Interview

Fernand de Tsaragiso

 

Zébu : Bonjour, d’où viens-tu ?

Fernand de Tsaragiso : Je viens de la forêt, je suis parti hier avec mon père pour chercher des « ovy » (racines au goût de pomme de terre). Mon sac contient notre récolte, ma mère les fera cuire et mes petits frères vendront les beaux morceaux à

Ankaraobato et les restes seront consommés ce midi.

Zébu : Tu ne fréquentes plus l’école ?

Fernand : J’ai quitté l’école en CE, mes parents n’avaient pas les moyens de payer. Mes trois petits frères ont eu la chance de continuer car un Tonton a payé l’écolage, les cahiers et stylos.

Zébu : Quel âge as-tu maintenant ?

Fernand : J’ai 20 ans mais je ne connais pas ma date de naissance, ma mère a simplement estimé mon âge par rapport à l’âge de ma grande soeur. Je n’ai pas été déclaré à l’état civil.

J’espère que l’opération CIN organisée et financée par Projet Action va aboutir, sinon je serai comme un fugitif sans papier.

Zébu : Vous êtes combien d’enfants ?

Fernand : Nous sommes sept, j’ai cinq frères et une soeur. Mon grand frère ne vit plus avec nous et ma soeur est partie.

Zébu : Comment vivez-vous dans une maison d’une pièce ?

Fernand : Notre maison ne fait que 3,50m sur 2,50m, avec le lit de mes parents, il n’y a pas assez de place pour dormir. Avec deux de mes frères nous avons l’habitude de dormir à la belle étoile sur l’aire d’assainissement du puits que tonton Philippe a fait aménager pour faire sécher le riz. Quand il pleut, nous nous

entassons à côté du lit de nos parents ou nous occupons la petite case de ma soeur.

Zébu : De quoi vivez-vous ?

Fernand : Nous vivons de l’agriculture basée sur le métayage au partage égal de récolte. Nous quittons le village de très bon matin et ne rentrons qu’au coucher du soleil mais notre part n’est que la moitié. Ce que nous gagnons n’est pas à la hauteur du travail réalisé. C’est un peu de l’exploitation mais on ne peut rien y faire. Il faut aussi se livrer à la cueillette des fruits et des tubercules sauvages pour compléter la ration alimentaire. Ma mère vend des bouillies de manioc et de patate douce mais quand il n’y a rien pour le repas, elle nous les sert pour combler le petit

creux dans l’estomac.

Zébu : Que désires-tu dans la vie ?

Fernand : Beaucoup sont les choses qu’on désire, pour moi le primordial est de trouver de quoi manger et de quoi se vêtir. Si on y arrive c’est déjà quelque chose. A part ça j’aimerais avoir un bon cheptel de zébus et faire construire une maison en dur un peu grande… reste à trouver les moyens.

Zébu : Et comment faire ?

Fernand : D’abord il faudrait avoir les moyens d’améliorer la production agricole. Je pense à l’acquisition d’une charrue et de deux zébus. Pour le rouleau et la herse on peut confier la réalisation à un artisan, mon père peut aussi en bricoler. Conduire un cyclo pousse est aussi un autre moyen pour s’en sortir.

 

Propos recueillis et traduits par Alijaona

 

 

MAIRE DE MANOMBO

 

Toujours à la poursuite de ses actions pour le développement socio-économique dans les villages de sa zone d’intervention, Projet Action a financé l’année dernière la construction d’un gîte d’étape à Manombo. Cela fait six mois que ce gîte fonctionne  et on est curieux de savoir comment ça se passe. Le Maire de Manombo nous  en parle.

ZEBU : pouvez-vous M. le Maire nous parler un peu de votre commune ?

M. le MAIRE : Notre commune se situe à environ 50 km au Nord de Tuléar, c’est une commune côtière. Elle est composée de 12  Fokontany et c’est Manombo le chef-lieu. Les principales activités des habitants sont liées à la mer. Les hommes pêchent au harpon, à la ligne ou au filet, individuellement ou par petits groupes et  les femmes cherchent des poulpes ou collectent des coquillages à marée basse. Le terroir agricole n’est pas spacieux et se résume à quelques champs de maïs ou de patates douces. Le samedi est le jour du marché, il est animé par les paysans et les marchands ambulants qui vendent des PPN et divers articles : friperies, des ustensiles de cuisine et de la quincaillerie.

ZEBU : Quelles sont les réalisations que l'on peut mettre à l'actif de la commune ?

