Mission octobre 2022 : compte rendu

 

Mardi 11 octobre : L’ATR 72 atterri bizarrement à Tuléar avec 20 mn d’avance … il est 12 h 30, on ne peut plus avoir confiance ! Bon d’accord, ça m’arrange : nous passons à l’hôtel « Chez Alain » déposer sac et valise et le taxi nous amène « Au Jardin », mon resto préféré. Comme d’habitude, nous avons pas mal de choses à nous dire avec notre salarié sur cette mission qui démarre dès aujourd’hui.

Après cette grande pause resto-infos, nous allons à la librairie MD Paoly, (la seule vraie librairie de Tuléar) où je veux acheter quelques livres pour la bibliothèque d’Analamisampy (pour le CEG et le Lycée) qui sera inaugurée lundi 17.

De retour à l’hôtel, je reçois à 17 h nos trois entrepreneurs pour faire le point sur les paiements en cours, sur le versement du solde début novembre, mais aussi sur notre rendez-vous du lundi 24 puisque nous irons ensemble examiner les projets de dalots et petits ponts à Ankiliabo et le point noir du début de piste à Ampasikibo. Notre RDV est fixé à 7 h 30 le 24 à Tsaragiso.

 

Mercredi 12 octobre : Circuit « traditionnel » dans Tuléar : achats de boissons et huile, vérification du plein du 4 x 4, achat d’essence pour mon groupe électrogène et un demi-pain de glace pour la glacière où quelques bouteilles prennent place. Nous tournons un peu pour trouver une station-service qui a du carburant. Nous ne sommes pas pressés ce matin, nous roulons à une vitesse modérée (économie de carburant) et nous décidons de nous arrêter à Mangily pour déjeuner.

Nous repartons, tranquilles. Ah, j’ai juste oublié de vous dire qu’il fait très chaud. Nous arrivons vers 14 h 30 à Tsaragiso, le hameau n’a pas changé de place, mais je remarque qu’il y a encore une case de plus.

Installation dans la maison … ouverture de toutes les fenêtres pour que l’air circule et c’est le défilé des grands et des petits qui viennent dire bonjour. Mes 5 bidons d’eau ont été stockés chez Veloson ; Déric et Laïmaro les amènent. Lisa et Sandra ont fait le ménage. Ma grande table et quelques tabourets sont sortis sur la terrasse sur laquelle il y a maintenant un peu d’ombre … j’attrape le décapsuleur et je m’autorise une pause.

Vers 17 h, nous recevons les footeux de Tsaragiso ; garçons et filles pour une mise au point du programme et des horaires pour les déplacements à Analamisampy de demain avec les garçons et de vendredi avec les filles : 15 joueurs ou joueuses, pas un (e) de plus ! Là-bas, il y a les champions et les championnes 2022 de leur commune et le petit hameau de Tsaragiso va aller s’y frotter !

 

Jeudi 13 octobre : Nous démarrons à 7 h 40 … à 18 dans le pick-up, dont les 15 joueurs du FC PA (Projet Action … ce sont eux qui ont décidé de s’appeler comme ça). Analamisampy est à 37 km et vu le « chargement » nous roulons à vitesse modérée. Nous arrivons à 8 h 30 ; les « Black verts » d’Analamisampy accueillent Tsaragiso et les équipes partent s’échauffer. J’en profite pour passer au lycée pour vérifier s’il n’y a pas de problème avant l’inauguration qui aura lieu lundi. Le proviseur, les profs et les lycéens (2 sections de seconde et une de première) sont surpris de ma visite non-programmée. La plupart ne me connaissent pas et se demandent qui est ce vazaha (étranger). Notre salarié fait rapidement la présentation et les élèves ouvrent de grands yeux. Je passe dans chaque classe et je vérifie vite fait s’il y a des tables bancales et malheureusement, il y en a. Depuis plusieurs années, je demande au menuisier d’envoyer deux ouvriers pour vérifier et rectifier ce genre de problème et après qu’ils soient passés, notre salarié doit lui-même vérifier chaque table (il n’y en a pas pour très longtemps). Je lui fais donc remarquer que le boulot n’a pas été fait ou mal fait… c’est donc à refaire ; « appelle le menuisier de suite » et dis lui de passer à l’hôtel samedi 22 à 9 h.

Je salue les lycéens et leur dis « à lundi. »

Nous allons rejoindre les footballeurs, il est 9 h 30 et le match est prévu à 10 h. Il faut se souvenir que le match aller a eu lieu en juin à Ankaraobato et malgré une nette domination du FC PA (12 occasions de buts), Analamisampy avait gagné 1 à 0. Je vais voir les gars de Tsaragiso et je leur dis « Vous êtes supérieurs, vous allez gagner, mais cette fois pas la peine d’avoir 12 occasions, 3 ou 4 suffiront, il faut les mettre au fond. Arrangez-vous pour jouer vers le sud en 1ère mi-temps, voyez le vent qui souffle du nord et regardez toujours le ballon et vos partenaires, allez, ça va le faire ».

Le match commence, Tsaragiso domine (presque trop), les blacks verts d’Analamisampy sont acculés dans leur camp, mais ils résistent. L’arbitre siffle la mi-temps sur le score de 0 à 0. Les joueurs ont soif et le bidon de 20 litres d’eau douce est le bienvenu. On change de côté et par chance le vent est tombé, Tsaragiso domine toujours, Analamisampy se fatigue à défendre. Arrive la 60e minute, le n°7 de Tsaragiso reçoit un bon ballon côté gauche, d’un très beau dribble il « efface » un défenseur adverse et se présente devant le goal, tir croisé, but. Les joueurs du FC PA se congratulent et moi, j’arrive à ne pas exploser de joie. Il reste 30mn à jouer, le match est plus équilibré, les blacks verts ont une occasion, mais le goal de Tsaragiso dévie le tir. Le match se termine sur le score de 1 à 0 pour Tsaragiso, il y a donc égalité sur les deux matchs … c’est la séance des penaltys : 1 à 1 puis 2 à 2, le 3e tireur de Tsaragiso envoie le ballon très au dessus ! Le 3e des blacks verts marque : 3 à 2 pour eux, mais ensuite Tsaragiso marque et le goal du FC PA arrête les deux tirs restant des blacks verts. Nous en sommes à 3 à 3, il reste un tir pour Tsaragiso … superbe contre-pied : 4 à 3 ! (J’ai du mal à me retenir, mais je me contente d’applaudir).

Je remet la coupe au capitaine du FC PA, lequel, dans un bel esprit sportif, est porté par deux gars d’Analamisampy.

