Mission juin 2022 : compte rendu

 

Samedi 11 juin : J’arrive à Tana à 8h : il fait froid, l’hiver a commencé ici. Direction Ambohibao à 15mn de l’aéroport d’Ivato, hôtel « Les flots bleus » … Tout un programme même si « de flots bleus » point à part ceux de la piscine qui n’accueillera aucun client vue la température qui se révélera particulièrement fraîche durant toute la mission (surtout à Tana qui est à 1200m d’altitude).

C’est parti pour trois jours et demi d’attente à ne rien faire ; j’ai horreur de ce temps perdu, mais j’y suis contraint, car le vol pour Tuléar n’est que mardi à 11h.

 

Mardi 14 juin : Le vol a été repoussé à 14h50 et j’arrive à Tuléar vers 16h30. Alijaona est là avec Déric, jeune voisin de Tsaragiso (21 ans) à qui j’avais promis un petit séjour à Tuléar qu’il découvre pour la toute première fois de sa vie. Il y a aussi Danielson (chef de chœur de la chorale Misafa) et un autre membre de la chorale ...Grande surprise pour moi. Les trois compères n’avaient jamais vu d’avion atterrir. Déric trouve que l’avion est énorme (un petit ATR 72), il ne s’imaginait pas que le « petit avion » qu’il voyait passer parfois dans le ciel pouvait être « beaucoup plus gros qu’un camion ! » (heureusement que je ne suis pas arrivé en « A 330 »).

 

Mercredi 15 juin : Nous avons RDV à 9h avec Mme la chef district de Tuléar 2. Je vais enfin la rencontrer et je vais   pouvoir lui poser la question sur le fameux formulaire permettant de poursuivre notre demande des 86 Cartes d’Identité Nationales pour des adultes de Tsaragiso (opération entamée en mars 2019) … Plus de trois ans que nous attendons sans avoir aucune nouvelle !

Le rendez-vous a été pris il y a six semaines, mais nous apprenons que Mme la chef district n’est pas là, elle a dû se déplacer … Je ne sais où ! Mais cette histoire n’est pas terminée.

A 10h30, j’ai RDV avec M. le Gouverneur de la région sud-ouest pour une visite de courtoisie. Mais à 11h10, comme nous attendons toujours, je dis à Alijaona : « ça suffit, nous n’avons pas que ça à faire, on s’en va ». M. le gouverneur appellera Alijaona pour s’excuser « je recevais des gens pour une affaire délicate ...Bla, bla, bla » … Nous pouvons maintenant passer aux choses sérieuses, c’est-à-dire nous rendre au « Jardin », c’est mon resto préféré à Tuléar. Nous y passons au moins deux heures à parler de la mission et du prochain départ en retraite (fin avril 2023) d’Alijaona.

Nous allons ensuite acheter 2 ou 3 THB (la mission est longue) et deux packs d’eau minérale. Et nous passons à la librairie MD Paoly pour prendre livraison de 2700 livres : 2400 pour les CP et les CE1 de la commune de Marofoty et deux fois 150 pour les trois préscolaires qui seront inaugurés en octobre. Nous devons faire deux voyages pour enlever les 22 cartons dont certains sont beaucoup trop lourds pour moi, mais il y a Alijaona et Déric.

Les cartons s’entassent dans ma chambre « Chez Alain ». A propos d’Alain, pour les parrains qui le connaissaient, il est décédé le 31 mai dernier. Sa fille a repris la direction de l’établissement et du côté resto, les augmentations du prix des plats vont de 40 % à 80 %. Ce n’est pas sérieux, il va falloir que je trouve un autre hôtel !

 

Jeudi 16 juin : Avant d’aller vérifier le plein du 4x4, je passe au « super Maki » (supérette du quartier) où je trouve de la levure et des petites bouteilles de « Tonic » pour Alijaona et de « Cristal » pour moi (eau gazeuse).

Passage à la station-service où j’achète une bouteille de gaz et 20 litres d’essence pour mon groupe électrogène + 20 litres de gas-oil en réserve. Et c’est parti !

Nous faisons halte à la gargote de Tsianisiha dans l’espoir d’avoir, au moins un petit remboursement du prêt à 0 % d’intérêts accordé en 2014 pour l’achat des meubles, marmites, vaisselle, frigo …  Mais Malala, la gérante, me confirme ce qu’Alijaona m’a déjà dit : la gargote a été cambriolée et … Projet Action doit encore attendre ! Il lui reste 1233000 Ar à rembourser (env. 300€) soit 14 % du prêt.

La halte arrive : nous sommes au resto « Le Z’ai bu » pour y déjeuner et recevoir des remboursements des prêts accordés au resto en 2014 et au poulailler en 2021. Le repas est de bonne qualité (d’autant que nous sommes invités) et les remboursements sont corrects : deux fois 300000 Ar (env. 150€)

Il ne nous reste plus qu’à poursuivre jusqu’à Tsaragiso et à nous installer dans ma maison. Lisa et Alijaona, aidés de Sandra, ont réalisé un ménage efficace rendant très agréable mon retour. Les voisins passent dire bonjour ; M. et Mme Veloson, M. Piquet et Mme Monique, Leïmaro, Tolotra, Sandra, Alpha, la petite Nihagna … et d’autres. Ils ont l’air contents que le « Masikoro foty » soit revenu.

Au menu du soir : soupe minestrone, omelette aux oignons et vache qui rit avec un morceau de pain acheté à Tuléar. Ce pain est, comment dire, un peu dramatique. Demain, j’en ferai du vrai.

 

Vendredi 17 juin : Nous démarrons à 8h pour visiter le chantier des 4 salles de l’école primaire + la grande salle dédiée aux préscolaires de Betakilotse (Cne de Tsianisiha). Il faudra ensuite être à 10h à Bevala pour l’inauguration du Centre de soins terminé fin septembre 2021 et qui n’a pas pu être inauguré en janvier pour cause de programme trop chargé. Arrivée à Betakilotse ; l’équipe de M. Lalao (une dizaine d’ouvriers) est à pied d’œuvre sur quelques finitions, il reste des portes à poser, de la peinture, les étagères des placards … La réception provisoire pourrait avoir lieu avant la fin de ma mission. Bevala n’est qu’à quelques kilomètres, mais on nous dit que l’on ne peut pas passer à cause de passages trop boueux provoqués par un petit canal d’irrigation qui … fuit ! Obligés de retourner sur nos pas jusqu’à Tsianisiha et de là à Ankaraobato puis piste de l’Amitié, Anteteza, Tranolahatse … Notre chauffeur a compris qu’il ne fallait pas traîner en chemin et nous arrivons à Bevala à 9h50.