M. le MAIRE : Depuis notre accession à la tête de la commune, nous avons bénéficié de Projet Action des réalisations dans divers secteurs notamment dans l'éducation où ont été réhabilitées les toitures des écoles de Tsihake et de Manombo-I endommagées par le cyclone Haruna, la réfection de la piste de 6,6km entre Tsihake  et Antanimena et la construction des logements pour la Gendarmerie de Manombo. En ce qui concerne le projet de réhabilitation de la piste Manombo-Marofoty, cela fait plus de 60 ans que l'on attend sa réalisation et aujourd'hui, grâce au partenariat avec Projet Action, il est en chantier.

ZEBU: Projet Action vous a financé en 2018 la construction d’un gîte d’étape, c’est important pour vous?

M. le MAIRE : C’était vraiment un besoin vu l’importance des gens qui veulent se loger ou passer leur nuit à cause d’un évènement familial ou du débordement de la rivière Manombo. Il y a aussi certains organismes dont les intervenants n’arrivent pas à se loger. Merci à Projet Action pour nous avoir donné l’opportunité de proposer à ces gens des services d’hébergement et de promouvoir l’hôtellerie dans le village. Même si on ne fait pas le plein tous  les jours, cela constitue une source de revenus réguliers permettant à la commune de couvrir certains frais de fonctionnement.

ZEBU : Qui sont les clients ?

M. le MAIRE : Avant de répondre à votre question, je précise que le gîte d’étape propose au public des services d’hébergement et de restauration. Nos principaux clients sont des :

  • familles qui ont besoin de se loger pendant leur séjour occasionné par un évènement comme circoncision ou rite funéraire,
  • particuliers,
  • voyageurs des taxi-brousses ne pouvant pas traverser la rivière Manombo pendant la saison de pluie,
  • ONG ou autres entités privées.

Il y a aussi des « vazahas » ou touristes qui viennent passer leur nuit au gîte mais ce n’est pas fréquent.

Pour les mariages ou évènements festifs, le gîte peut aussi répondre aux besoins. Concernant la restauration, le gîte honore les commandes des clients en confiant le boulot à un particulier qui a l’expérience.

ZEBU : Comment est organisé le comité de gestion ?

M. le MAIRE : Le gîte d’étape est managé par un comité de gestion. C’est ce comité qui maintient les locaux dans un bon état de propreté. Des matériels de nettoyage comme balaie et pelle poussière sont mis à disposition à cette fin. Par mesure d’hygiène, il fournit une housse de protection et une ou deux taies pour chaque lit. Le bien est réputé en bon état et complet à l’entrée ; et le client est tenu de signaler directement aux membres du comité de gestion tout dégât ou dysfonctionnement. Le gîte décline toute responsabilité en cas de détérioration ou vol d’objets personnels durant le séjour. Afin de respecter autrui, le calme est de mise dans et aux abords du gîte entre 22h et 7h.

ZEBU : Que disent les clients ?

M. le MAIRE : Lorsque nous les interrogeons ils disent que  le gîte est bien adapté L’enceinte dans laquelle il est construit est en sécurité. Il est basé sur un accueil familial avec ambiance conviviale. Les chambres sont  propres et bien ventilées.  Concernant le prix, ils  disent que notre tarif de 7000 Ar est performant et les incitent à revenir. L’existence d’une installation électrique dans chaque chambre sera un atout pour le gîte.

ZEBU : Quelles actions comptez-vous mener pour promouvoir le gîte ?

M. le MAIRE. Notre principal  objectif est de faire venir le maximum de clients. Pour cela, nous comptons faire des annonces et publicité sur l’existence de notre gîte. Nous ferons aussi le nécessaire pour qu’il y ait de l’électricité dans chaque chambre.

ZEBU : Avez-vous d’autres mots à dire?

M. le MAIRE : Remercier les  parrains et donateurs pour leur choix de soutenir Projet Action dans ses actions. Nous espérons qu’il y aura des occasions nous permettant de les accueillir au gîte. Nous leurs réserverons les meilleurs plats du coin.

Propos recueillis et traduits par Alijaona

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Mme TAHIRY, grand-mère d’Antanimahery

 

Projet Action a financé l’an dernier 100 nouvelles réunions d’ESN dans les trois villages de la partie sud de la commune de Marofoty. Mme TAHIRY, une des bénéficiaires, nous en parle.

 

Zébu : Mme Tahiry, vous avez assisté aux réunions d’ESN, dites-nous comment cela s’est passé.

Mme Tahiry : Je veux d’abord adresser tous nos vœux pour 2019 aux parrains et donateurs de Projet Action ; que cette année nouvelle leur apporte ses bonnes choses : santé, bonheur et prospérité.

