 mais l’entrepreneur (feu M. Ramanba) avait fait « erreur » sur la qualité des tôles. C’est toute la toiture qu’il faut changer (la charpente reste bonne) il y a aussi quelques trous au sol dont l’entreprise va s’occuper et nous en profitons pour refaire toutes les peintures. Fitsitike est un village côtier et le vent du sud est omniprésent. Nous signons la convention de partenariat avec la délégation du village qui est là…. Ils ont l’air très heureux et je les sens pressés d’aller annoncer la bonne nouvelle.

La salle se vide quelque peu et il ne reste que les membres dont M. le Maire du comité de gestion du gîte d’étape sur lequel nous devons faire le point. Le gîte tourne plutôt bien même si les taux de remplissages ne sont pas délirants. Le comité me rembourse 240000 Ar soit la somme prévue. Il est 11h passées, nous partons vers Tsandamba pour environ 1h30 de piste infernale.

L’arrivée à Tsandamba est appréciée comme le seront les boissons fraîches offertes par M. Odilon. Le repas qui suivra est lui aussi vraiment le bienvenu. Nous allons à ma maison pour un peu de repos et à 15h nous sommes de retour sur la terrasse du resto. Nous devons faire le point sur deux projets : la réhabilitation et l’agrandissement de l’école de Bekodoy (au nord, juste avant Andravona) et les deux buts de foot pour Tsandamba. Une petite délégation de Bekodoy est là, ils sont venus à pied … près de 30km ! Par contre je ne vois aucun jeunes footballeurs et footballeuses, je demande à M. Odilon ce qui se passe, il ne sait pas et il fait relancer. Le temps passe et nous décidons de commencer par Bekodoy et comme ils sont pressés de repartir, j’abrège le discours et je sors la convention que nous signons dans l’euphorie générale, enfin je dis ça mais les vezos sont plutôt réservés. Les deux représentants de Bekodoy repartent aussitôt. Et les footballeurs ne sont toujours pas là, je dis à M. Odilon que c’est bizarre et anormal. J’annonce que j’attends jusqu’à 16h (il est 15h45) ce qui est très généreux de ma part et à 16h je me lève en disant à M. Odilon que s’il les voit il pourra leur annoncer qu’ils n’auront pas de buts de foot.

Nous allons devant ma maison, jouer aux boules en plastique sur le sable. A 17h20 deux filles arrivent et me disent « nous sommes là », je ne peux empêcher un éclat de rire et je leur réponds « ah oui et moi je suis là et je joue aux boules »

 

Dimanche 24 mars : Après le petit déjeuner j’achète 1kg de calamar pour Tsaragiso et nous démarrons doucement… pas de programme aujourd’hui. Au passage à Beroroha nous passons dire bonjour à la chorale Misafa qui est là pour une fête. Nous arrivons de bonne heure à Tsaragiso et j’en profite pour préparer une pâte à pain. Avant la cuisson, Alijaona veut absolument jouer aux boules, bon … je vais jouer diplomatiquement en lui laissant marquer 12 points, je sais c’est aussi généreux que risqué mais bon voilà un petit 13 à 12 ! Et pour « couronner » ce beau match, je fais cuire le pain qui sera une très bonne cuvée.

 

Lundi 25 mars : Nous sommes à 10h à Kalomboro pour faire le point sur le projet de ré-approfondissement du puits que nous avons réalisé, je crois, en 2001. Il y avait de l’eau douce en quantité et il s’est tari il y a quelques années. L’entrepreneur qui a fait le devis a bon espoir car la terre est humide au fond du puits. Nous espérons que ces travaux seront couronnés de succès car actuellement les villageois d’ici sont obligés d’aller chercher de l’eau à Milenake (à environ 3km). Ces travaux seront effectués au mois d’août, c’est-à-dire au plus bas de la saison sèche. Nous discutons pas mal avec l’ami Tsiafoe. On se fait rire mutuellement, ça rapproche et dans les moments difficiles, l’autre est là, même sans rien dire, la main sur l’épaule.

