Nouvelles réunions « téléphone amplifié »

vues d’ici

 

Les chantiers de la 1ère phase de travaux avançant bien, il fallait penser à préparer la 2e phase et l’approche du 26 juin (fête nationale malgache) se prêtait bien à quelques belles annonces.

 

Vendredi 25 juin à Bevala : Nous connaissons ce village de la commune de Tsianisiha, nous y sommes souvent allés et  nous y avons réalisé deux puits (2000 et 2001) et une école primaire (2005).

Depuis de nombreuses années, Bevala nous demandait un CSB (Centre de Santé de Base) mais nous ne l’avons jamais réalisé puisque les autorités régionales de la santé nous disaient toujours ne pas pouvoir (budgétairement) y nommer une infirmière (ou un infirmier). J’ai refait prendre contact par notre salarié avec le médecin inspecteur de la région et, cette fois, notre demande a reçu une réponse positive.

C’est donc un grand jour pour le village et les hameaux environnants, même s’ils ne le savent pas encore. Notre salarié a en effet pris contact avec eux et les a réunis en leur disant « Philippe souhaite vous poser des questions au téléphone pour savoir comment va le village car cela fait un moment qu’il n’est pas venu »

Le rendez-vous a été fixé à 10h30 (heure de Madagascar, il est 9h30 en France). Juste avant l’heure, j’appelle au moins trois fois et ça ne passe pas mais, quelques jours avant, nous nous sommes rendu compte que si Alijaona m’appelait ça passait. J’attends donc qu’il le fasse.

10h45 ; mon téléphone sonne (le numéro d’Alijaona s’affiche), je décroche et dit « Vaovao Bevala ? » (Quoi de neuf Bevala?) et j’entends les gens crier. Le téléphone est bien amplifié sur la sono.

« Salama Bevala, salama Beny Tanany, salama chef fokontany, sy salama Masikoro, aty Masikoro foty ! » (Bonjour Bevala, bonjour M. le Maire, bonjour M. le chef de village et bonjour les Masikoro, ici c’est le Masikoro blanc (un des surnoms que l’on me donne en brousse)… je ne sais pas combien ils étaient mais j’ai entendu des cris, des rires, des oh, des ah, des ouais et des applaudissements comme si la foule était venue en masse.

Et je poursuis « Androany any Paris, any France aho, fa ny foko dia any Bevala miaraka aminao » (Aujourd’hui je suis à Paris, en France, mais mon cœur est à Bevala, avec vous) … ils ont crié tellement fort que j’ai l’impression que certains commençaient à ne plus avoir de voix.

Je continue (en malgache) « Demain c’est la fête nationale de Madagascar mais aujourd’hui j’ai un problème, je suis un peu malade alors y a t’il un « hôpital » à Bevala pour me soigner ? » et j’entends « Tsy misy !» (il n’y en a pas !)

Et je leur dis « il n’y en a pas ? Je vous dis aujourd’hui que lorsque je viendrai à Bevala il y aura un hôpital et une infirmière qui pourra me soigner ! », « Les travaux commenceront dans un mois ! »

Là, il est très difficile de vous décrire la réaction … du délire pur, ils voulaient tous me parler pour me dire bonjour, pour me dire merci, pour me dire de venir tout de suite. Enfin, comme ils parlaient tous en même temps, je n’ai rien compris mais Alijaona m’a fait un résumé de leurs innombrables messages.

Je les ai laissé parler quelques instants qui m’ont permis de respirer et de me ressaisir car l’émotion commençait à me submerger.

« M. Alijaona va vous lire la convention de partenariat que vous allez signer. Vous pouvez commencer à retrousser vos manches pour ramasser et rassembler les blocages et  préparez vos angady pour aller ramasser le sable »

Au revoir Bevala, à bientôt j’espère.

 

Samedi 26 juin à Analamisampy : « inona vaovao Analamisampy ? ». Alijaona m’a appelé et je suis immédiatement en direct avec, paraît-il, environ 800 personnes.

« Tsy reko ! » (je n’entends rien!), les gens crient et moi « Tsy reko ! », « Mafy ! » (plus fort!). Je salue le Maire, les chefs de villages, les deux « ambassadeurs » et la foule, tout ce monde rassemblé ici aujourd’hui pour célébrer la fête nationale (et  aussi pour entendre ce que je vais dire car les gens savent qu’il va être question de « 2e phase » et ils se disent « après la grosse 1ère phase, que va t’il encore annoncer ? »)

Je poursuis en malgache mais pour faire plus court, je n’écris ici qu’en français.

