EDITO Zébu n°94 - déc.2020, jan. fév. 2021

 

Pays pauvre et pauvre pays

 

Toutes les « attaques » subies par Madagascar en 2020 se font durement ressentir en cette fin d’année et se feront malheureusement ressentir, au minimum, en 2021.

La Covid, même si elle a fait 80 fois moins de morts qu’ici en France (en comparaison aux nombres d’habitants respectifs), a générée quelques mesures drastiques dont un couvre-feu (de 15h à 5h du matin) de plusieurs mois et avant cela ; la fermeture des frontières malgaches. Ces mesures, ajoutées à d’autres, ont provoquées un effet « loupe » en accélérant les problèmes pré-existant et en provoquant une dégringolade de ce qui fonctionnait au moins un peu : l’exportation de quelques produits comme les letchis, la vanille, les pierres précieuses et semi-précieuses sans oublier les fameuses crevettes bio de Madagascar ; tout cela est perturbé. Il faut ajouter, bien sûr, les hôtels, les restaurants, les locations de 4x4, les ventes de carburants … la liste est longue.

Le nombre de touristes ne baisse pas de 90 % sans provoquer quelques gros dégâts.

La sécheresse qui s’est abattue sur tout le pays est encore plus ressentie dans les zones habituellement arides et principalement le grand sud où des dizaines de communes et des dizaines de milliers d’habitants « dégustent » des cactus, histoire d’avoir quelque chose à se mettre sous la dent. Et comme chaque année dans cette région, les villageois assistent aux visites de ministres et grosses ONG qui distribuent quelques vivres, quelques remontants et quelques discours.

Nos villages et communes d’intervention souffrent moins qu’ailleurs mais sont touchés par  la sécheresse.

Mais au-delà de ça, au-delà de nos réalisations 2020 et du mieux-être qu’elles vont procurer, il y a les rencontres qui n‘existent plus depuis mon départ un peu précipité du 18 mars dernier. Tous ces contacts, ces échanges, ces discussions qui maintenant ne peuvent plus avoir lieu qu’en rêves. Je pense à pas mal d’amis là-bas qui doivent commencer à se dire que je suis un peu long à revenir.

Quant à moi, ne pas être là-bas, ne pas pouvoir y aller, ne pas pouvoir recenser et faire avancer les projets, échanger et blaguer avec eux, est une douleur quotidienne.

Mais je n’ai pas l’habitude de terminer sur une note pessimiste alors je pense aux villages, aux amis, aux projets, aux réalisations, aux blagues et aux « comment vas tu » ? Ils vont être beaux ces moments de vie, quand ils auront lieu, et il faut sans doute que je pense à faire installer des essuie-glaces sur mes lunettes de soleil.

 

Philippe MEYER – Président de Projet Action

 

 

Dans le cercle, le territoire d'intervention de PROJET ACTION
Version imprimable Version imprimable | Plan du site
© ASSOCIATION PROJET ACTION