Un repas a été préparé par le surgé du collège. Une excellente ambiance pour ce match amical « pour se connaître ». Nous repartons vers le sud et les gars chantent, surtout dans les traversées de villages (match amical d’accord, mais on doit faire savoir que c’est le petit hameau qui a gagné !)

L’arrivée à Tsaragiso est extraordinaire : chansons, klaxon et la coupe est brandie ! Les villageois se rassemblent pour applaudir les vainqueurs dans la joie et l’émotion.

 

Vendredi 14 octobre : C’est au tour des championnes du FC Miss Tsaragiso d’aller rencontrer les championnes de la commune d’Analamisampy (les blacks roses). Aujourd’hui, c’est le match aller, le match retour aura lieu en mars.

Nous arrivons à 8h30, les 15 filles ont donc le temps d’aller s’échauffer avant le match prévu à 10 h. J’en profite pour visiter le très vieux bâtiment que nous avons complètement réhabilité pour en faire une bibliothèque pour les deux établissements : CEG et lycée. Tout est parfait sauf la peinture blanche des murs intérieurs où il manque manifestement une couche ; je demande à notre salarié d’appeler immédiatement l’entrepreneur pour remédier à ce défaut qui saute aux yeux. Une heure après, j’apprends que M. Lalao (l’entrepreneur) a envoyé un gros pot de peinture par taxi-brousse et comme deux de ses ouvriers sont encore sur place, l’intérieur de la belle bibliothèque sera présentable d’ici à demain.

Le match des filles démarre avec une domination de Tsaragiso, mais comme on l’a vu en juin avec les garçons : « dominer n’est pas gagner ». Elles ont pourtant le vent avec elles, mais la défense des « Blacks roses » d’Analamisampy tient bon. En 2e mi-temps, le vent faiblit un peu, mais il est « vent contraire » pour Tsaragiso. A 3 mn de la fin, je crois à un but des Blacks roses mais le ballon touche le poteau puis la barre transversale … grosse frayeur, il s’en suit un amas de joueuses dans les 6 m de Tsaragiso, les blacks roses tirent quatre fois et, à chaque fois, il y a une jambe ou une tête de Tsaragiso pour repousser, par chance, le ballon. C’est la fin du match sur le score de 0 à 0… Ouf ! En mars, le match retour aura lieu à Ankaraobato et … il y aura beaucoup de supporters !

Le repas préparé, comme hier, par la famille du surgé est très apprécié. C’est ensuite le départ vers Tsaragiso et les filles chantent comme si elles avaient gagné, les villages traversés doivent penser que Tsaragiso a gagné… Ah la communication !

 

Samedi 15 octobre : Pas de « programme » ce matin. Il fait très chaud, il n’est pas encore 10 h et j’ai l’idée de prendre le thermomètre qui est dans ma chambre et de le poser, au soleil, sur la rambarde de la terrasse. Dans ma chambre, il indiquait 32° et heureusement que j’ai le réflexe de rester à proximité, car en moins de deux minutes, il grimpe à 50°… Je le retire immédiatement. Jusqu’où serait-il monté ?

Après le record de chaleur de janvier (39,5° la nuit dans ma chambre, le précédent record, il y a quelques années, était à 35°) et la grande « fraîcheur » de juin nécessitant une à deux couvertures pour dormir, cette trop grande chaleur d’octobre me semble, pour le moins, très inquiétante.

Vers 13 h, nous partons à Antsonomarify pour revoir les amis de la chorale et pour entendre la nouvelle chanson dont j’ai commis les paroles en juillet dernier (paroles à la gloire du FC Miss Tsaragiso). J’avais souhaité du rythme et il est bien là. La chorale répète cette chanson, il y a beaucoup d’interruptions pour corriger ou améliorer un détail, un mot, une intonation. La musique et la chorégraphie tiennent bien la route ! Voici le texte du dernier couplet

« FC Miss Tsaragiso, toutes ampelas soa (jolies filles)

Comme la terre de leur pays, leur maillot est mena (rouge)

Comme le sang du monde, leur maillot est mena (rouge)

Elles sont belles, elles dansent et elles chantent »

Cette chanson dont le titre est « Comme la terre de leur pays » aurait pu s’appeler « Elles ne lâchent rien » ou « le petit hameau a mangé tous les gros » ou encore « Méfiez vous des supposées faibles ».

De retour à Tsaragiso avant 17h car Naivoson doit venir pour effectuer les remboursements des prêts à 0 % d’intérêt accordés pour le resto et le poulailler. Il arrive en cyclo-pousse et me rembourse 350000 Ar pour le resto et 815000 Ar pour le poulailler, ce qui solde le prêt accordé au poulailler ; l’association FITAHIA s’est démené pour accélérer le remboursement en confectionnant et en vendant des gâteaux et des yaourts. Le prêt est soldé, bravo à eux !

 

Dimanche 16 octobre : C’est le jour du concert de la chorale d’Antsonomarify à Tsaragiso. Ils arrivent vers 11 h, nous leur avons préparé un plat de riz pour ce midi. Il manque à l’appel Danielson, le chef de chœur, avec deux autres membres garçons, ils sont à Tana pour trouver du travail, ils ont fait manœuvres depuis juillet … conséquence de la sécheresse.

La chorale répète, mais pas la dernière chanson, car personne n’est au courant, ce sera la grande surprise.

A 16 h, la sono diffuse juste les musiques de quelques chansons, histoire de faire venir les villageois et les villageois arrivent ; ils sont 50, 100, 150, pour finir il y aura quasiment 200 personnes, soit les 2/3 du village. Et c’est parti, ils commencent par « Tsaragiso » (chanson de 2017 à la gloire du village), puis « Antsonomarify » et « Tout peindre en bleu » ; je prends le micro pour dire quelques mots : « C’est l’histoire du groupe de filles d’un petit hameau, elles aiment jouer au foot et se sont inscrites pour la première fois au grand tournoi communal, elles ont gagné contre Antanimena, contre Belavenoke, contre Milenake et contre toute attente, à la surprise générale, elles sont arrivées en finale, la grande finale du 26 juin, l’autre équipe a mordu la poussière, Tsaragiso a gagné 2 à 0. Elles sont revenues à pied et en arrivant à Tsaragiso, on a entendu « Tsako sisy, tsako le, Tsaragiso blindé, tratriny bele ... » et « FC Miss Tsaragiso, toutes ampelas soa, comme la terre de leur pays leur maillot est rouge, comme le sang du monde leur maillot est rouge, elles sont belles, elles dansent et elles chantent ». Dans la seconde qui suit, la chorale démarre la chanson, le village n’en revient pas , dans les 20 filles de l’équipe certaines sourient, d’autres pleurent … je vous laisse imaginer l’émotion qui envahit les filles et tous les villageois.