On nous fait signe d’attendre et l’on voit arriver un groupe d’une trentaine de femmes et des enfants, les femmes chantent et dansent. Arrive le fils de feu ma copine centenaire Rekavitse Malazarivo (décédée en janvier 2004), il est très ému de me voir à nouveau ici dans son village (il a été très inquiet pour moi à cause du Covid) pour l’inauguration du Centre de soins demandé depuis au moins 15 ans. A l’époque, Projet Action aurait pu réaliser ce projet, mais notre contact avec les autorités régionales de la Santé nous avait dit qu’ils ne pourraient malheureusement pas y nommer de personnel pour cause  budgétaire.

Le village de Bevala, de même que les villages et hameaux proches, ont dû attendre.

Il y a beaucoup d’invités dont les maires des communes voisines, le Médecin Inspecteur, un assistant parlementaire, un représentant du Gouverneur et …. le chef de district adjoint dans son beau costume blanc, képi, galons et broderies dorées. Je pense qu’il a bien fait de venir !

La cérémonie commence par le salut aux couleurs avec l’hymne national, un peu saboté par le fait qu’au lieu de laisser les gens chanter, ils ont cru bon d’envoyer dans la sono l’hymne enregistré avec musique et voix de stentor !

Le discours de bienvenue du chef de village ouvre le bal d’une longue série de discours. Mais c’est assez vite à mon tour ; je dis ma joie et mon émotion d’être là aujourd’hui, je retrace rapidement l’historique de mes passages et de mon amitié avec ce village. La première fois, c’était en novembre 1999, accompagné de 5 parrains (dont Didier, Luc, Bernard, et Mauricette) et l’on m’avait présenté celle qui allait devenir une amie : ma copine Rekavitse qui était (parait-il) centenaire. A Bevala, nous avons réalisé deux puits et une école primaire (en 2005).

Je poursuis en disant que je profite d’avoir le micro pour m’adresser au chef de district adjoint … et je raconte la trop longue attente de Projet Action à propos des 86 demandes de cartes d’identité nationale … plus de trois ans ! « M. le chef de district adjoint, 86 habitants de Tsaragiso attendent depuis plus de 3 ans, que se passe t-il ? Vous serez d’accord avec moi pour dire que c’est « un peu » long !»

Évidemment, il a demandé la parole pour dire (en tremblant un peu) qu’il va s’en occuper personnellement et que nous aurons une réponse dans les jours qui viennent.

Les autres discours suivront et notamment ceux de M. le Maire et de M. le Médecin Inspecteur qui ne tariront pas d’éloges sur Projet Action et ses parrains pour leur volonté et leur engagement pour le développement et l’amélioration de la santé dans le district et la région. On dit qu’il faut battre le fer pendant qu’il est chaud et immédiatement après son discours, je vais échanger quelques mots avec M. le Médecin Inspecteur pour lui parler de la situation des infrastructures de santé sur la commune d’Analamisampy qui n’a qu’un CSB (centre de soins) situé au chef-lieu de commune ; « de votre côté, un 2e CSB sur la commune serait-il le bienvenu et pourriez-vous y affecter le personnel nécessaire ? », il me répond de suite « Oui sans hésiter » et je poursuis rapidement en lui parlant du gros village d’Ambovotsiritsy et sa zone (à l’est d’Analamisampy) qui a de grosses difficultés d’accès au CSB actuel en période des pluies. La conversation n’aura pas dépassé la minute et se termine par un « c’est d’accord » de M. le Médecin Inspecteur.

La cérémonie entrecoupée de chants et danses des enfants se termine ; on m’offre une chèvre et avant de passer au repas, nous allons fixer une photo de Rekavitse Malazarivo (que j’ai fait tirer à Paris sur aluminium) au-dessus de la porte d’entrée du CSB. Elle est belle ma copine, si vous passez par là-bas, allez lui dire bonjour.

Le repas est excellent et convivial et à la sortie de la salle, des personnels de santé venus de Tuléar souhaitent se faire prendre en photo avec moi ; « avec plaisir, c’est bon ? Oui, on y va ».

Au retour à Tsaragiso, je fais cuire le pain dont j’avais préparé la pâte ce matin : au bout de 10mn de cuisson, je vois à sa couleur qu’il va être bon.

 

Samedi 18 juin : Une journée placée sous le signe des visites de chantiers et d’un devis. Nos trois entrepreneurs ont été invités à me suivre. Nous sommes à 9h à Antseva (à 20km au nord d’Ankaraobato) pour voir le chantier des deux salles supplémentaires pour le CEG, le chantier est dans les temps, il devrait être réceptionné avant le 15 juillet.

Poursuite jusqu’à Namaboha où le chantier a été réceptionné récemment. Cette salle préscolaire est vraiment magnifique !

Nous poursuivons sur Analamisampy et je découvre, au sud du village, le chantier du lycée : logement de 3 pièces + cuisine pour le proviseur, un bâtiment avec 3 bureaux, salle des profs et une pièce pour « stockage », deux « kiosques » (petits abris contre soleil et pluie de 2m x 2m avec bancs béton), toilettes trois compartiments et un grand bâtiment avec 4 salles de classes réparties de part et d’autre d’un couloir de 4m de large avec bancs béton.

Le chantier est dans les temps et pourrait être terminé fin juillet, voir le 15 août maximum.

Nous entrons dans Analamisampy pour aller voir le chantier des deux salles supplémentaires (+ 2 bureaux) pour le CEG réalisé en 2021 : dans les temps lui aussi. Nous sommes devant le vieux bâtiment à réhabiliter (54m² intérieurs) et à aménager en bibliothèque pour les deux établissements ; CEG et Lycée. M. le Maire et les entrepreneurs sont là et nous passons en revue tout ce qu’il y a à faire :

  • charpente et toiture : je l’avais regardée trop rapidement en janvier et je pensais que l’on pouvait la conserver, mais nous apercevons plusieurs trous causés par la rouille et des « faiblesses » sur plusieurs pannes. Il faut tout changer et les tôles seront plates et galvanisées.
  • Le sol et les murs : ils comportent plusieurs trous à colmater (à l’intérieur comme à l’extérieur). Le sol doit être « piqué » et une belle chape doit être réalisée.
  • La porte d’entrée : inexistante ; ce sera une porte métallique.
  • Les fenêtres : il n’y a que les ouvertures : il faut des claustras avec volets intérieurs en bois dur.
  • Côté nord : je souhaite des placards sur les 6m avec portes en bois dur.
  • Côté sud : je souhaite une grande étagère-présentoir inclinée en bois dur dont le bas sera à 80cm du sol.
  • Petite terrasse extérieure : elle est en ruine : elle doit être réhabilitée avec 1,10m de large et équipée de bancs béton et d’une rambarde en claustras. Il faut y ajouter deux marches.
  • Cette belle pièce de 54m² sera, bien sûr, équipée de meubles ; tables et bancs qui sont actuellement en fabrication.