Concernant les réunions ESN, notre village a bénéficié de 34 séances. C’est Mme Perline, la dispensatrice du CSB de Milenake qui les a animées. L’éloignement et le stress des voyages en charrette ne l’ont pas démotivée pour venir une fois par semaine.

 

Zébu : Quelle a été votre motivation pour assister à ces réunions ?

Mme Tahiry : C’est l’envie d’accompagner mon entourage à se passer des mauvaises habitudes sur l’hygiène et les fausses croyances. Un de mes petits enfants a été victime de ces maladresses et je ne veux pas que cela se reproduise : mon petit fils devait faire le traitement de leurs lentilles avec une forte dose de produit phytosanitaire. Contraint par la faim, il a oublié de se laver les mains intoxiquées et s’est mis à manger la bouillie de manioc qu’il avait amenée. Le produit toxique a fait son œuvre, l’enfant s’est évanoui et a perdu la vie.

Les personnels de santé auraient pu le sauver mais la forte croyance des parents dans la sorcellerie les a poussés à amener l’enfant chez un devin guérisseur et c’était peine perdue.

Cette épreuve m’a beaucoup attristée et m’a amené à renoncer aux mauvaises habitudes des pratiques traditionnelles sur la santé. C’est cette ambition qui m’a amené à inciter les gens à venir assister aux réunions. Ce que je souhaite pour notre secteur est la prise de conscience des risques et l’adoption des bons comportements.

 

Zébu : Parmi les thèmes abordés, qu’est-ce qui vous a le plus intéressée ?

Mme Tahiry : Plusieurs thèmes ont été abordés mais j’ai retenu les plus éminents : la limitation des naissances, les méfaits de l’automédication et de la tisane traditionnelle, l’approvisionnement en eau, la diarrhée et les parasitoses intestinales. Étaient aussi abordés, les thèmes relatifs à l’utilisation des latrines et des moustiquaires imprégnées. Sur la limitation des naissances, avec la cherté de la vie actuelle, l’aphorisme malgache « on se marie pour avoir des enfants » semble être révolu et le souhait des jeunes mariés d’avoir « 7 garçons et 7 filles » paraît comme une offense. Les gens préfèrent actuellement limiter le nombre d’enfants en fonction de leur niveau de vie. Pour cela Mme Perline nous a spécialement apporté des explications sur les préservatifs et les méthodes contraceptives. Des explications que les femmes de mon âge n’ont pas eu quand elles étaient jeunes.

 

Zébu : Que pensez-vous de l’approvisionnement en eau dans votre village ?

Mme Tahiry : Faute de puits, notre village utilise l’eau des canaux ou des marécages. Le traitement avant l’utilisation ne préoccupe pas les gens parce que selon la pensée malgache « l’art divinatoire ne peut pas détecter les impuretés de l’eau ». L’eau est censée être toujours propre. Du moment qu’elle ne fait pas vomir… Mais contrairement à cette pensée, Mme Perline nous a expliqué que même si l’eau est transparente, elle peut être contaminée par plein de saletés. Afin d’apaiser les atteintes à la santé, elle nous a conseillé de faire bouillir l’eau avant de la boire. Ce sera notre nouvelle habitude mais nous aimerions que notre puits soit ré approfondi.

 

Zébu : Que pensez-vous de l’implication des gens dans les réunions ?

Mme Tahiry : Beaucoup de gens sont venus, entre 20 et 40 personnes par réunion. Les questions avec le spropositions de solutions démontrent leur implication. Les applaudissements et les éclats de rire instantanés pendant les explications constituent une autre réponse. Ce que je souhaite, c’est que les gens continuent d’apprendre dans un sens favorable à la santé.

 

Zébu : Autre chose à dire ?

Mme Tahiry : Je veux remercier Projet Action pour sa démarche en faveur de l’amélioration du niveau de santé dans notre commune. C’est vraiment de l’humanitaire et je ne veux pas manquer cette occasion pour en témoigner et remercier les parrains et donateurs pour leur choix de soutenir Projet Action dans ses actions. J’espère que Projet Action pourra encore financer d’autres réunions pour renforcer ce que nous avons appris avec Mme Perline.

Propos recueillis par Alijaona

 

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Le poulailler de Tsaragiso


ASSOCIATION AVT


Comme partout dans le monde rural, l’élevage de volaille est pratiqué à Tsaragiso mais n’est pas assez développé à cause du manque de savoir-faire et des activités rizicoles. Il est pratiqué seulement pour l’auto consommation et satisfaire les besoins quotidiens.
Les volailles errent en liberté et sont livrées à elles-mêmes pour trouver leur nourriture et l’on en tue une ou deux quand un vahiny est invité à partager le repas familial.
Les oeufs ne sont pas fréquemment consommés. Les éleveurs préfèrent plutôt les faire couver pour obtenir des poussins. Malgré cette pratique, l’existence des nouvelles demandes et des nouveaux débouchés des oeufs a suscité certaines motivations et a amené les membres de l’association AVT à se lancer dans l’élevage des poules pondeuses et la vente des oeufs.