Le concert se poursuit avec deux autres chansons, mais  « Comme la terre de leur pays » est redemandée, tout le monde chante. La chanson sera encore demandée et sera chantée quatre fois dans l’euphorie générale.

Le village n’est pas prêt d’oublier ce concert du 16 octobre 2022 !

 

Lundi 17 octobre : Les inaugurations commencent aujourd’hui par la plus importante réalisation : le lycée d’Analamisampy qui comporte six bâtiments : Les 4 salles de classe, le bâtiment « divers locaux » avec 3 bureaux, la salle des profs et une salle « stockage », le logement du proviseur, des toilettes trois compartiments et deux « kiosques » (abris avec bancs béton contre le soleil et la pluie). Nous inaugurerons également les deux salles (+ 2 bureaux) supplémentaires pour le CEG et la bibliothèque qui servira aux deux établissements.

Le RDV étant à 10 h, nous arrivons donc à 9 h 50. Il y a du monde et notamment les lycéens et les collégiens (plus de 300 élèves en tout), ils forment une haie d’honneur qui commence sur la RN9 et qui tourne à l’est en direction du lycée lequel est à moins de 100 m de la RN9. A mon passage, les élèves applaudissent, j’essaye de les saluer et de les remercier au maximum et je me dis « Quel dommage que des parrains ne soient pas là ». Je prends place à l’endroit que l’on m’indique, des bâches font de l’ombre, mais le vent les secoue déjà sérieusement. Je vois derrière moi différents maires assis, j’en connais quelques-uns, mais pas tous, j’apprends que le nouveau maire d’Ankilimalinike (commune au sud de celle de Tsianisiha) est là de même que le maire de la commune de Soahazo (située au nord de celle d’Analamisampy), ils sont là pour honorer l’invitation de leur confrère d’Analamisampy pour cet événement important. Je sais qu’ils sont là, aussi, pour se montrer, des fois qu’ils pourraient parler au Président de Projet Action … Présent également un député d’opposition M. Roggers.

Mon ami, le maire d’Analamisampy, est « aux anges » c’est évidemment un très grand jour pour lui : nous allons inaugurer le lycée qui porte son nom « Chefelin RATOVOSON ». C’est moi qui a fait cette proposition (validée ensuite par le conseil municipal) pour deux raisons : c’est lui qui a formulé cette demande en janvier 2022 lors de l’inauguration du collège, c’était pour lui une priorité absolue pour le développement de sa commune et c’est lui qui a donné ce grand terrain au sud du village sur lequel a été construit le lycée.

Il y a donc beaucoup de monde, mais je ne vois pas le DREN (Directeur Régional de l’Éducation Nationale), je ne vois pas le chef CISCO, je ne vois pas Mme la chef district et je ne vois pas le Gouverneur de la région sud-ouest.

Les discours commencent ; chef du village, proviseur du lycée, Président des Parents d’élèves ; ils remercient tous Projet Action d’avoir réalisé ce grand lycée, on entend les mots de « magnifique », « incroyable », « bienvenu », « quand Philippe a annoncé ça en mars au téléphone amplifié, on n’y croyait pas, il a même donné ce jour-là le jour et l’heure de l’inauguration : lundi 17 octobre à 10 h ! Et nous sommes tous là, comme prévu par un appel téléphonique du mois de mars venant de 10000 km , on croit rêver ! »

A mon tour de discourir, je commence par remercier tous les maires et autres responsables présents d’être là et je fais la liste de tous les absents et notamment du DREN et autres responsables de l’éducation qui ne sont pas venus en janvier pour inaugurer notamment les 4 CEG réalisés en 2020 et 2021, ils ne sont pas là aujourd’hui pour le lycée et je ne parle pas de toutes les écoles primaires et salles préscolaires réalisées en trois ans « heureusement que pour nous ce qui compte c’est l’amélioration voir le bon en avant apporté aux populations, aux utilisateurs de toutes ces infrastructures éducatives, c’est pour cela que nous nous battons tous les jours et comme vous le savez, nos interventions ne se limitent pas au secteur éducatif puisque nous intervenons dans quasiment tous les domaines dont la santé, l’irrigation, les pistes, le développement économique, le sport, la culture …. ». J’ai rarement été applaudi comme aujourd’hui.

M. le maire Chefelin prend la parole et « il en rajoute une couche » sur les absents, il parle du peuple de la commune qui est son seul « patron » et il me demande avec insistance de remercier tous les parrains et donateurs de Projet Action « pour qu’ils se rendent compte de tout le bien-fondé de leur démarche avec Projet Action. Philippe, cher Président dites-leur bien »

Il y a déjà 2 sections de classe de seconde et une section de premières, environ 150 élèves dont certains viennent du nord de la commune d’Ankililoake et du sud de la commune de Soahazo. Le lycée public le plus proche étant situé à Ankililoake, soit à 34 km d’ici.

Le député Roggers fera également un discours dans lequel il regrettera, lui aussi, les absences déjà citées, « car personne d’autre que Projet Action ne fait autant dans toute la région, ce que vous faites M. le Président est juste extraordinaire » et l’on comprendra qu’il va faire quelque chose pour « les bouger ».

Nous allons couper le ruban, nous visitons tous les bâtiments et nous dirigeons ensuite vers le collège pour voir les deux salles supplémentaires réalisées cette année et la bibliothèque … tout est nickel !

La bibliothèque est une salle de 54 m², nous l’avons équipé de volets intérieurs, de 6 placards et d’une « étagère-présentoir » pour que le responsable puisse mettre en avant les ouvrages qu’il souhaitera. Huit tables (40 x 130) et 8 bancs (20 x 130) seront livrés prochainement. Je profite d’être à l’intérieur pour remettre au directeur du CEG les 5 livres que j’ai acheté mardi dernier à Tuléar (livres scolaires, épreuves du BEPC …) et les deux livres édités par Projet Action (« Quand Milenake se raconte » et « Madagascar : de la brousse des Masikoro à la mer des Vezo ») en 2 ex chacun et je redis au directeur et au proviseur qu’ils doivent réaliser une liste de livres (scolaires, ouverture sur le monde et divers) qu’ils souhaiteraient voir à la bibliothèque et de me transmettre cette liste par l’intermédiaire de notre salarié. Nous verrons ce que nous pourrons faire.

Nous revenons au lycée pour le repas … excellent et la THB bien fraîche qui est plus que bienvenue vu la température extérieure…. Merci M. le maire et bravo aux cuisinières. L’ambiance est aussi excellente que le repas et à la fin, avant de repartir … nous avons chanté.