Les entrepreneurs doivent me faire leur devis très rapidement, avant le 10 juillet, pour que je puisse en sélectionner un et lui envoyer une avance de démarrage avant mon départ en Gévaudan du 20 juillet.

Au revoir à M. le maire et à lundi pour les inaugurations d’Ambovotsiritsy et d’Angara. Les entrepreneurs, Alijaona et moi revenons à Ankililoake où je les ai invités au resto, mais avant cela, je vais visiter le chantier de l’école primaire et de la salle préscolaire d’Ankiliabo. Ce chantier a une légère avance sur le planning et sera probablement terminé vers le 10 juillet. Nous commençons à avoir faim et soif ; Ankililoake et le resto ne sont qu’à 4 km : repas convivial avec les entrepreneurs.

Un peu de calme dans l’après-midi à Tsaragiso

 

Dimanche 19 juin : Un peu de repos dans la grande fraîcheur de ce mois de juin. Je refais du pain et j’apprends que les filles footballeuses du FC Miss Tsaragiso participent, pour la première fois au traditionnel tournoi de foot dit « du 26 juin ». Je savais que l’équipe existait depuis au moins trois ans, elles avaient accroché un valeureux 0 à 0 contre les filles du CFP lors du match d’inauguration du terrain en octobre 2019 (Projet Action avait financé les deux « vrais buts »). Et en janvier 2022, j’avais pu leur amener leurs maillots (qui dormaient depuis octobre 2020 dans mon bureau à Montreuil). Déjà en 2019 j’avais remarqué la dynamique et infatigable Sandra (petite fille de M. Piquet) qui avait 14 ans.

En fin d’après-midi, on entend du bruit venant de la piste qui mène à Tsaragiso ; des cris, des chansons … un beau vacarme. Le bruit se rapproche et les filles arrivent dans leur beau maillot rouge en dansant et en chantant, elles ont gagné leur quart de finale 4 buts à 2 contre Antanimena, gros village de la commune situé à l’est de Milenake.

Beaucoup de parents se rassemblent avec les filles ainsi que les enfants et autres jeunes du hameau. Dans l’euphorie, pour les féliciter et les encourager, je leur offre un beau billet de 10000 Ar (soit une quinzaine de kapoake de riz) et je leur dit qu’elles auront un billet de 20000 Ar si elles gagnent leur demi-finale qu’elles ont réussi à faire reporter à jeudi pour cause d’examens au CFP (plusieurs joueuses de l’équipe sont au CFP ou au lycée technique). Mon programme de jeudi m’empêchera malheureusement de voir cette demi-finale contre une équipe de Milenake  … le petit hameau contre le chef-lieu de commune, c’est incroyable !

 

Lundi 20 juin : Nous partons vers 8h30 pour le gros village d’Ambovotsiritsy (Cne d’Analamisampy) où nous devons inaugurer l’école primaire de 4 classes + la grande salle préscolaire (réalisations de 2021). Je ne suis jamais allé dans ce village (le plus gros de la commune avec 6000 habitants). J’avais fait mener une enquête avec une fiche REA (Réalité de l’État Actuel) et le projet d’école + présco avait été retenu : imaginez que ce village, en guise d’école primaire, ne disposait que de deux petites salles de classe réalisées dans les années 90 par Aide et Action ! On comprend mieux que mon annonce de réalisation du projet lors de la réunion par téléphone amplifié ai déclenché des cris, les représentants du village avaient laissé éclater leur joie, je les avais très bien entendu.

Alors je vous laisse deviner l’accueil que le village m’a réservé ce matin du 20 juin ; entre 800 et 1000 personnes qui applaudissent, qui sourient, qui crient, qui chantent et qui scandent « Projet Action ! ». Il faut reconnaître que ces moments très « forts » sont une belle récompense pour tout ce qu’il a fallu faire pour en arriver là ; une magnifique récompense pour Projet Action et tous ses parrains.

Salut aux couleurs, hymne national, animations nombreuses … danses et chansons qui voient la foule se rapprocher, de plus en plus proche, en soulevant des nuages de poussière, je fais signe au « service d’ordre » que les gens sont trop proches, je mets un masque chirurgical. La foule sympathique mais envahissante recule. Je bois un peu d’eau minérale et les discours s’enchaînent. M. le Maire et Mme la chef ZAP insistent particulièrement pour que je n’oublie pas de remercier tous les parrains et donateurs pour ces magnifiques réalisations. Voilà, je n’ai pas oublié : merci à vous parrains et donateurs sans qui rien n’aurait été possible. Nous allons couper le ruban et visiter les deux bâtiments dont la belle salle préscolaire avec son coin « sieste » muni de nattes et de 20 coussins.

Après cette visite, plusieurs personnes veulent « une photo avec Philippe ! » c’est un peu désordonné, mais je ne peux pas refuser. Il faut se diriger vers la salle de classe où le repas sera pris avec … une THB bien fraîche … que je ne peux pas refuser non plus.

A la fin du repas (excellent) je fais mon « sketch » en disant : « On ne peut pas se quitter sans chanter ! Hier soir, j’ai appris une petite chanson en malgache, juste le premier couplet et le refrain. Alors je vais essayer de vous la chanter et si vous la connaissez, vous la chanterez avec moi, d’accord ? ». Je fais semblant de chercher le début « ça commence par riz, enfin par ry » et je démarre « Ry tanin dra ... » l’hymne national, les gens chantent, ils sont étonnés et surpris, je sens aussi de la fierté dans leurs regards et à la fin ils ont applaudi très fort. Je suis sûr que vous les avez entendus !

Il est 12h30 passés et nous sommes attendus à 13h à Angara pour inaugurer également une école primaire et une salle pour les préscolaires. Nous sommes à l’heure mais … surprise, nous n’avons pas l’air d’être attendus !!!

Il y a bien, devant l’école, des fauteuils et tables installés, les bâches qui donnent de l’ombre sont présentes. Mais pas de villageois, pas d’enseignants, pas d’enfants. Nous sommes avec le Maire, je commence à trouver la situation un peu « forte de café ». Le directeur arrive, sans se presser, quelques minutes après arrive le chef de village, il y a une quinzaine de personnes. Je décide de commencer (car, en plus, nous avons une autre rencontre à 15h à Ampasikibo pour parler d’un projet cantine) et je m’adresse au chef de village et au directeur « Projet Action est dans sa 26e année et aujourd’hui, ici à Angara, j’en suis, je crois à ma 274e inauguration et je vous dis que c’est nettement l’inauguration la plus dramatique et la plus minable de toutes ; vous avez peut-être deux mots à nous dire pour nous expliquer », « nous avons pensé que vous ne seriez pas à l’heure après la fête à Ambovotsiritsy », « Monsieur, vous nous racontez n’importe quoi, dans cinq minutes, je serai parti, voici les livres pour les préscolaires et je pense que l’école sera utile  aux enfants … ils étudieront dans de meilleures conditions ».