Nous déjeunons au resto de Milenake, la pause est toujours appréciée. Nous démarrons vers 13h30 en direction d’Andranodehoke avec Naivoson et M. le Maire de Milenake. La piste Volamindry est parcourue au ralenti, elle est vraiment en mauvais état, il a encore plu récemment. Le village d’Andranodehoke a cependant fait le nécessaire pour que nous puissions passer en bouchant quelques ornières et nous passons. Bonjour aux villages voisins qui sont venus à Andranodehoke car ils sont eux aussi concernés. Je félicite ceux qui ont participé au remblayage mais je leur redis (pour la énième fois) que la terre seule dans les ornières ne sert à rien ou presque ; il faut d’abord positionner de gros blocages puis un peu de terre, ensuite des blocages moyens, puis un peu de terre et enfin de gros graviers issus du concassage de blocages. Mon passage (68/72) aux ponts et chaussées où je n’ai pas fait que dormir et mon expérience des chemins de terre du Gévaudan depuis 47 ans plus un peu de logique m’ont offert quelques compétences dans le domaine.

Plus de 80 personnes sont là, en attente de ce que va dire Projet Action à propos de la réhabilitation de cette piste. Je commence par donner le prix : 70 831 000 Ar soit environ 19000€ avec le taux de 1€ = 3700 Ar retenu au budget. Je dis ensuite que les deux ponts seront réalisés en béton armé mais il y aura surtout de gros travaux sur les passages  délicats ou points noirs avec des gabions du remblai compacté et des fossés, pour partie maçonnés, qui devront permettre un bon écoulement en cas de fortes pluies. Je demande ensuite si les villages sont d’accord  pour accueillir Projet Action le vendredi 25 octobre à 10h avec de la musique, un repas et des boissons fraîches ?

« Vous recevoir, oui (c’est toujours un plaisir) mais pour quoi faire ? » « Eh bien si vous êtes d’accord et que tout le monde est là, nous en profiterons pour inaugurer la piste ». Nous passons à la signature de la convention dans une ambiance plus que joyeuse, euphorique serait plus approprié. Un exemplaire pour le président du comité de construction (qui doit assister l’entreprise en toute occasion), un exemplaire pour le Maire et le 3e pour Projet Action.

Les travaux commencent le 2 mai : attention manches retrououou...ssées !

 

Mardi 26 mars : Levé très tard ce matin, il est au moins 7h30 quand je me présente au petit déjeuner. Alijaona se lève toujours vers 5h ou 5h30 maxi et il prépare le petit déjeuner, mais ce matin il n’y a pas le feu au lac nous n’avons rendez-vous qu’à 10h à Ampoizy. Après le café-beignets et galettes de riz soufflé (amenées de France), je prépare une pâte à pain et c’est parti pour les 4h de levage.

Nous sommes à 10h à Ampoizy pour faire le point sur le projet d’agrandissement de l’école. Cette école n’a que deux salles, immenses certes mais lorsque l’on s’appelle le FID et que l’on fait une école primaire ; comment peut-on ne faire que deux salles, comment peut-on ne pas faire de bureau pour le directeur ? Je rêve qu’un jour une grande rencontre soit organisée avec tous ces organismes et ONG qui œuvrent dans le domaine de l’éducation par exemple ; il y aurait un atelier « personne ne nous oblige à faire n’importe quoi » et un autre « respect des enfants, des enseignants et des populations ».

Les enseignantes et la directrice sont là, les parents arrivent tout doucement, nous papotons un peu. Les villageois sont suffisamment nombreux, la réunion peut commencer. M. le Maire est venu, c’est inhabituel mais c’est très bien. Je redonne l’objet de la rencontre et je fais un peu monter la mayonnaise en parlant d’abord de Mme Miza, la directrice, qui a fait seule la démarche de me contacter par mail il y a plus d’un an… Je décris ensuite le projet : deux salles de taille modeste mais adaptée aux effectifs et un bureau pour la directrice. Et enfin je donne le prix de ces travaux : environ 6600€ plus les meubles qui comprendront des tables et chaises pour les deux sections préscolaires qui continueront d’occuper une des deux grandes salles de l’école actuelle.