« Aujourd’hui je suis à Paris, en France, mais mon cœur est avec vous à Analamisampy. Aujourd’hui c’est la fête nationale malgache et encore une fois, mon cœur est avec vous. Mais, j’espère bien que le 26 juin 2022, je ne vous parlerai pas au téléphone et si vous voulez bien me garder une place, je serai avec vous à Analamisampy ! » Là, je peux vous assurer qu’il y a eu du bruit et je ne les ai même pas encouragé.

Tovondrainy et Perfectha, les deux jeunes ambassadeurs, se sont rapprochés du téléphone et me disent « bonjour Philippe », « Nous vous attendons »

 

Les annonces d’aujourd’hui concernent d’abord les villages de Matsa et d’Ambovotsiritsy.

« Salama Matsa », « aïya la classe primaire à Matsa ? Sy, aïya salle préscolaire ? » (où est l’école primaire de Matsa et où est la salle préscolaire?). Il n’y a qu’une salle en branchages et un espace « vaguement » ombragé.

« Tsy misy et tsy misy » (rien de rien répondent ils) et je leur dis « tsy lasa, tsy mety » (ce n’est pas bien, ça ne va pas) et j’enchaîne « Nous allons faire, avec vous, une école primaire de 4 salles et un bureau du directeur et aussi une salle spéciale pour les préscolaires, le chantier commencera avant la fin juillet » … le bruit fut intense et prolongé, des cris, des « ouais ».

Je rappelle, à propos des salles de classe ; la plupart du temps les enseignants pratiquent ce qu’ils appellent le « double-flux » soit dans une salle : une section le matin et une autre l’après-midi.

« Aïya vato sy fasika ? » (où sont les blocages et le sable?), « préparez-vous à charger les camions ! »

 

« Salama Ambovotsiritsy » il y a dans ce village deux salles en dur réalisées par Aide et Action dans les années 90, le problème étant que ces deux salles sont utilisées pour 395 enfants dont 99 préscolaires et 190 CP … autant parler de mission impossible !

« Nous allons faire avec vous une EPP (Ecole Primaire Publique) de 4 salles et une salle spéciale pour les préscolaires, préparez-vous, le chantier commencera début août.

Je passe à autre chose : « Aïya HBN ? » (équipe de foot féminine) et « Aïya Blacks Verts ? » (équipe foot des garçons), « approchez-vous » « et dites-moi où est le terrain de foot d’Analamisampy ? », « Ah oui, je vois, mais les buts ne sont pas aux bonnes dimensions et vos poteaux en bois sont tout tordus ! » (je m’étais bien sûr renseigné avant)

Et je leur annonce, en malgache, « Dès le mois de juillet, nous allons faire deux buts de foot, en gros tubes métalliques, aux bonnes dimensions (largeur 7,32m et hauteur 2,44m) et il y aura, bien sûr des filets !

Si vous aviez entendu le vacarme. Malgré le grand bruit, j’ai entendu des « merci Projet Action » et des « merci président Philippe » … l’émotion était partagée à 10000km de distance.

« M. Alijaona va vous lire les conventions de partenariat que j’ai déjà signé mais avant cela, puisque nous sommes tous réunis en ce jour de fête nationale et 61e anniversaire de l’indépendance de Madagascar, j’ai envie de chanter. Je ne connais qu’une petite chanson en malgache et seulement le 1er couplet et le refrain alors je vais commencer et si vous la connaissez vous chanterez avec moi, d’accord ? » … « Eka » (d’accord)

Et (un peu ému) je commence : « Ri tanindrazanai malala o, ri madakasikara su, ni fity avanai yanau tsi myala ….. » C’est, bien sûr, l’hymne national. Les mots me manquent pour vous rendre compte de leur surprise, de leurs réactions, de leur force à chanter, du tonnerre d’applaudissements à la fin.

Après les cris et la volonté de plusieurs dizaines de personnes de prendre la parole … ils m’ont adressé quelques mots ...inaudibles évidemment mais j’ai néanmoins compris ce qu’il me disaient : des mots d’amitié, des mots de joie, des mots d’amour.

M. le Maire a pris le téléphone, il m’a remercié et il a surtout insisté pour remercier notre conseil d’administration d’avoir voté toutes ces réalisations. Avec un grand merci spécial à tous les parrains et donateurs.

Dire que je n’ai encore jamais mis les pieds à Analamisampy alors si je vous dis que j’ai envie d’y aller, vous me croyez ?

 

Philippe MEYER – Président de Projet Action

 

Dans le cercle, le territoire d'intervention de PROJET ACTION
Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© ASSOCIATION PROJET ACTION