Nous nous dirigeons vers Ampasikibo, un gros village dont l’école primaire bénéficie depuis 1993 d’une cantine PAM (Programme Alimentaire Mondial) c’est-à-dire que le PAM fourni l’alimentation en livrant de gros sacs de différents aliments qu’il faut stocker avant de les consommer.

Les enseignants sont là et il y a pas mal de parents d’élèves, la discussion commence et j’apprends qu’il n’y a aucune infrastructure, les sacs sont stockés dans la maison du directeur, la cuisine n’est qu’une « cabane » en terre (largement « ajourée ») et le réfectoire est inexistant, il n’y a, de plus, qu’une trentaine d’assiettes, je demande à en voir une, c’est dramatique … une sorte d’aluminium fin comme du papier à cigarette, l’assiette est déchirée à deux endroits ce qui « offre » des risques évidents de blessures.

Toutes ces conditions amènent un service de 30 repas pris en 10mn maximum, le 1er service est vers 9h du matin (le repas est censé être un déjeuner) et le dernier service est à midi passé car il faut servir … 530 repas !

Au-delà de ces conditions extraordinaires, je vous laisse imaginer les conséquences de cette « farandole » sur l’enseignement, car il y a jusqu’à 90 enfants par classe !!

Je vais visiter la cuisine : un espace de 2m sur 3m avec deux gros « feux », pas de table pour poser les aliments, c’est, au mieux, moyenâgeux.

En résumant la situation, il faudrait :

  • un magasin de stockage de 2,50m sur 3,50m avec porte métallique pour un stockage sécurisé.
  • une cuisine de 3,50m sur 3,50m avec des tables béton à différentes hauteurs (h 0,30 et h 0,75)
  • un réfectoire permettant la distribution de 100 à 110 repas en même temps
  • 110 vraies assiettes en bon alu, 110 cuillères à soupe dignes de ce nom et 110 gobelets en bon alu

Ce qui permettrait de servir les 530 repas en 1h de 11h30 à 12h30 par exemple.

Un beau projet pour un beau développement (si vous avez de vraies cuillères à soupe en trop, faites-le nous savoir)

 

Mardi 21 juin : Départ à 8h, direction Ampasilava (Cne de Tsifota) où nous allons inaugurer la dernière réalisation 2021 : une école primaire de 4 salles + une salle pour les préscolaires qui n’a été terminée que début janvier 2022 dans ce village côtier. Nous sommes en avance et attendons au sud du village. En regardant le lagon, je me dis que je n’ai pas de chance ; il y a un peu de mer (le sacré vent du sud) et donc il n’y aura pas de langouste ce midi ! (les Vezos pêchent la langouste à la main, mais il faut une mer calme pour que l’eau soit claire)

10h30 ; le village est prêt à nous accueillir, allons-y : les parents d’élèves sont présents, les enseignants aussi et je salue M. Odilon venu de Tsandamba.

Salut aux couleurs, hymne national, discours de bienvenue du chef de village, chants et danses des enfants et d’un groupe de femmes. Je remarque une gamine, qui doit avoir 10 ans, qui est particulièrement dynamique et manifestement très heureuse de danser et de chanter.

Dans mon discours, concernant la salle préscolaire, en dehors de sa beauté, je fais remarquer à l’assistance que cette belle salle, est la seule dans la commune, « même dans la commune voisine de Manombo, il n’y en a pas ! ». Et je repense à la première réunion à Ampasilava où nous avions évoqué ce projet, c’était en 2017 ou 2018, nous étions réunis dans une petite salle en branchages de 3m sur 5m réalisée par les villageois. Cette unique salle c’était l’école !

Et je me lance dans le bien-fondé de l’éducation, je vais chercher la gamine (qui s’appelle Prisca et qui a effectivement 10 ans), elle est en CE2, je lui donne symboliquement un petit billet en lui disant de s’acheter un stylo et je lui donne rendez-vous dans 10 ans pour fêter son BAC et son entrée à l’université. Entre temps, je lui promets de passer lui dire bonjour et de jeter un coup d’œil sur son carnet de notes.

Prisca est intimidée à côté du « Vezo foty » qui lui tient la main. Je termine en lui disant d’être studieuse et de continuer à chanter, à danser et à jouer avec ses copines car « là aussi on apprend beaucoup de choses » !

Prisca va rejoindre sa maman avec son billet en main, elle sourit.

L’assistance applaudie et à l’air très heureuse, je ne serai pas étonné que certaines personnes pensent « Il a dit qu’il reviendra chez nous »

C’est le temps du repas et la THB est fraîche. Pas de langouste, mais de belles crevettes en sauce accompagnées de poulpes très tendres et excellentes. A la fin du repas le village qui m’avait déjà offert un magnifique lamb (paréo) me fait un 2e cadeau : une très belle oie (littéralement : tsaragiso) dans un panier spécial pour le transport. L’oie visitera d’abord Tuléar, puisque c’est là que nous allons aujourd’hui, avant de rejoindre Tsaragiso !

A Tuléar, nous passons au marché voir la vendeuse de nattes qui devait avoir reçu une nouvelle livraison avec les dimensions qu’il nous faut : 2m x 1,50m (en 9 exemplaires soit 3 pour chaque salle préscolaire qui seront inaugurées en octobre). Mais malgré notre commande … elle les a déjà vendues !

 

Mercredi 22 juin : Quelques achats de boissons et le plein du 4x4. Nous pouvons repartir en brousse… tranquillement, pour arriver vers 11h à Tsaragiso et à midi ; direction Ankaraobato pour les inaugurations des réhabilitations de la salle polyvalente (gros nettoyage + peinture intérieur et extérieure + une marche à « reconstituer ») et surtout du magasin de stockage réalisé en 2000 dont un cyclone avait arraché et tordu des tôles. La réhabilitation est parfaite, la toiture a été entièrement refaite en tôles galvanisées de qualité, le tout est flambant neuf. La porte d’entrée est métallique pour une meilleure durée de vie. Seul problème : une porte intérieure, en bois dur, est mal conçue et frotte sérieusement au sol, je fais remarquer à notre salarié que la réception provisoire n’aurait pas dû être prononcée : cette porte sera remplacée par l’entrepreneur.

