INTERVIEW
M. LOUIS
Membre de l’Association AVT Tsaragiso


Huit membres de l’association AVT ont bénéficié des cours d’alphabétisation
financés par Projet Action et assurés par deux formateurs du CFP Robson TSIRAVOA, M. LOUIS nous en parle.

 

Zébu : M. Louis, comment se sont passés les cours d’alphabétisation
que vous avez suivi?

M. Louis: Les cours ont eu lieu au CFP et ont été assurés par 2 formateurs de cet établissement. La première phase a duré 5 semaines et a été organisés à raison de 2 heures par jour. Cette phase nous a permis d’apprendre à lire et à écrire les mots, les chiffres et les phrases simples. Malgré les efforts fournis, le résultat du test d’évaluation finale a révélé certaines lacunes au niveau de la lecture et du calcul. Afin de combler les failles, Projet Action nous a encore financé les cours de 2e phase qui nous ont permis d’améliorer nos capacités en lecture et en calcul.

 

Zébu : Qu’est-ce qui vous a motivé à suivre ces cours?
M. Louis: Votre question me rappelle une petite anecdote que j’ai vécue, il y a quelques années. N’ayant pas de moyen financier pour démarrer mes activités rizicoles, j’ai fait remplir des formulaires me permettant de faire un prêt auprès de la CECAM.
Notre demande a été accordée et je devais récupérer le chèque me permettant de toucher la somme demandée auprès d’une banque à Toliara...Mais, à cause de mon ignorance, j’ai renoncé à ce chèque. S’il n’y avait pas eu l’intervention de M. Claude, c’était de la peine perdue…Cela pour vous dire que c’est cette
ignorance qui m’a poussé, tout comme les autres apprenants à m’inscrire à ces cours. C’est l’envie de sortir du monde de l’illettrisme et d’accéder au monde des lettrés. Il est vrai que cela fait un peu drôle de me voir peiner à écrire et à lire mais j’en ai assez de cacher mon incapacité et de la laisser me ronger. J’aimerais remplir plus efficacement mon rôle dans le suivi de l’éducation de
mes enfants et j’aspire énormément à entreprendre des études malgré mon âge avancé.


Zébu : Qu’est-ce qui a donc changé après votre formation?
M. Louis: Grâce à cette formation, je sais à présent lire et écrire.
J’assimile mieux certains aspects de la vie courante. La petite anecdote sur le chèque auquel  j’ai renoncé ne se reproduira plus. Je peux maintenant suivre la scolarité de mes enfants. Quand ils iront à l’école, je comprends ce qu’ils écrivent et peux intervenir sur les petites choses. Le rêve de suivre des formations et de prendre note pendant les réunions est devenu une réalité. Je
suis satisfait du résultat de la formation qui m’a fait sortir de mon incapacité. Je possède maintenant « un nouveau savoir-faire » me permettant de communiquer avec les lettrés. Je possède également une signature que je peux apposer sur un document.


Zébu : Comment voyez-vous l’assiduité de vos collègues?
M. Louis: Etant donné que ces cours ont été financés et organisés à notre demande, les huit prescrits les ont régulièrement suivis. Malgré les occupations quotidiennes, les inscriptions supposent un engagement de leur part à participer à l’ensemble du programme. En plus, l’association a tenu son engagement de faire respecter ce qui a été convenu. Quant à l’application au
cours, les capacités de chacun en lecture et en calcul justifient les efforts fournis.


Zébu : Avez-vous autre chose à ajouter ?
M. Louis : Je ne peux que reformer l’expression malagasy « misaotra betsaka » pour dire encore nos sincères remerciements à Projet Action. Ses investissements pour notre formation ont porté ses fruits. Nous sommes sortis de la caverne de l’illettrisme et peuvent nous distraire dans le monde des lettrés.
                                                               Propos recueillis et traduits par Alijaona

 

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Info : l'insécurité

                                 Le « DINABE »

Système de prévention de l’insécurité

Madagascar a connu une augmentation importante de l’insécurité. Pas un jour ne se passe, sans que l’on entende parler de vols de zébus, de cambriolages et d’agressions avec violences. Une déclaration du Secrétaire d’Etat à la Gendarmerie, rapportée dans la revue « Notes de L’Ifri » précise que 2 000 attaques ont été recensées entre 2011 et 2016 et  le nombre de morts se chiffre en milliers.  Outre ces différentes formes de criminalités, il y a aussi le phénomène de vol d’ossements humains qui porte atteinte aux valeurs ancestrales des Malagasy. On s’attaque aux morts sans le moindre scrupule, les ossement humains sont devenus de vulgaires marchandises. Ce phénomène ne cesse de croître dans plusieurs régions et on se demande qui sont les commanditaires ? Plusieurs pirates ont été enchaînés et une grosse quantité d’ossements ont été saisis mais personne n’est parvenu à préciser la destination finale de ces os. La population ne cesse de s’en plaindre. Faut-il garder la criminalisation des vols de zébus inscrite dans la loi actuellement en vigueur? Doit-on continuer à confier la répression à des cours criminelles spéciales ?

Fatigués d’être des éternelles victimes, les ruraux ont décidé d’instaurer un système d’autodéfense appelé «dinabe» pour se défendre et maintenir la sécurité de la population et des biens. Ce système est administré par un bureau élu, pour deux ans, par l’assemblée générale du village. Quand une situation de conflit trouble la collectivité, le président  « dinabe » réunit tous ses membres pour régler le désaccord et chercher une solution. En cas de vol, par exemple, la procédure commence par la demande publique de pardon de la part du voleur. Ainsi, le délinquant raconte les motifs pour lesquels il a commis le vol et présente ses excuses. S’il s’agit d’un acte pour la première fois et que les membres du « dinabe »  estiment que le voleur a perpétré le vol à cause de la misère, il est demandé au fautif de rendre l’objet volé ou son équivalent en argent  et de fournir un zébu pour la consommation commune. L’étape suivante se termine par la proposition de réconciliation et l’engagement de ne plus rouvrir l’affaire. S’il s’agit d’une infraction comme vols de zébus, le rôle des membres du « dinabe » consiste à obliger les voleurs à rembourser le triple du nombre des zébus volés. Pour les affaires pénales, les victimes ont recours (après avoir informé les autorités locales) au système judiciaire. Et, par manque de confiance aux éléments des forces de l’ordre, ils s’adressent directement au tribunal.

Bien que l’application du « dinabe » ait connu certaines déviances, il contribue à affaiblir le fléau. Les personnes interrogées témoignent qu’avant l’instauration de ce système, la communauté vivait dans une peur continuelle d’insécurité. Les vols et les agressions avec violence étaient fréquents. Les femmes et les enfants vivaient dans l’angoisse et faisaient toujours appel à la providence divine pour survivre. Mais depuis que le « dinabe »  est instauré, la situation s’est calmée et ils ont trouvé le sommeil en dormant avec tranquillité. Désormais, il faut envisager de redresser les pratiques déficientes du système et prévoir la mise en  place d’un cadre légal pour servir de prévention.

Le Coordinateur de Projet Action - Alijaona RAJOMALAHYA

 

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