Avant de monter dans le pick-up, je rappelle à Chefelin qu’il doit s’occuper de faire planter au moins une vingtaine d’arbres : 10 flamboyants et 10 Moringa (c’est un parrain de Projet Action qui m’a conseillé le Moringa). Au revoir Chefelin et à demain à Namaboha pour inaugurer la salle préscolaire et ensuite, ce sera le RDV du 24 pour examiner le gros point noir de la piste qui part d’Ampasikibo, repasser à l’école primaire pour voir 2 ou 3 détails pour le projet cantine et la rencontre du village d’Ankaray pour le projet école primaire et salle préscolaire.

Il est presque 16 h lorsque nous arrivons à Tsaragiso, je suis un peu fatigué, la chaleur n’y est pas étrangère.

 

Mardi 18 octobre : Nous démarrons à 8 h 15, car j’ai des achats de cahiers à faire à Ankililoake pour plusieurs jeunes de Tsaragiso qui sont au CFP et au lycée technique, il faut aussi des photos d’identité pour Déric, Laïmaro et Ruffinie pour le lycée technique ; nous les avons emmené avec nous et les cahiers et les photos sont « expédiés » rapidement.

Les trois jeunes rentrent à pied à Tsaragiso (à peine 4 km) et nous mettons le cap sur Namaboha qui doit être à 22 km au nord. Nous avons parcouru quelques kilomètres lorsque Alijaona (notre salarié) me dit qu’il a oublié de prendre le carton des 100 livres pour le préscolaire de Namaboha … « Marco (notre chauffeur) demi-tour !» Nous avons un peu d’avance sur l’horaire … ça devrait le faire, mais cet oubli est rageant.

Les livres sont récupérés à Tsaragiso et c’est reparti. Nous arrivons pile à l’heure à Namaboha où beaucoup de jeunes et moins jeunes nous attendent en venant à ma rencontre 500 m avant l’école. Normalement, à ce moment-là, on doit descendre de voiture et faire le reste du trajet avec eux en serrant des dizaines de mains et en étant littéralement secoué au rythme de la musique par une foule excitée, plus ou moins nombreuse et plus ou moins à jeun qui veut vous toucher et vous prendre la main ou un bras en le levant en l’air et en le secouant dans tous les sens. Évidemment, c’est un très grand jour pour eux, c’est même un évènement dont vous ne pouvez pas imaginer l’importance pour ce petit village, alors ils se « lâchent » dans des manifestations sympathiques et « touchantes » en oubliant de tenir compte que vous n’avez ni 14 ans ni 18 ans, mais 4 à 5 fois plus, le tout avec cette chaleur écrasante et la poussière envahissante…. Je suis donc sagement resté dans la voiture qui roule derrière eux en faisant beaucoup de signes de la main et en souriant beaucoup.

Nous arrivons à proximité de l’école primaire (des années 90) et de la salle préscolaire flambant neuve (qui était déjà terminée en juin) et là, je suis obligé de descendre … je suis de suite pris d’assaut et habillé d’un gros nuage de poussière rouge-marron, je me protège comme je peux en faisant signe « s’il vous plaît, du calme ». Alijaona (qui prenait des photos) arrive enfin avec le chef du village et deux autres personnes, ils se mettent autour de moi et me guident jusqu’à la place où je dois m’asseoir.

Il est 10 h, la cérémonie peut commencer : salut aux couleurs et traditionnels discours de bienvenue par le chef de village, suivi de Mme la chef ZAP (Zone d’Arrondissement Pédagogique, il y a un chef ZAP par commune) qui remercie et félicite Projet Action d’avoir réalisé cette magnifique salle préscolaire, fierté du village. C’est ensuite le tour de Mme la directrice de l’école qui remercie également et qui demande une école primaire, car celle dont elle dispose a été réalisée par Aide et Action dans les années 90 et ne dispose que de trois salles de classe. Je m’apercevrai ensuite que le besoin serai d’abord que ce village (comme les autres) dispose d’un ou deux bons bricoleurs pour entretenir les tables-bancs.

Vient mon tour, je dis notre bonheur d’avoir pu réaliser cette grande et belle salle préscolaire, car tout commence à cet âge-là, à 3 ou 4 ans, c’est le vrai départ dans la vie et dans l’éducation. Je félicite les villageois qui ont participé aux chargements et déchargements des camions de sable et de blocages et au concassage d’une grosse quantité de blocages pour l’obtention de graviers nécessaires à la construction, ils ont aussi approvisionné le chantier en eau. « Bravo à vous, cette école, nous l’avons faites avec vous et pas seulement pour vous, sachez l’entretenir et gardez-la propre pour vos enfants ».

Comme M. le DREN et autres responsables ne sont toujours pas là, j’en remets une couche en soulignant mon étonnement et plus sur ces absences et comme il y a encore un gros vent du nord, ce constat arrivera peut-être jusqu’à Tuléar ?

M. le maire Chefelin nous fait, comme à son habitude, un beau discours ; il ne tarit pas d’éloges sur Projet Action, il parle de nos réalisations, celle inaugurée aujourd’hui et toutes les autres, mais il parle aussi et avec insistance de notre démarche qui n’a de cesse d’associer les populations aux projets et aux réalisations, il est étonné de notre précision et de nos besoins de vérifications quand un projet est à l’étude, il parle enfin de la démarche consistant en la participation de tous les villages et de la commune pour recenser, valider et hiérarchiser leurs besoins. Et, pour la petite histoire, il redit son admiration sur le côté « unique au monde » consistant à annoncer, 7 mois avant, le jour et l’heure de l’inauguration en même temps que l’annonce de la réalisation. « Il n’existe que Projet Action pour faire ça ! »

Nous allons couper le ruban et nous passons à table dans une salle de classe du primaire. (La THB est encore fraîche, mais ça reste entre nous).

 

Mercredi 19 octobre : Il y aura aujourd’hui quelques kilomètres en moins à parcourir puisque nous allons inaugurer les deux salles supplémentaires du CEG d’Antseva réalisé en 2020 et inauguré en janvier 2022. C’est presque la grasse matinée à Tsaragiso sauf que, couché assez tôt hier soir, je suis debout depuis 5  h 45. Je ne suis donc pas pressé pour la dextro, l’insuline et les médocs. Le petit-déjeuner est varié avec, pour accompagner le thé, du bon pain (que j’ai fait cuire hier au retour de Namaboha), un mokare (beignet de riz) qu’Alijaona est allé acheter dans le village et trois biscuits au beurre (du Bourg de Batz – Loire-Atlantique), donc, comme je dis parfois à Alijaona « y’a plus malheureux que nous !»