Les principaux bénéficiaires sont les 102 adhérents d’une association de cultivateurs d’Ankaraobato et de Tsaragiso qui sont « aux anges » devant un tel résultat. Ils m’offrent un coq et 30 à 35 kapoakes de riz. L’association qui a reçu des dons en matériels agricoles pourra les stocker en toute sûreté. Ce grand magasin de stockage servira bien sûr à stocker toutes leurs productions en légumes secs : riz, pois du Cap, lentilles, maïs, manioc, patates douces …

Le repas qui suit (dans la salle polyvalente) est l’occasion de se rappeler les réalisations de Projet Action sur Ankaraobato … en jouant : « cette salle polyvalente : en quelle année a-t-elle été réalisée ? 1999 ! Quelle est sa particularité ? C’est le premier bâtiment réalisé par Projet Action et donc le premier bâtiment a utiliser les claustras « tête de zébu » qui sont devenus célèbres …

Retour à Tsaragiso où nous lançons le concours de dessins. Ces derniers temps, j’ai dû repasser dans notre Zébu des dessins qui avaient déjà été utilisés, nous devons donc recommencer à organiser des concours de dessins régulièrement car nous ne pouvons retenir qu’environ 10 % des dessins réalisés.

 

Jeudi 23 juin : Levé à 6h, ce matin, car nous devons être à 8h à Marofoty et j’ai toujours eu horreur d’être obligé de prendre le petit-déjeuner en vitesse. Nous arrivons avec un peu d’avance à Marofoty pour rencontrer le maire (représenté par son 1er adjoint) et son équipe, les chefs de village et les directeurs des écoles primaires de la commune de façon à faire le point sur le projet « des livres pour les enfants du primaire dans la commune ».

Mais avant d’aborder ce sujet : je fais part aux présents de mes constatations sur l’entretien des 3 pistes que nous avons réalisées de 2015 à 2018 : contrairement à l’engagement de la commune d’entretenir régulièrement ces pistes (élagage, débroussaillage), rien n’a été fait notamment depuis trois ans. Je demande à M. le 1er adjoint et aux chefs de village de réagir vite s’ils veulent que le partenariat de Projet Action avec la commune se poursuive.

Je passe aux livres et je parle des 22 cartons, qu’ils peuvent voir dans le pick-up : « dans ces cartons il y a 2400 livres soit 2 livres pour chaque enfant de CP et de CE1 de tous les villages de la commune ; 1 livre de Français et 1 livre de calcul.

Nous allons amener ces livres chez Mme la chef ZAP qui s’occupera de la distribution dans chacune des 8 écoles.

Projet Action a en projet pour 2023 de mener une opération similaire pour les CE2, CM1 et CM2.

Il y a des yeux qui brillent … il n’y a jamais eu de livre pour les élèves dans cette commune comme … dans les autres.

En repartant, nous déchargeons les livres à Beroroha chez Mme la chef ZAP et nous filons à Milenake pour faire le point sur le partenariat avec la commune.

Il n’y a pas foule : M. le Maire, un adjoint, 3 chefs de village (sur les 14 de la commune) et 4 ray aman dreny dont Naivoson, Justôme et Bob. Je parle d’abord de nos deux nouvelles communes d’intervention dont celle d’Analamisampy qui, de loin, est celle qui a le plus de besoins tant elle accuse un retard considérable en infrastructures notamment dans le domaine de l’éducation.

Je cite quelques chiffres : « sur nos 274 réalisations, en 26 ans, 162 ont été sur la seule commune de Milenake, soit  environ 60 % ! » et je remet à chaque participant un document qui liste, année par année, ces 162 réalisations. Je vois que cette liste a l’air d’impressionner M. le Maire   (qui n’est pas originaire de la commune et qui y est arrivé en … parachute). Vous comprendrez donc que Projet Action, qui n’est pas la Banque Mondiale, se doit de rééquilibrer ses interventions. Ce rééquilibrage est en cours sur la commune d’Analamisampy en 2021 et 2022 et ce sera encore le cas en 2023.

J’aborde ensuite deux ou trois points qui m’ont étonné en janvier et en ce mois de juin :

  • Le Maxi Marché de Milenake : la suppression de deux rangées de claustras, soi-disant pour améliorer l’aération, me semble complètement inutile de même que le fait d’avoir repeint tout le marché, même s’il n’était plus tout neuf puisque réalisé en 2015.
  • La piste Volamindry (entre Milenake et Andranodehoke) : avec sa guérite et sa barrière, elle semble destinée à être une piste à péage. Devrais-je, moi aussi, payer pour cette piste que nous avons réalisée en 2004 et 2005 et consolidée en 2019 et en 2020 ?
  • La salle culturelle d’Ankaraobato : Elle sert ou elle a servi de magasin de stockage pour la Sté Bionnex pour l’artemisia. Je confirme que cette salle est villageoise et non communale et que c’est une salle culturelle et non un magasin de stockage.

A propos du Maxi Marché, M. le Maire me dit qu’il a essayé d’améliorer un peu … Je lui confirme que ce Marché est bien communal, mais que je ne vois pas où est l’amélioration.

Pour la piste Volamindry : M. le Maire me dit que « lorsqu’elle sera terminée (jusqu’à Tsifota!) seuls les camions devront acquitter un péage, pas les piétons, ni les charrettes, ni les voitures » OK j’en prends bonne note.

Salle culturelle d’Ankaraobato : l’utilisation par Bionnex n’a été que temporaire. OK, elle est et reste bien une salle culturelle et Bionnex peut se construire un magasin de stockage. Et cette salle culturelle est villageoise et non communale.

A part ça, ici à Milenake, tout le monde parle du FC Miss Tsaragiso qui joue sa demi-finale cet après-midi contre Milenake : c’est un événement dans la commune ; comment ces filles de Tsaragiso ont-elles réussi à en arriver là !!!

Nous déjeunons au resto « Le Z’ai bu » et nous filons à Ankililoake pour l’enregistrement de mon interview sur Radio Mazava.

J’ai préparé mon intervention ; les premières questions portent sur les 25 ans de Projet Action ; 274 réalisations dont 162 sur la Cne de Milenake … Les nouvelles communes : Ankililoake avec le CEG à Antseva en 2020 et 2 salles supplémentaires cette année, une EPP et salle préscolaire à Ankiliabo en cours de finition et la Cne d’Analamisampy (dont je m’entends très bien avec le Maire) avec de nombreuses réalisations en 2021 et en 2022.

On me demande de parler des changements que j’ai pu observer et où je serai le 26 juin pour la fête nationale ; je parles donc des changements et du développement constaté notamment sur la Cne de Milenake qui était la dernière commune du district (selon tous les critères) et qui est passée en tête depuis plusieurs années. Je parle de tous les amis et quant au 26 juin ; je serai, bien sûr à Analamisampy !

J’ai été un peu long (20mn) mais après le montage, ce sera ramené à 15mn que nous écouterons à 19h à Tsaragiso.