Voulant soutenir l’initiative et promouvoir cette activité, Projet Action a financé l’année dernière la construction d’un poulailler avec magasin de stockage et a accordé un prêt à 0% d’intérêt permettant à l’association d’acheter les poussins et différents matériels.
Étant donné que les membres de l’association n’ont jamais pratiqué l’élevage de poules pondeuses, Projet Action a aussi financé une formation leur permettant d’acquérir des savoir-faire sur :
• les soins et traitement des volailles
• la technique de fabrication de provende et le régime alimentaire
des volailles
• les vaccinations et traitements spécifiques des volailles
Grâce cette formation, à la volonté de l’association et à la patience des soins dispensés par les membres, le poulailler est actuellement une grande réussite. Pour les 43 poules, l’association arrive à ramasser jusqu’à 37 oeufs par jour. La vente ne pose aucun problème. La qualité des oeufs et le prix à 500Ar l’unité ont amené les grossistes et les revendeurs d’Ankililoaka qui étaient obligés d’aller acheter les oeufs à Tuléar au même prix (500 Ar) pour les revendre à 600 Ar à venir passer leur commande à Tsaragiso et à payer d’avance pour être sûrs d’en avoir le surlendemain.
Sur le développement de l’activité, Claude, le Président de d’AVT, assure que l’association pourrait vendre 200 oeufs par jour. Elle est d’ailleurs parvenue à rembourser, plus tôt que prévu, la totalité du prêt à 0% d’intérêts accordé par Projet Action.
Une extension est fortement envisagée en 2019.
                                                             Le coordinateur de Projet Action Alijaona RAJOMALAHY

 

 

INTERVIEW
M. LOUIS
Membre de l’Association AVT Tsaragiso


Huit membres de l’association AVT ont bénéficié des cours d’alphabétisation
financés par Projet Action et assurés par deux formateurs du CFP Robson TSIRAVOA, M. LOUIS nous en parle.

 

Zébu : M. Louis, comment se sont passés les cours d’alphabétisation
que vous avez suivi?

M. Louis: Les cours ont eu lieu au CFP et ont été assurés par 2 formateurs de cet établissement. La première phase a duré 5 semaines et a été organisés à raison de 2 heures par jour. Cette phase nous a permis d’apprendre à lire et à écrire les mots, les chiffres et les phrases simples. Malgré les efforts fournis, le résultat du test d’évaluation finale a révélé certaines lacunes au niveau de la lecture et du calcul. Afin de combler les failles, Projet Action nous a encore financé les cours de 2e phase qui nous ont permis d’améliorer nos capacités en lecture et en calcul.

 

Zébu : Qu’est-ce qui vous a motivé à suivre ces cours?
M. Louis: Votre question me rappelle une petite anecdote que j’ai vécue, il y a quelques années. N’ayant pas de moyen financier pour démarrer mes activités rizicoles, j’ai fait remplir des formulaires me permettant de faire un prêt auprès de la CECAM.
Notre demande a été accordée et je devais récupérer le chèque me permettant de toucher la somme demandée auprès d’une banque à Toliara...Mais, à cause de mon ignorance, j’ai renoncé à ce chèque. S’il n’y avait pas eu l’intervention de M. Claude, c’était de la peine perdue…Cela pour vous dire que c’est cette
ignorance qui m’a poussé, tout comme les autres apprenants à m’inscrire à ces cours. C’est l’envie de sortir du monde de l’illettrisme et d’accéder au monde des lettrés. Il est vrai que cela fait un peu drôle de me voir peiner à écrire et à lire mais j’en ai assez de cacher mon incapacité et de la laisser me ronger. J’aimerais remplir plus efficacement mon rôle dans le suivi de l’éducation de
mes enfants et j’aspire énormément à entreprendre des études malgré mon âge avancé.


Zébu : Qu’est-ce qui a donc changé après votre formation?
M. Louis: Grâce à cette formation, je sais à présent lire et écrire.
J’assimile mieux certains aspects de la vie courante. La petite anecdote sur le chèque auquel  j’ai renoncé ne se reproduira plus. Je peux maintenant suivre la scolarité de mes enfants. Quand ils iront à l’école, je comprends ce qu’ils écrivent et peux intervenir sur les petites choses. Le rêve de suivre des formations et de prendre note pendant les réunions est devenu une réalité. Je
suis satisfait du résultat de la formation qui m’a fait sortir de mon incapacité. Je possède maintenant « un nouveau savoir-faire » me permettant de communiquer avec les lettrés. Je possède également une signature que je peux apposer sur un document.