Nous démarrons tranquillement à 9 h, direction Antseva au nord de la commune d’Ankililoake. Nous y arrivons avec un peu d’avance. Il y a beaucoup de monde, les gens applaudissent et me font des signes amicaux et enjoués.

Le député Roggers est là, je le salue, je salue également M. le maire de la commune et ses adjoints ainsi que M. le chef ZAP. Il est 10 h, nous pouvons commencer avec le salut aux couleurs: discours dont le directeur du collège qui est plus qu’heureux que son CEG puisse accueillir les nombreux candidats du nord de cette commune de même que ceux du sud de la commune d’Analamisampy. Il n’en revient pas que Projet Action ai pu réaliser ces deux salles supplémentaires si rapidement : « c’était vraiment notre besoin, mais on avait du mal à croire qu’il serait concrétisé si vite » dit-il.

Discours du député, discours du maire et de moi-même … il est déjà midi et, avec deux heures de retard, nous voyons arriver deux 4 x 4 d’où descendent huit à dix personnes et, de loin, je reconnais Mme la chef district avec son uniforme … tiens tiens tiens, apparemment M. le député d’opposition a réussi à en réveiller quelques-uns. A part Mme la chef district, il y a un député de la majorité présidentielle et des « représentants » ; représentant du Gouverneur, représentant du DREN ... mais toujours pas de DREN !

Et chacun y va de son discours à la gloire de Projet Action.

Nous allons couper le ruban, visite des deux salles et l’on reprend les voitures pour revenir au centre du village d’Antseva dans une gargote où une cinquantaine de couverts sont en place pour les invités les plus importants, dont Gendarmerie, police, les maires des autres communes, directeur CEG, députés, « les représentants », chef ZAP, tous les chefs des villages de la commune … et vous me croirez si vous voulez, mais la THB est encore fraîche … quelle mission !

Il est 14 h passées, je dis à M. le maire que nous sommes en retard pour la rencontre prévue à Antanilebe, village situé à l’est d’Antseva où nous devons aller faire le point sur le projet 2023 d’école primaire et salle préscolaire ; « pas de problème » me dit-il, « j’ai téléphoné et nous y serons dans 20 mn ».

Nous y sommes vers 14 h 30 et beaucoup de villageois nous attendent sous le grand tamarinier. Ici aussi, c’est un très important événement, ça fait quasiment 30 ans qu’un Vazaha n’est pas venu dans leur village, sans parler de la réputation de Projet Action. Les gens sont assis par terre. Quant à nous (Projet Action + M. le maire + chef du village) nous avons droit à des fauteuils en plastique.

Je « lance » la rencontre en reformulant le pourquoi de ma venue : « J’ai voulu cette réunion pour parler en direct avec vous du projet d’école primaire + salle préscolaire, j’ai eu des chiffres l’année dernière, mais je souhaite vous entendre parler de ce besoin. Pour commencer, Mme la directrice peut-elle me redonner les effectifs par niveau et je précise que je souhaite connaître le nombre de présents et non le nombre d’inscrits ». On me communique les chiffres et je fais de suite remarquer que le nombre de présents que l’on me donne est supérieur de 10 % au nombre total d’inscrits, ce qui est …. troublant ! Et pour ces 800 présents représentant 14 sections vous disposer actuellement de 6 salles de classe, c’est bien ça ? », « oui », « comment vous faites ? », « on pratique le « double flux » et les heures de classe sont réduites ou bien les cours ont lieu dehors ... », comme disait un de mes anciens adjoints à France Abonnements Entreprises « j’ai les bras qui me tombent des mains »

Il semble donc que votre besoin soit complètement justifié ; qu’en pensent les 15 enseignants ? (2 fonctionnaires, 4 suppléants subventionnés et 9 non subventionnés). Pour information, les suppléants ne sont pas payés par l’état et les suppléants subventionnés reçoivent une modique somme de 50 000 Ar mensuels (12,50 €) soit environ 20 % du salaire d’un enseignant fonctionnaire, ces sommes proviennent d’un partenariat de l’état avec un organisme mondial. Enfin, les nons subventionnés ne touchent rien si ce n’est parfois quelques patates douces ou quelques gobelets de riz.

Les enseignants sont d’accord, bien sûr, avec la nécessité de salles supplémentaires. En regardant l’école primaire actuelle (réalisée par Aide et Action il y a près de 30 ans), je remarque que l’une des salles est « décoiffée » (cyclone Haruna en 2012). Il faudra que j’y retourne en mars avec nos entrepreneurs pour faire faire des devis.

Les discussions ont été assez nombreuses et intéressantes mise à part avec un villageois qui semblait ne rien comprendre à rien, il venait, je crois d’une autre planète.

J’annonce au village que je reviendrai les voir en mars pour leur dire si notre budget 2023 nous permettra de réaliser ce projet. Nous disons au revoir et en route pour Tsaragiso.

 

Jeudi 20 octobre : Nous sommes à 8 h au lycée technique d’Ankaraobato pour lancer un petit concours de dessins. Les profs arrêtent les cours (certains commencent à 6 h 30) et les élèves sortent de leurs classes. Nous présentons le concours en disant que chaque élève doit faire un dessin en lien direct avec sa spécialité (agriculture, élevage, maçonnerie, menuiserie, mécanique auto) « ceux d’entre vous qui n’ont pas envie de dessiner, ne sont pas obligés de le faire » et « il y aura un petit billet pour les meilleurs dessins ; vous avez 45mn ». Les feuilles de papier (format A5) sont distribuées et les élèves vont dans leur classe.

Au bout d’un moment, je décide d’aller voir comment ça se passe et je rentre dans une classe … j’ai un choc ! Je vois des élèves qui sont assis par terre pour dessiner, 2 ou 3 tables dans le fond de la classe … c’est tout ! Je vais voir la 2e classe … même désastre, idem dans la 3e, seule la 4e classe a encore 6 ou 7 tables. J’estime à près de 90 % le nombre de tables manquantes. Le proviseur, une fois de plus, n’est pas présent, je questionne alors quelques profs : « Où sont les tables ? Pourquoi n’ont-elles pas été réparées ? Le lycée utilise-t-il l’atelier menuiserie du CFP comme cela a été convenu dès l’origine en 2014 ? ». Les réponses sont courtes et désolantes : « l’atelier menuiserie du CFP n’a jamais été utilisé par le lycée » … il semble que les « absences » de M. le Proviseur ne sont pas étrangères à la situation et n’y a-t-il pas un problème d’organisation et de budget ou d’utilisation du budget ?