Je peux demander maintenant si le village serait d’accord pour nous recevoir le mercredi 23 octobre à 10h30… les gens se regardent… bon, ils disent oui (heureusement) et je dis que nous en profiterons pour inaugurer le nouveau bâtiment qui transformera la vie de cette école ; enfants et enseignants. Nous passons aux signatures. La salle est bien pleine, pas loin de 100 personnes et il en est une qui est très émue : c’est Miza la directrice. Elle dira ensuite quelques mots, enfin elle essaiera, elle cherche ses mots, elle a tellement porté ce projet mais « je n’aurai jamais imaginé que ça puisse aller aussi vite alors…. Merci parce que... »

Les travaux démarrent le 2 mai.

Direction Tsaragiso, il est midi et nous commençons à avoir faim et soif. Je n’ai pas beaucoup parlé de la température, eh bien il fait très chaud. La température extérieure… je ne sais pas mais à l’intérieur il y a jusqu’à 32° et même 33° le soir à 21h. Un autre signe : tous les repas du midi ont été pris à l’intérieur… trop chaud sur la terrasse. Quant au soir c’était également à l’intérieur à cause des millions de bestioles attirées par la lumière.

A 14h nous allons à la salle culturelle d’Ankaraobato où nous devons découvrir les œuvres des artistes de la commune. Un premier contact a eu lieu en janvier mais un seul artiste était présent et il n’avait rien à montrer. Depuis début février, Eugène, le président de l’association des artistes a travaillé avec dix peintres, sculpteurs, dessinateurs… et d’après Alijaona notre salarié, 6 à 7 artistes ont préparés des œuvres spécialement pour aujourd’hui. L’objectif de Projet Action est d’essayer de mettre en valeur le travail de ces artistes en organisant une grande expo, un concours et pourquoi pas en commandant des œuvres « monumentales » qui seraient gagnées par des villages ou des associations.

Mais bon, il n’y aura ni expo, ni concours, ni commande...En arrivant à la salle culturelle nous trouvons Eugène et l’artiste du mois de janvier qui nous montre une petite sculpture en bois… objectivement le travail est grossier et basique et en étant gentil je dirai qu’elle ne représente qu’un intérêt limité. Il est près de 14h30 et Eugène dit « je vais encore relancer », je lui dis « non je ne pense pas, la mise en place devait avoir lieu ce matin, tes artistes ne sont pas venus, ils ont certainement autre chose à faire ». Et l’on rentre à Tsaragiso : j’ai du pain à faire cuire.

 

Mercredi 27 mars : Nous rentrons à Tuléar pour « souffler » un peu mais aussi pour rencontrer Sébastien le directeur du CFP avec qui je dois valider la faisabilité des formations dont nous avons besoin suite à toutes les rencontres AGR de la semaine dernière. Nous arrivons chez lui avant de passer à mon hôtel. Il nous attend et nous commençons la discussion. Nos besoins en formation sont divers : apiculture, poules pondeuses, piments, pisciculture, élevage porcin, tomates de chaire et débouchés tomates séchées. Sébastien me dit que tout est possible et que dans certains cas, le ou les formateurs se déplaceront même dans le village : par exemple à Antanimena pour la formation élevage porcin (3 associations sont demandeuses). C’est vraiment formidable. J’en prends bonne note et lui demande les devis, il me dit que ça sera fait pour début mai.

Pas de repas au « Jardin » aujourd’hui car c’est le jour de fermeture. Nous en testons un autre « La Maison », j’y suis allé une fois en 95, ça a dû changer. En fait pas vraiment, c’est un peu cher mais la qualité est au rendez-vous sauf pour le pain que je suis obligé de faire griller pour le rendre consommable.