Mais avant l’écoute de cette interview, en fin d’après-midi, nous entendons (encore!) beaucoup de bruit qui vient de la piste … les footballeuses de Tsaragiso ! Ce n’est pas possible ! Elles n’ont pas gagné ? Mais OUI, elles ont encore gagné, elles arrivent avec une partie du village devant ma maison, l’ambiance est indescriptible, elles ont battu Milenake 2 à 0, c’est incroyable, elles sont extraordinaires, ça chante, ça danse et ça crie et moi … je vais chercher un billet de 20000 Ar que je leur remets dans la folie générale, elles sont qualifiées pour la finale de dimanche 26 (fête nationale).

Il faut absolument que j’assiste à cette finale, j’entends dire que ce match sera à 13h ou 13h30 ; le problème étant que je serai à Analamisampy … à 43km de Milenake ! Bon, calmons-nous, nous appelons le Maire de Milenake en lui demandant s’il peut décaler le match d’une demi-heure et côté Analamisampy, j’expliquerai à M. le Maire, il comprendra … si je pouvais partir de là-bas à 13h … à suivre.

 

Vendredi 24 juin : Vers 10h, nous allons au CFP  où il doit y avoir une petite fête à l’occasion du 12e anniversaire de l’établissement avec un concert de la chorale Misafa et des animations des apprenants (CFP et Lycée technique).

Hymne national et hymne du CFP. Dans les centaines d’apprenants, j’en reconnais beaucoup qui sont de Tsaragiso dont Déric, Leïmaro, Sandra. On me demande (évidemment) de faire un discours … je retrace l’historique en commençant par la 1ère demande de Robson Tsiravoa en 99 « un centre de formation pour que les jeunes ne traînent plus dans le village », demande relayée en 2005 par Emile, Projet Action qui retient l’idée et qui se met au travail, pendant 4 ans ; contacts avec l’Education Nationale à Tuléar, puis Ministère, nombreuses rencontres dans les villages de la commune, prises d’informations en France aussi … et réalisation d’une grosse 1ère tranche du CFP inauguré le 29 octobre 2010 en présence de Mme la Ministre de l’Enseignement technique et de la Formation Professionnelle (le METFP qui est devenu un ministère à part entière grâce ou à cause de Projet Action et de ce grand projet : un CFP en pleine brousse (cas unique à Madagascar) et surtout le plus beau et le plus complet de tout le pays, car il propose 4 spécialités : agriculture, élevage, maçonnerie et menuiserie. En présence, également, de M. le 1er Ministre Camille VIDAL.)

Et trois ans après le CFP, en 2013, nous réaliserons le Lycée technique sur un terrain mitoyen du CFP.

Dans mon discours, je souligne un point étonnant et qui ne va pas, à mon avis, dans le bon sens : depuis 6 ans, j’ai proposé à trois reprises aux lauréats des BAC PRO de monter un petit dossier de création d’entreprises (individuels ou petits groupes) et de nous soumettre ce dossier pour études et rencontres pour déboucher sur un démarrage avec le soutien de Projet Action. Un exemple aurait été la création d’une vraie menuiserie, bien équipée … il n’y en a aucune de ce type en brousse, pour en trouver une il faut aller à Tuléar (avec Projet Action qui fait fabriquer, chaque année, des centaines de meubles pour des millions d’Ariary!) « En 6 ans, combien croyez-vous que nous avons reçu de dossiers ? … AUCUN ! Je ne referai donc pas une telle proposition. »

La chorale Misafa fait «un tabac » avec deux chansons dans lesquelles il est question du CFP et avec les chansons « Tsaragiso » et « Antsonomarify » et les autres animations sont plus que sympathiques. Suivra un repas euphorique, à l’image de cette belle matinée.

A  16h, j’ai proposé une réunion au village de Tsaragiso et il y a beaucoup de monde ; nous abordons divers sujets dont :

  • le « différent » avec un habitant du village à propos de la rizière de 1 ha offerte en 2013 par Projet Action au CFP. (ce villageois s’est accaparé illégalement cette rizière pendant trois ans …il a récemment souhaité une réconciliation ; j’étais d’accord, mais avec une condition que la rencontre ai lieu en présence du village compte tenu de l’impact que cette histoire a eu lieu sur tout le monde … il a refusé cette proposition.
  • Le broyeur acheté par Projet Action en 2019 pour l’association AVT de Tsaragiso (les poulaillers). Ce broyeur est tombé en panne 3 mois après son bon démarrage et AVT ne l’a pas fait réparer. Dans le même temps, depuis deux ans et demi, AVT n’a rien remboursé à Projet Action (l’achat avait été effectué sous la forme d’un prêt à 0 % d’intérêts). « dans les jours qui viennent, je vais récupérer ce broyeur » (qui sera donné à une association de Milenake que j’ai déjà contacté).
  • Le FC Miss Tsaragiso : je dis toute mon admiration pour ces footballeuses du village : le petit hameau de la commune qui s’est hissé en finale du grand tournoi communale pour sa première participation ! C’est juste extraordinaire et j’encourage les parents à aller les soutenir après-demain dimanche. Je leur dis qu’en ce qui me concerne, je m’organise pour être présent malgré ma participation en tant qu’invité d’honneur à Analamisampy. Quelques joueuses sont présentes et nous leur demandons quel sera le score du match … 2 à 0 pour Tsaragiso… tout le village est d’accord, ce sera donc 2 à 0 !

 

Samedi 25 juin : Levé à 5h30 … il faut être à 7h à Milenake pour le début des grands tournois de boules ; les premiers depuis 2019. Il y a beaucoup d’inscrits mis à part chez les Dada Be (les grands-pères) avec au total 56 doublettes soit 112 participants. Milenake a « perdu » un jeu de boules sur les deux qu’ils avaient, heureusement, j’ai amené le mien qui est intact depuis 20 ans (cela fait effectivement 20 ans que j’ai fait construire ma maison à Tsaragiso). Avec deux jeux de boules, seulement, nous décidons de jouer tous les matchs en 8 points au lieu de 13 ; l’objectif étant que les finales puissent se jouer vers midi.

Les matchs s’enchaînent bien, l’organisation est assurée par un fils de Naivoson.

La chorale Misafa arrive d’Ankaraobato (j’ai envoyé notre 4x4 les chercher, car après avoir déjeuné au resto, ils vont assurer le spectacle pendant que les gagnants prendront leur repas).

L’ambiance est au rendez-vous et les vainqueurs sont tous fiers d’être appelés pour rentrer au resto et prendre place. Ces tournois, organisés par le resto « Le Z’ai Bu » et Projet Action offrent le repas (entrée+ plat+ dessert) aux trois premières équipes de chaque tournoi ainsi que 20000 Ar aux premiers, 10000 Ar aux 2e et 5000 Ar aux 3e.