Après être allé faire un petit tour d’ « inspection » au CFP où je constate qu’il ne manque que 10 % des tables (il faut se rappeler que le CFP est plus ancien de 4 ans par rapport au lycée), je reviens au lycée et j’annonce aux profs et au censeur que je suis obligé de signaler la situation à Mme la Ministre et au Directeur Général du Ministère, quant à Mme la Directrice Régionale, elle sera en copie de ma lettre.

Il est bien évidemment souhaitable que cette situation soit éclaircie au plus vite et qu’une solution pérenne soit trouvée dans les meilleurs délais. (NDLR : quelques jours après mon retour en France, j’ai adressé une lettre au Ministère, M. le Directeur Général m’en a remercié et m’a dit qu’il prenait l’affaire en main. Une rencontre à ce sujet sera probablement organisée lors de ma prochaine mission de mars 2023)…. affaire à suivre.

Nous arrivons juste avant 10 h à Ankiliabo (à 4 km à l’ouest d’Ankililoake) pour l’inauguration de l’école primaire et de la grande salle préscolaire. Ces bâtiments étaient quasiment terminés en juin lors de ma dernière mission.

Nous commençons par le salut aux couleurs et chantons l’hymne national, les discours commencent ensuite … A 10 h 30 arrive l’équipe de Mme la chef district. Nombreuse sont les félicitations et applaudissements à l’intention de Projet Action et de ses parrains et donateurs. Lors de mon discours, je précise que c’est moi qui ai proposé en mars (réunion téléphone amplifié) que cette école soit baptisée « EPP Germain CHAN SE » du nom d’un ancien maire décédé en 2003 ou 2004 que j’avais rencontré lors de son invitation à déjeuner ici à Ankiliabo, nous avions bien sympathisé, mais il était parti « rejoindre les ancêtres » deux mois plus tard. Son fils Alain, qui a été député, et toute la grande famille sont présents.

Ce village avait une école de 3 salles de classe réalisée par Aide et Action en 1995 … 3 salles de classe pour 771 enfants inscrits ! Vous voyez le « tableau » !

Les 5 salles supplémentaires réalisées (dont la grande salle dédiée aux préscolaires) vont « révolutionner » l’enseignement. Dommage que M. le DREN ne soit toujours pas là pour voir ça. Je remets les 2 fois 50 livres pour les préscolaires.

Nous coupons le ruban, visitons les classes et sommes ensuite invités à nous rendre chez l’ex député Alain pour le déjeuner. De nombreuses tables, joliment décorées ont été disposées à l’extérieur, c’est magnifique. Il y a au moins 70 personnes dont la famille, le repas (avec une entrée SVP) et l’ambiance sont excellents.

Après des petits discours de remerciements, nous prenons congé et repartons à Tsaragiso où ma pâte à pain préparée  à 7 h ce matin est prête à cuire … il faut de la braise !

 

Vendredi 21 octobre : Encore une inauguration ce matin à Betakilotse (Cne de Tsianisiha) pour une école primaire et une salle préscolaire,  mais avant cela, nous avons RDV avec le village de Beravy Ambala (dans la même commune) pour faire le point sur le projet, là aussi, d’une école primaire et d’une salle préscolaire.

Le village n’est pas très facile d’accès, les 300 derniers mètres sont même « à problème ». Nous sommes accompagnés par un maire adjoint. Les villageois, nombreux, nous attendent dans leur luxueux Palais des Congrès (c’est-à-dire sous le grand tamarinier). Les présentations sont faites et, comme à Antanilebe, je formule l’objet de « cette rencontre que j’ai souhaité avoir avec les enseignants et les villageois de votre village pour échanger en direct avec vous sur ce grand projet d’école primaire et de salle préscolaire ».

Actuellement, l’école primaire c’est deux pièces de 12 m² chacune dans une case en branches et terre, il y a plus loin, une autre petite pièce pour les préscolaires, le tout sans meubles et sans lumière (pas de fenêtre), dans chaque pièce le seul meuble est un petit tableau noir qui semble avoir subi des tremblements de terre et bombardements divers ... pour 220 enfants en primaire et 80 en présco ! Ma calculette me dit que si tous les enfants sont en classe en même temps, ça en fait plus de 8 au m²…. Que fait l’inspection académique !

Nous parlons de tout cela avec Mme la directrice et les parents d’élèves et nous allons visiter les trois salles. Que dire, là encore, « les bras tombent des mains ».

Pour conclure, je dis aux villageois que de toute évidence le projet est justifié au minimum à 100 %, mais aujourd’hui, il reste une question : le budget 2023 de Projet Action permettra t’il de financer ce beau et indispensable projet ?

« Je reviendrai vous voir au mois de mars pour vous donner la réponse, quelle qu’elle soit ».

En route (en fait, c’est « en piste ») pour Betakilotse où nous arrivons, bien sûr, à l’heure. C’est la grande foule dans ce petit village, des représentants et des curieux sont venus des villages alentour pour l’événement du siècle : Betakilotse a une école primaire et une salle préscolaire (dans son discours M. le maire soulignera d’ailleurs que Betakilotse est le dernier village de la commune à avoir une vraie école primaire et le 1er à avoir une salle préscolaire).

Je suis accueilli en « fanfare » … foule, musique, cris, applaudissements, excitations … c’est à croire que le village est heureux ! Les gens se pressent pour voir Projet Action et Philippe Meyer. Pour certains, c’est la première fois, pour peu qu’ils ne se soient pas déplacés depuis 2006 pour assister aux autres inaugurations dans la commune et côté « musique, cris et applaudissements », force est de constater que le contraste est net avec l’attitude de ma femme qui, elle, me voit tous les jours !

M. le maire est là, bien sûr, avec son équipe et tous les chefs de village de la commune, je note à nouveau la présence du maire d’Ankilimalinike (commune voisine au sud de Tsianisiha). La chorale MISAFA est venue d’Antsonomarify (à environ 15 km) et l’on verra plus tard qu’ils ont bien fait de venir.

Le salut aux couleurs, l’hymne national, discours de bienvenue, discours du maire, du chef ZAP, District, députés et votre serviteur. Mme la chef district  ira jusqu’à dire « que ferions-nous sans Projet Action ?» … des mots aussi forts qu’inquiétant. Il y a eu des animations et la chorale MISAFA a interprété deux chansons dont « Tout peindre en bleu » , j’ai donc dû chanter au grand étonnement de pas mal de personnalités qui n’avaient jamais vu ça. Mais ça s’est bien passé avec des applaudissements et des gros billets dans le chapeau. Je remets les deux fois 50 livres pour les préscolaires (« Apprendre à compter » et « Mon premier alphabet »).

Nous coupons le ruban, nous visitons toutes les salles et c’est le moment, attendu, du repas et … oui, aujourd’hui encore elle était fraîche.