Une sieste l’après-midi et un repas seul et tranquille Chez Alain.

 

Jeudi 28 mars : Petit déjeuner pas avant 8h et Alijaona pas avant 9h. Pour ce midi, nous avons réservé une table Chez Henri à Ambolimailake pour tester cette gargote qui a l’air sympathique du côté des poissons et autres produits de mer. Nous faisons le plein de légumes verts ainsi que noix de coco et pommes de terre avant de faire le plein de carburant.

Arrivée à Ambolimailake : j’ai déjà soif et faim. Henri nous propose du poisson au coco ou des crevettes sauce tomates…. Un plat de chaque pour voir, ce sera vraiment top et en cadeau des boulettes de poisson qui sortent de la poêle… trop bon.

Nous serions bien restés plus longtemps mais nous devons être avant 14h à Tsaragiso pour faire le point sur le projet d’agrandissement du poulailler. En route ! Nous arrivons à temps pour « faire de l’eau » (5 bidons de 20 litres) et poser nos sacs dans la maison.

La réunion a lieu sous le tamarinier, plusieurs dizaines de personnes sont déjà là (après le poulailler nous ferons le point sur l’opération CIN (Cartes d’Identité Nationale).

A propos du poulailler je demande à l’association AVT si elle est d’accord pour recevoir Projet Action le jeudi 24 octobre à 11h ….. oui, très bien nous inaugurerons les deux nouveaux poulaillers… et nous signons. En octobre, 150 poussins seront accueillis dans les deux nouveaux poulaillers et un peu plus de 4 mois après, les 43 poules actuelles seront vendues (elles sont déjà réservées) et les 150 « prêtes à pondre » seront réparties dans les 3 poulaillers. Les formateurs disent que les poules sont à leur maximum pendant deux ans mais il y a quelques jours, à la télé française, j’ai même entendu parler de 18 mois.

Nous en venons au projet CIN. L’association AVT a réalisée trois listes : les personnes qui n’ont jamais eu d’acte de naissance, ceux qui l’ont perdu (ou détérioration) et ceux qui ont leur acte de naissance mais pas encore de CIN… les démarches (chef de village, Maire, district…) sont à chaque fois différentes mais dans tous les cas il faut des photos d’identités, lesquelles seront prises à Tsaragiso le lundi 17 juin prochain : plus de 90 personnes sont concernées (à Madagascar, il faut être majeur pour avoir une carte d’identité)

Il faut savoir qu’à Madagascar il faut une carte d’identité pour : demander un prêt, voter, pour passer des examens…

 

Vendredi 29 mars : Nous sommes à la salle culturelle à 9h pour faire le point sur le projet buts de foot dans l’enceinte de l’école. Il y a du monde (45 personnes) : des footballeurs et footballeuses « Les Scorpions » du CFP et du lycée technique, il y a aussi les footballeurs de Tsaragiso et des représentantes du « FC Miss Tsaragiso », il y a aussi le Directeur de l’EPP. Ces buts serviront à tout le monde… en dehors des heures de classe bien entendu.

Sans plus attendre, je demande à Alijaona de lire la convention de partenariat et l’on passe aux signatures avec un match féminin le jour de l’inauguration : les filles du CFP contre celles de Tsaragiso !

Nous voyons ensuite le directeur de l’école pour lui donner les dates des trois classes vertes pour qu’il commence à organiser cela avec les enseignantes.

Nous rencontrons Faly, prof au lycée technique et photographes à ses heures, nous lui parlons de l’opération CIN de Tsaragiso, il est d’accord et prend note pour le 17 juin à 8h.

Nous rentrons à Tsaragiso pour préparer le repas et 250gr de pâte à pain. A 17h nous recevons les brodeuses qui nous amènent les 130 sacs commandés en janvier et en février. Les sacs que nous examinons un par un sont tous très bien faits : les brodeuses n’arrêtent pas de broder et coudre… tant mieux pour elles. Il faut dire que vos commandes sont de plus en plus nombreuses et il faut pouvoir vous servir immédiatement. Je repasse une commande pour juin : 120 nouveaux sacs.