La chorale est en place, tous les gagnants sont assis, le spectacle peut commencer ! Et les 18 membres de la chorale sont en forme. Dynamisme, chorégraphie et voix, tout est parfait. Nous passons tous un très bon moment. Le concert de 45mn se termine et notre 4x4 ramène la chorale à Tsianisiha pour leur éviter 7km de marche.

Ce soir à Tsaragiso, je conseille à Sandra de dire à toutes ses copines du foot de se coucher tôt et je lui redis que je vais faire tout mon possible pour être à Milenake pour le début de ce grand match.

 

Dimanche 26 juin : le grand jour de la fête nationale, 62e du nom. Nous partons tranquillement vers 9h. Le rendez-vous est à 10h à Analamisampy et nous arrivons avec un peu d’avance, Alijaona appelle M. le Maire et il apprend qu’ils ne sont pas encore prêts ; les gendarmes qui doivent diriger le salut aux couleurs ne sont pas arrivés !

Au bout d’un bon moment, nous voyons arriver vers nous l’équipe de foot des garçons ; les « Blacks Verts », ils viennent de remporter, comme en 2021, la finale du tournoi de foot de la commune et ils sont heureux de nous l’annoncer en montrant la coupe et les chaussures de foot qu’ils ont gagné. Nous étions en attente au sud du village, mais nous décidons de les suivre, car ils veulent nous guider jusqu’au lieu de la cérémonie. Nous arrivons dans l’enceinte de l’école primaire. Les invités de la commune sont là (une centaine de personnes) mais le « peuple » n’y est pas ! Ici, comme ailleurs, la population n’est pas attirée par cette fête alors les communes font venir tous (pas tout à fait) les élèves des écoles primaires (publiques et privées) et du collège … ça fait du monde et ça permet aux Maires et aux gendarmes de défiler en levant les mains !

Il sera quasiment 11h au moment de l’hymne national ! Pendant que le chef de village fait son petit discours de bienvenue, je profite d’être assis à côté du Maire pour lui parler de mon souhait de voir, au moins en partie la finale du tournoi féminin de Milenake « le hameau de Tsaragiso s’est hissé en finale ! ». M. le Maire comprend ma demande et me dit, « c’est normal, je vais aménager le programme pour que vous puissiez partir vers 13h ». Merci M. le Maire.

C’est à mon tour de discourir ; je fais d’abord un rappel de ce qui a été fait en 2021 (5 écoles primaires, 5 salles préscolaires, le CEG, les buts de foot) et je poursuis avec les réalisations 2022 : une salle préscolaire à Namaboha, 2 salles supplémentaires + 2 bureaux pour le CEG, la réhabilitation du vieux bâtiment qui deviendra une bibliothèque pour le CEG et le Lycée et le Lycée lui-même avec plusieurs bâtiments. « ces dernières réalisations seront inaugurées en octobre et il y a déjà plusieurs projets pour 2023 » …. applaudissements. Je rappelle nos 7 communes d’intervention et je dis, pour Projet Action, la nécessité d’intervenir de façon très significative sur la commune pour lui permettre de rattraper son retard et j’ajoute que la très bonne entente que j’ai avec M. le Maire est constructive et facilite l’avancée des projets. Nouveaux applaudissements, il y a même 300 ou 400 villageois qui sont arrivés et qui donnent de la voix !

Mme la chef ZAP nous parle de son bonheur pour la ZAP d’Analamisampy de bénéficier de toutes ces réalisations pour l’éducation des enfants de la commune, elle remercie Projet Action et ses parrains et marraines.

M. le Maire prends, à son tour, la parole ; il ne sait pas comment remercier Projet Action, ses parrains et son président, il se réjouit que j’ai déjà parlé des projets 2023 : « la commune d’Analamisampy est en plein développement, un énorme MERCI à Projet Action, mais chaque villageois participe également à ce développement avec la formulation des projets et , le moment venu, avec la bonne participation des villageois aux « appros » des chantiers (sable, blocages et eau). La commune doit continuer à exercer son dynamisme ! ». M. le Maire nous fait signe de venir, car les animations prévues auront lieu après le repas qu’il a fait avancer pour moi (et une trentaine d’autres invités). Nous allons dans la grande salle de la mairie où le repas est en train d’être servi et les boissons fraîches attendent les convives. A 12 h 45, je refais mon sketch de « la petite chanson en malgache que j’ai apprise hier soir » et nous sortons de la salle. A ce moment une jeune fille m’aborde, avec un français impeccable et me dit rapidement que « pour ma sœur, qui n’est pas là, pourrait-on faire une photo avec vous et mon père si cela ne vous dérange pas ? » « Mais ça ne me dérange pas du tout, où est votre Papa ? » … il est là, et je pose avec Papa pour la photo !

M. le Maire tient à me montrer une petite salle qui vient d’être construite dans l’enceinte de la mairie : c’est une épicerie buvette avec un congélateur solaire. Je lui dit que c’est une excellente idée, une belle et utile réalisation. J’ai juste le temps de lui dire, en vitesse, que pour ça, le plus délicat sera la gestion.

Il est 12h55, notre 4x4 est là je fais signe « au revoir » et nous démarrons, direction Milenake, pour 43km qui seront fait en 45mn. Nous arrivons à Milenake, le match n’est pas commencé, on me dirige vers un fauteuil à côté du Maire, mais je m’esquive pour aller faire signe au FC Miss Tsaragiso que je suis bien là, elles ont l’air contentes de me voir, je leur rappelle l’objectif : 2 à 0 !

Je viens m’asseoir à côté du Maire, les équipes se présentent : Milenake (encore une équipe du chef-lieu de commune réputée meilleure que celle battue en demi-finale) et le FC Miss Tsaragiso, nous allons les saluer … esprit sportif… bonne chance !

Et le match commence en deux mi-temps, de 30mn. Tsaragiso joue contre le vent en 1ère mi-temps mais je les sens très motivées, elles attaquent toutes les balles et ne lâchent rien, je vois aussi qu’elles sont bien organisées et plus « techniques » que Milenake. Tsaragiso a deux occasions de but dont un tir sur le poteau et un but refusé pour hors-jeu. La mi-temps arrive sur le score de 0 à 0. Je vais voir les filles et je leur dis qu’elles sont meilleures que Milenake et qu’en 2e mi-temps elles vont avoir le vent favorable. Vous allez marquer deux buts, comme prévu, allez !

Je vais aussi dire deux mots d’encouragement à l’autre équipe … histoire de montrer mon impartialité.