Encore une inauguration très festive et très euphorique, comme on les aime. Au revoir Betakilotse, direction Tuléar où nous arrivons vers 15 h et j’ai décidé de tester un nouvel hôtel dans le centre-ville.

 

Samedi 22 octobre : Le pain légèrement brioché du petit-déjeuner est excellent : j’en redemande. A 9 h, je reçois Mme Bernadette la patronne de notre menuisier, l’atelier Sakama. Je lui fais part des tables bancales repérées ici et là alors que ses ouvriers sont censés être allé sur place pour rectifier ce qui n’allait pas et que notre salarié est censé avoir tout vérifié après leur passage … comme convenu entre nous les contrôles sont à refaire et sérieusement cette fois-ci, le paiement du solde attendra donc cette nouvelle étape. Ce que je dis est valable pour Sakama et pour notre salarié (qui assiste bien sûr à cette réunion).

A 9 h 30, je reçois un candidat au remplacement de notre salarié, lequel sera en retraite fin avril 2023. J’ai son CV devant moi : 42 ans, des diplômes et des emplois, nous en parlons un bon moment, mais je remarque une chose : les dates des emplois sont indiquées comme suit : 2012/2014 puis 2014/2017, puis 2017/2018 … etc … Je lui dis que normalement, les dates précises doivent être indiquées, par exemple 1er juin de telle année au 15 février … et comme il n’a pas l’air de comprendre, je lui dis qu’en 2017, par exemple, s’il a commencé son emploi le 10 janvier ou le 10 décembre, ce n’est pas tout à fait la même chose, idem s’il a terminé cet emploi le 10 janvier 2018 ou le 5 décembre … le problème étant qu’il ne comprend toujours pas, je suis donc amené à lui dire que dans un cas il aura travaillé 1 mois et avec sa présentation on peut croire qu’il a travaillé deux ans. Et il me dit « ah oui ? Personne ne m’a jamais fait ce genre de remarque ». Viens ensuite un petit test de calcul mental très simple : « je parcours 20 km en 1 h 15, quelle est alors ma vitesse horaire ? », il réfléchit un moment et m’annonce 41 km/h. Comment avez-vous trouvé 41 ? Il ne me le dit pas et m’annonce « non, 61 ». Je lui fais gentiment remarquer qu’en une heure, je ne peux pas avoir parcouru plus de km qu’en 1 h 15 et donc ma vitesse sera inférieure à 20 km/h puis j’ajoute que dans 1 h 15 il y a cinq fois 1/4 d’heure et donc… mais j’arrête là, car je vois que je l’ai complètement perdu. Je lui demande s’il aime les devinettes, il me dit oui. Alors je vais vous en poser une « le canard de M. Rakoto est sur le portail de Mme Malala, le canard pond un œuf qui tombe dans le champ de Mme Malala, à qui appartient l’œuf ? » Je le laisse chercher et il me dit « l’œuf est à M. Rakoto », « non », « ah, il est à Mme Malala », « non plus », « mais ? », « mais, un canard ne pond pas d’œuf ». Bon, je vous remercie, je dois recevoir un autre candidat.

Alijaona arrive seul et me dit que le gars vient de l’appeler et de lui dire qu’il renonçait à venir au RDV ! Un RDV qui n’était pris que depuis 1 mois et demi ! Bravo, il cherchait vraiment du travail ? J’aurai plaisir à lui envoyer un mail …

Nous faisons le plein en boissons et huile, le plein du pick-up et direction Tsaragiso avec arrêt à Mangily pour déjeuner.

 

Dimanche 23 octobre : Un peu de repos. Je fais du pain. Nous faisons un tour à Ankililoake pour acheter des pommes de terre et des carottes. Ce soir, c’est carottes râpées, œufs au plat (de Tsaragiso), frites et une vache qui rit … avec du bon pain…. Si vous aviez vu ça !

 

Lundi 24 octobre : 7 h 30 ; les trois entrepreneurs sont à l’heure et nous pouvons démarrer notre circuit en commençant par Ankiliabo où il y a un besoin et un projet de petits ponts pour enjamber des canaux d’irrigation divers. Un maire adjoint nous attend au village : nous démarrons par l’observation du n°1 situé environ 500 m avant le village, l’actuel « pont » est un peu « sport ». Les entrepreneurs regardent ce qu’il y aura à détruire. Je leur précise qu’il faut un passage de 3 m utiles en largeur. Le n°2 à l’entrée du village est double… deux passages d’eau à des hauteurs différentes avec un îlot central … il faut enjamber le tout ! Et les observations se poursuivent avec, à chaque fois quelques mesures au moyen de mon double-décamètre. Il y a, en fait, 6 ouvrages à réaliser … à vos devis !

Nous remontons dans le pick-up, direction Ampasikibo où M. le maire Chefelin doit nous attendre pour regarder de près le gros point noir de la piste qui part vers l’est et nord-est. En plus du maire, un important comité nous attend, il faut croire que ce gros projet les concerne et les intéresse : nous parcourons le point noir avec le double-déca … 320 m de long, il faudra un pont, un dalot et, au minimum des centaines de m³ de remblais. Étant un peu habitué à ce type de travaux (avec toutes les pistes que nous avons réalisées), je sens que le devis risque d’être un peu « lourd » mais on verra.

Retour sur la RN9 et 500 m plus loin, nous faisons halte à l’école primaire où j’ai deux questions à poser sur la prise des repas (projet cantine : réfectoire, cuisine, stockage). Il me faut absolument connaître le cheminement de la cuisson des aliments jusqu’au service dans les assiettes pour adapter mon plan aux réalités et au besoin du service. Je parle aussi aux entrepreneurs du problème de l’évacuation des fumées ; il faudra faire trois cheminées au faîtage de la cuisine. Je salue les parents d’élèves et leur donne RDV au mois de mars pour la réponse sur la faisabilité ou pas de ce projet.

Le timing est meilleur que je ne l’avais imaginé, il nous reste à nous rendre à Ankaray sud, un gros village situé au nord-est d’Analamisampy où j’ai souhaité me rendre pour faire le point sur leur projet d’école primaire et de salle préscolaire.