 

Samedi 30 mars : Aujourd’hui c’est le grand tournoi de pétanque « spécial Tsaragiso » et Alijaona commence à prendre les inscriptions dès 7h30 et il en prendra encore juste avant le début des matchs à 15h. Il n’y a jamais eu autant d’équipes inscrites ici à Tsaragiso : 32 dont 8 équipes de filles. Il aurait pu y avoir un tournoi masculin et un autre féminin mais les filles ont tardé à s’inscrire et nous avons décidé que le tournoi serait mixte. Nous faisons jouer tous les matchs (jusqu’aux demi-finales) en 8 points car il faut terminer avant la nuit et il y a 32 matchs à jouer.

L’ambiance habituelle, les gagnants viennent annoncer leurs scores à Alijaona. Une équipe se fait remarquer : Lina et Madame… elles se retrouvent en demi-finales et … elles mettent une « pâtée » 8 à 0 aux gars qui jouent contre eux. Elles sont donc en finale que l’on joue en 13 points, elles sont menées 10 à 3 par des gars qui fanfaronnent un peu mais Lina et Madame restent calme et essayent de s’appliquer, elles remontent à 12 partout et réussissent à marquer le 13e point. Du jamais vu à Tsaragiso, la nouvelle fait le tour du village en moins de deux minutes…. Des filles qui gagnent, c’était déjà arrivé mais uniquement dans un tournoi féminin, mais là …. je crois que l’on a pas fini d’en entendre parler et je crois aussi que nous ne pouvons pas mesurer aujourd’hui les répercussions dans le temps de cette victoire féminine du 30 mars 2019.

Je distribue les récompenses : 2 x 1000 Ar pour les 3e, 2 x 2500 Ar pour les seconds et 2 x 5000 Ar pour les vainqueurs. Quelle belle journée !

 

Dimanche 31 mars : Il nous reste à voir le directeur de l’école primaire d’Antsonomarify pour lui annoncer la bonne nouvelle : 55 enfants de l’école vont bénéficier d’une classe verte du 5 au 8 juin 2019. Nous sommes donc à Antsonomarify, nous voyons le directeur et nous profitons de notre passage dans le village pour dire au revoir aux membres de la chorale, nous les avons peu vus pendant cette mission … nous les verrons un peu plus en juin puisqu’il y aura un concert à Ankaraobato le 24 et que la chorale animera le repas du concours de boules à Milenake le 25.

A Tsaragiso c’est repos sauf qu’il me faut ranger : les combawas, le miel de Baobab, les sacs brodés et le thé … beaucoup de nouveautés qui seront proposées le 8 juin à la vente du garage et par correspondance (sacs et thé). A part ça, Alijaona veut à nouveau jouer aux boules, je lui demande de bien réfléchir car je sens que le score pourrait être plus « large » que l’autre jour. J’ai effectivement dû voir cette partie avant de la jouer : 13 à 6, il a quand même marqué 6 points, c’est bien non ?

 

Lundi 1er avril : C’est le départ, fin de mission ! Nous rentrons à Tuléar sans encombre, déjeuner au Jardin et à 17h réception des entrepreneurs (GECIP et GCM) et du menuisier Sakama. Je signe les contrats. Les chantiers démarreront le 2 et le 7 mai. D’ici quelques jours, les villageois vont commencer à se retrousser les manches (pour ceux qui en ont, quant à ceux qui n’en ont pas, ils sont déjà prêts à « l’attaque ». Prêts pour charger et décharger des dizaines de camions de sable et de blocages, prêts pour concasser des blocages, prêts pour amener de l’eau sur les chantiers, prêts pour « prêter la main » aux entreprises. Prêts pour participer massivement et sérieusement à la construction de leur école, de leur piste, de leurs poulaillers. Ensemble, on avance plutôt bien depuis ...23 ans.

Philippe MEYER – Président de Projet Action

 

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