Le match reprend. Le Maire me dit qu’il a l’impression que ce match va aller aux prolongations, je lui dis « non , Tsaragiso va gagner 2 à 0, comme prévu », il me dit « comment ça « comme prévu » ? Je lui dit « oui, le village a voté pour ce score avant-hier ! » et il me dit « ah bon ». (il est évidemment assez aventureux de faire publiquement une telle déclaration mais … c’est comme ça). Tsaragiso domine nettement, Milenake dégage souvent en touche devant les assauts de Tsaragiso, il reste 15mn à jouer et le score est toujours de 0 à 0. Arrive la 16e minute, Sandra met deux adversaires « dans le vent » avec un dribble et un « râteau », il s’en suit un magnifique « une deux », petit cafouillage et l’avant-centre de Tsaragiso met la balle au fond des filets. Explosion des supporters de Tsaragiso soit environ 5 % des spectateurs ; il y a environ 500 spectateurs dont 95 % sont acquis à la cause de Milenake. Engagement, Tsaragiso repart de plus belle, les filles de Milenake paniquent et font des fautes. Il restait moins de deux minutes à jouer quand l’ailier gauche de Tsaragiso, d’un superbe tir croisé, inscrit le 2e but ! Joueuses et supporters sont déchaînés, personnellement je reste calme en bondissant discrètement de mon fauteuil en plastique, en hurlant et en levant les deux bras. Fin du match, c’est INCROYABLE, FANTASTIQUE, je vais féliciter les joueuses, elles débordent de joie, heureuses et fières mais … pas étonnées ! Je vais leur acheter 60 sambos et je leur dis que l’on va les ramener à Tsaragiso en 4x4 mais elles préfèrent rentrer à pieds … ce qui leur permettra de traverser Milenake, Ambatolily, Antsirasira et Ankaraobato en dansant et en chantant « 2-0, on leur a mis 2-0, Tsaragiso championnes », « et qui a gagné ? » « c’est Tsaragiso, c’est Tsaragiso » « Milenake n’a vu la balle que deux fois … elle était au fond de leurs filets ». Dans les villages, les gens applaudissaient, nous suivons derrière et le cortège magnifique a mis une bonne heure pour arriver à Tsaragiso, une arrivée que je vous laisse imaginer avec les cris des filles et les coups de klaxon du 4x4. Les familles ; parents, frères et sœurs, des plus petits aux plus âgés, accourent de partout et tout le monde se rassemble devant ma maison, on peut estimer à 200 personnes minimum, la liesse est à son comble : je prends la parole pour dire que « vos filles sont extraordinaires, elles méritent complètement leur victoire et Tsaragiso est extra-ordinaire, notre petit hameau a battu tous les gros villages de la commune, nous pouvons être fiers et émus dans des moments comme ceux-là. Les filles ont gagné, car elles étaient organisées, solidaires, motivées et techniques, la défaite et le renoncement ne font pas partie de leur vocabulaire, c’est un bel exemple pour nous tous ». J’avais promis une belle récompense et je leur remet 40000 Ar (ce qui fait 70000 Ar au total (env. 17€) qui s’ajoutent aux 100000 Ar de prix remis par la commune.)

Le calme revient dans le village, qui hier encore, rêvait d’une victoire et ce soir … on ne rêve plus, mais on en parle : « il paraît que votre fille fait partie du FC Miss Tsaragiso, c’est une championne ! Comment ont-elles fait pour battre toutes les autres ?», « Oui, elle est dans l’équipe, une bien belle équipe et ma fille se défend … c’est un peu une tradition dans la famille ».

 

Lundi 27 juin : un peu de repos. Vers 15h, Alijaona part pour Analamisampy chercher l’équipe des « Blacks Verts » (les garçons footballeurs) qui disputeront demain matin un matche Ankaraobato contre les gars de Tsaragiso. Les 18 gars dormiront dans la salle culturelle, mais avant ça, nous les invitons au repas du soir avec une chèvre et du riz au menu. Les gars de Tsaragiso ont préparé le terrain et ils viennent à 4 ou 5 au début du repas pour donner 10000 Ar à l’équipe d’Analamisampy « pour vous payer un café et des mokares (beignets de riz) pour le petit déjeuner demain matin.

 

Mardi 28 juin : Nous sommes à 8h30 au terrain de foot qui est dans l’enceinte de l’école primaire.Tous les joueurs sont là et il y a déjà des spectateurs. Le match démarre à 9h, l’équipe de Tsaragiso (renforcée de 5 joueurs d’Ankaraobato) prend immédiatement le contrôle du ballon. Ils dominent nettement et auront 7 occasions franches de but en 1ère mi-temps qui se termine sur le score de 0 à 0 !

La 2e mi-temps démarre avec 3 nouvelles occasions pour Tsaragiso, mais … l’unique occasion pour Analamisampy fait mouche et ils emportent le match ! Il y aura un match retour en octobre !

 

Mercredi 29 juin : Dans l’après-midi, nous recevons les brodeuses qui me livrent 50 sacs épices, 10 séries de trois torchons et 5 séries de deux sacs à pain, tout est parfait et je repasse une commande de 20 séries de torchons et 10 séries de sacs à pain + une nappe pour Françoise, la marraine qui participera à la mission d’ octobre.

 

Jeudi 30 juin : Ce soir, nous invitons Lisa et notre chauffeur Joëlson au repas avec au menu : carottes râpées, dindon à la Tsaragiso et bananes flambées au miel de baobab accompagnées d’un biscuit pur beurre breton à la fleur de sel de Guérande  …. excusez du peu, nous savons recevoir !

 

Vendredi 1er juillet : Nous avons rendez-vous à 9h à Betakilotse avec M. Lalao l’entrepreneur qui a réalisé l’école primaire de 4 salles et la grande salle préscolaire. Le chantier est terminé et nous allons faire la réception provisoire. En plus de M. Lalao et son équipe d’ouvriers, il y a pas mal de parents d’élèves et d’enfants, tout ce monde a l’air très joyeux.

Les dimensions ont déjà été vérifiées, je vérifie une par une la fermeture des portes d’entrée (de belle qualité en bois dur) sans oublier les portes des placards. Je vérifie également la fixation des étagères des placards et heureusement, car les ouvriers ont oublié de pointer plusieurs étagères. M. Lalao fait immédiatement finir le boulot.

Je pose avec les parents d’élèves pour une photo devant l’école. La réception provisoire est prononcée.

Au retour, nous faisons un crochet par Antsonomarify pour dire au revoir à la chorale et arrivés à Tsaragiso, nous rangeons la maison ; demain c’est le départ pour Tuléar et dimanche le vol pour Tana le matin et vol à 22h pour Paris.

Vivement octobre pour toutes les fêtes d’inaugurations et pour lancer la bonne utilisation de toutes nos réalisations 2022 pour le mieux-être et le mieux-étudier de plusieurs centaines d’enfants et de jeunes.

 

Philippe MEYER – Président de Projet Action

 

Dans le cercle, le territoire d'intervention de PROJET ACTION
Version imprimable | Plan du site
© ASSOCIATION PROJET ACTION