Pas loin de 300 personnes nous attendent : se sentiraient-ils concernés ? Nous prenons place et la discussion commence, notamment avec M. le directeur. Les effectifs actuels sont de 111 enfants en présco, 164 en CP, 97 en CE1, 66 en CE2, 38 en CM1 et 20 en CM2. On observe déjà le taux d’abandons (pour des raisons diverses) soit au total 496 enfants répartis dans 9 sections. Là encore, je me demande bien comment font les enseignants (11, dont un seul fonctionnaire et un seul suppléant subventionné sur les dix !) pour organiser les cours dans leur école actuelle de 3 salles (réalisées par Aide et Action dans les années 90). Je pose des questions sur ce que touchent (éventuellement) les suppléants non subventionnés : eh bien, ils ne touchent rien et un parent nous dit « oui, ils se sont engagé, ils étaient volontaires. Alors je demande à ce Monsieur quel est son métier : agriculteur (je l’aurai parié) « c’est un très beau métier » dis-je, mais « vous a-t-on obligé à faire ce métier ou bien étiez-vous volontaire ? », « volontaire ? Ah d’accord, alors vous vous êtes engagé ? », « oui, je voulais faire ce métier », « C’est formidable, tenez, voici 200 ariary (le prix d’un ou deux cafés), en échange si vous pouviez me remettre 100 kilos de maïs, avec la voiture, je pourrai emmener le sac à Tsaragiso » Ce M. surnommé maintenant « M. roandjato » (200 ariary) me dit qu’il a compris ce que je disais et les 300 personnes présentes rient aux éclats.

Je suis un peu affolé par tous ces enfants, il faudra peut-être qu’un jour Madagascar se préoccupe sérieusement  de la limitation du nombre des naissances, car comme disait Coluche « Si ça continue, ça ne s’arrêtera pas ! ».

Comme dans les autres villages portant le même projet, je dis aux parents et autres responsables : « Je reviens vous voir au mois de mars pour vous dire si notre budget 2023 pourra financer ce beau projet ».

Et, comme prévu nous sommes invités au repas et … je vous vois venir avec votre question … oui, elle était fraîche !

 

Mardi 25 octobre : Direction Milenake où, par principe, nous devons « trinquer » pour arroser les travaux (toiture) financés sur le magasin de stockage que nous avions réalisé en 2000. Un cyclone et la rouille ont eu raison des tôles et de la charpente. Les pannes et chevrons ont été changés et les tôles sont, cette fois, galvanisées.

Nous sommes donc invités au resto « Le Z’ai Bu » : excellente salade de riz : ou « salade Masikoro » (qui est en faites une salade niçoise) un très bon poulet sauce avec du riz. Et non, en dessert, il n’y a pas eu de riz au lait … ils auraient pu quand même. Mais il y eu un très bon yaourt maison, une nouveauté conçue et réalisée par l’association Fitahia qui s’occupe du poulailler. Ces yaourts sont excellents et j’en achète 4 pour Tsaragiso. Nous échangeons avec Naivoson sur pas mal de sujets.

 

Mercredi 26 octobre : Je fais du pain (250 gr) dans la petite marmite, il a été parfait pour, entre autre, finir les deux Vache qui rit restant. A 16 h, nous recevons les brodeuses qui me livrent 20 séries de trois torchons et 10 séries de deux sacs à pain…. Ils sont super et vous n’avez plus qu’à en acheter … Veinards.

 

Jeudi 27 octobre : Jour du marché hebdomadaire à Milenake : nous y allons pour acheter deux ou trois bricoles et discuter avec Naivoson et Justôme. Nous y croisons d’abord quelques amis dont un que je n’ai pas vu depuis 2019, on papote deux minutes et on rit en se rappelant des souvenirs communs. J’aperçois la fille de Naivoson, celle qui fait les yaourts, je lui demande de m’en vendre 12 car ce soir nous avons des invités, nous serons 10 à table  et ils n’ont pas l’habitude d’en manger … Nous lui redonnons les 4 pots (nettoyés) des yaourts achetés avant-hier.

J’ai conservé une chèvre parmi celles offertes pendant la mission, nous avons demandé à M. Veloson de la préparer ce matin et dès le début d’après-midi Alijaona s’occupe de la débiter pour une première cuisson, elle sera cuisinée en marmite avec une sauce « tomates-oignons-curry » et, cuits à part, les tripes et abats façon « tripoux ».

Lisa, l’invitée en chef, arrive vers 17 h, elle s’occupera du riz, il nous reste justement dix gobelets. Il y aura aussi Marco notre chauffeur et 6 filles (tirées au sort parmi 15 candidates du FC Miss Tsaragiso). Nous verrons en mars si nous pouvons inviter une partie des autres, car nous sommes limités par le nombre d’assiettes et de cuillères.

Les filles arrivent vers 19 h, la table est mise avec un essuie-tout blanc dans chaque verre pour faire plus « chic » et je sourie en voyant Marco prendre la table en photo, il me dit « J’aime bien les belles tables ». Nous avons encore fait des carottes râpées en entrée : les filles (un peu fières d’avoir été invitées) se régalent et arrivent les grosses marmites de riz et de chèvre. Alijaona fait le service généreux (avec au moins trois beaux morceaux de viande par personne et le riz qui déborde de l’assiette). A l’attaque ! Les filles ne font pas de détails et on les ressert ! Pendant ce temps, je déguste mes tripoux avec du riz. Les assiettes sont débarrassées et je vais chercher les yaourts et les petites cuillères (sotro kely). Je regarde discrètement les filles qui dégustent avec un plaisir non dissimulé.

A la fin, Lisa veut absolument que l’on chante, alors nous avons chanté, pas forcément juste, mais assurément fort.

 

Vendredi 28 octobre : A part un peu de rangement, il n’y a rien au programme pour ce dernier jour en brousse. Je contemple mes deux flamboyants, ils sont en fleurs, le vieux de 2004 est absolument magnifique et le 2e de 2012 qui est proche de la case de Veloson se développe très lentement, il est peut-être impressionné par son grand frère ? Vers la fin d’après-midi, je fais appeler les deux équipes de foot (FC PA et FC Miss) et je dis à Alijaona d’aller chercher mes deux dernières chèvres. Un petit discours dans lequel je leur dis « A vous de décider ce que vous en ferez ; soit vous les mangerez, soit vous les vendez ce qui vous permettra d’avoir une cagnotte pour financer vos déplacements ou autre lorsque vous ferez un match éloigné de Tsaragiso, comme ça, ces jours là, je serai un peu avec vous ». Talata prend la parole au nom des deux équipes, il est ému, mais il réussit à faire un discours de remerciements très touchant….

Ce soir, avec Alijaona, ce sera les restes de tripoux avec des frites et il reste deux yaourts : quelle organisation !

 

Samedi 29 octobre : départ à 7 h pour Tuléar et à l’arrivée, nous passons directement chez Air Mad pour voir si mes vols de demain sont toujours aux mêmes heures. Oui, c’est parfait. 8 H 25 pour Tana et 22 h pour Paris.

A part quelques contrariétés, ce fut une très belle mission.

 

Philippe MEYER – Président de Projet Action

 

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