Zébu : Comment voyez-vous l’assiduité de vos collègues?
M. Louis: Etant donné que ces cours ont été financés et organisés à notre demande, les huit prescrits les ont régulièrement suivis. Malgré les occupations quotidiennes, les inscriptions supposent un engagement de leur part à participer à l’ensemble du programme. En plus, l’association a tenu son engagement de faire respecter ce qui a été convenu. Quant à l’application au
cours, les capacités de chacun en lecture et en calcul justifient les efforts fournis.


Zébu : Avez-vous autre chose à ajouter ?
M. Louis : Je ne peux que reformer l’expression malagasy « misaotra betsaka » pour dire encore nos sincères remerciements à Projet Action. Ses investissements pour notre formation ont porté ses fruits. Nous sommes sortis de la caverne de l’illettrisme et peuvent nous distraire dans le monde des lettrés.
                                                               Propos recueillis et traduits par Alijaona

 

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Info : l'insécurité

                                 Le « DINABE »

Système de prévention de l’insécurité

Madagascar a connu une augmentation importante de l’insécurité. Pas un jour ne se passe, sans que l’on entende parler de vols de zébus, de cambriolages et d’agressions avec violences. Une déclaration du Secrétaire d’Etat à la Gendarmerie, rapportée dans la revue « Notes de L’Ifri » précise que 2 000 attaques ont été recensées entre 2011 et 2016 et  le nombre de morts se chiffre en milliers.  Outre ces différentes formes de criminalités, il y a aussi le phénomène de vol d’ossements humains qui porte atteinte aux valeurs ancestrales des Malagasy. On s’attaque aux morts sans le moindre scrupule, les ossement humains sont devenus de vulgaires marchandises. Ce phénomène ne cesse de croître dans plusieurs régions et on se demande qui sont les commanditaires ? Plusieurs pirates ont été enchaînés et une grosse quantité d’ossements ont été saisis mais personne n’est parvenu à préciser la destination finale de ces os. La population ne cesse de s’en plaindre. Faut-il garder la criminalisation des vols de zébus inscrite dans la loi actuellement en vigueur? Doit-on continuer à confier la répression à des cours criminelles spéciales ?

Fatigués d’être des éternelles victimes, les ruraux ont décidé d’instaurer un système d’autodéfense appelé «dinabe» pour se défendre et maintenir la sécurité de la population et des biens. Ce système est administré par un bureau élu, pour deux ans, par l’assemblée générale du village. Quand une situation de conflit trouble la collectivité, le président  « dinabe » réunit tous ses membres pour régler le désaccord et chercher une solution. En cas de vol, par exemple, la procédure commence par la demande publique de pardon de la part du voleur. Ainsi, le délinquant raconte les motifs pour lesquels il a commis le vol et présente ses excuses. S’il s’agit d’un acte pour la première fois et que les membres du « dinabe »  estiment que le voleur a perpétré le vol à cause de la misère, il est demandé au fautif de rendre l’objet volé ou son équivalent en argent  et de fournir un zébu pour la consommation commune. L’étape suivante se termine par la proposition de réconciliation et l’engagement de ne plus rouvrir l’affaire. S’il s’agit d’une infraction comme vols de zébus, le rôle des membres du « dinabe » consiste à obliger les voleurs à rembourser le triple du nombre des zébus volés. Pour les affaires pénales, les victimes ont recours (après avoir informé les autorités locales) au système judiciaire. Et, par manque de confiance aux éléments des forces de l’ordre, ils s’adressent directement au tribunal.

Bien que l’application du « dinabe » ait connu certaines déviances, il contribue à affaiblir le fléau. Les personnes interrogées témoignent qu’avant l’instauration de ce système, la communauté vivait dans une peur continuelle d’insécurité. Les vols et les agressions avec violence étaient fréquents. Les femmes et les enfants vivaient dans l’angoisse et faisaient toujours appel à la providence divine pour survivre. Mais depuis que le « dinabe »  est instauré, la situation s’est calmée et ils ont trouvé le sommeil en dormant avec tranquillité. Désormais, il faut envisager de redresser les pratiques déficientes du système et prévoir la mise en  place d’un cadre légal pour servir de prévention.

Le Coordinateur de Projet Action - Alijaona RAJOMALAHYA

 

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