Réunions au téléphone amplifié Vues d’ici

 

Il y en a eu trois : le 28 mars à Analamisampy, le 29 mars à Ankiliabo (commune d’Ankililoake) et le 30 mars à Betakilotse (commune de Tsianisiha). Celles d’Ankiliabo et de Betakilotse ont été précédées de REA (fiche de Réalité de l’État Actuel) qui m’ont permis de préciser les projets, en l’occurrence les effectifs des enfants et des enseignants, l’existence éventuelle d’une ou deux salles de classe … Tous ces projets ont été recensés pendant la dernière mission de janvier et placés comme prioritaires par les communes concernées.

 

Les rendez-vous téléphoniques ont été fixés à 10 h 30 (heure de Madagascar). Depuis moins de 48 h, nous avons changé d’heure en France, nous n’avons plus deux heures de décalage, mais seulement une heure.

 

A 9 h 20 ce lundi 28 mars, j’allume mon ordinateur, mais « le vieux » qui aura bientôt huit ans rame dur depuis quelque temps… j’ai préparé mon intervention (dont une bonne partie en malgache), j’arrive enfin sur la bonne page.

 

9 h 30 je compose le numéro, Alijaona décroche et je dis en malgache : « Bonjour, ici, c’est le Masikoro fotsy (Masikoro blanc), bonjour Analamisampy, bonjour les Masikoro, bonjour M. le maire, bonjour Perfectha et Tovondrainy, quelles nouvelles chez vous ? », « J’aurai bien voulu être présent physiquement, mais je suis seulement au téléphone depuis la France », « A t’il plu chez vous ? Un peu ! C’est super, les manioc, maïs et lentilles vont bien pousser », « Y aura t’il des lentilles en juin ? Oui ! Tovondrany, tu me réserves 5 kapoaka pour juin ! »

« Si vous en êtes d’accord, le 26 juin (fête nationale) je serai avec vous à Analamisampy » … la foule (Alijaona m’a dit qu’il y avait près de 400 personnes) réagit fortement en disant « EKA » (d’accord).

Je poursuis (toujours en malgache) « et seriez-vous d’accord pour m’inviter le 17 octobre avec un bon sakafo (repas), de la THB manitse (fraîche) et de la musique ? » D’accord ? Super ! « Puisqu’on sera tous là (en français), je vous propose une idée : on pourra en profiter, ce jour là, pour inaugurer le lycée complet d’Analamisampy ». Je laisse à Alijaona le temps de traduire et j’entends les cris de joie. M. le maire prend le téléphone et me dit (fort et tout excité) « Misaotra Projet Action ! » (merci Projet Action)

 

Je détaille ensuite la composition du lycée : un grand bâtiment de 4 salles de classes, un logement de 3 pièces pour le proviseur, un bâtiment avec trois bureaux, une salle des profs et un local de stockage, des toilettes, trois compartiments et deux « kiosques » (petite construction de 2 m sur 2 m avec un toit en tôles, les murs en claustras et trois bancs en béton à l’intérieur, donc deux coins pour papoter à l’abri de la pluie et du soleil).

 

J’annonce aussi que nous pouvons répondre à la demande de deux salles supplémentaires pour le CEG et je viendrai en juin avec nos trois entrepreneurs pour examiner le vieux bâtiment (env. 40M²) à propos duquel M. le maire disait en janvier « ça pourrait faire une belle bibliothèque pour le CEG et pour le futur lycée » (pas folle la guêpe !) …. j’entends encore des cris, des « Projet Action », des applaudissements …

 

Je poursuis une fois de plus en demandant aux villageois de Namaboha : « où est le préscolaire de Namaboha ? », « Tsy misy » (il n’y en a pas !), « Tsy misy ? Ah, tsy lassa » (il n’y en a pas ? Ça ne va pas, ce n’est pas bien !). « Et si vous m’invitiez le 18 octobre avec un repas, de la musique, et (si vous insistez vraiment) une THB bien fraîche ? ». Ils sont d’accord … « Alors ce jour-là je vous propose que l’on inaugure la grande salle préscolaire de Namaboha avec les meubles à l’échelle des enfants et des livres pour eux ». Difficile de raconter la réaction des villageois de Namaboha venus spécialement à Analamisampy (à plus de 10 km) pour le cas où il y aurait des nouvelles sur ce projet.

 

Je vous laisse imaginer, alors imaginez bien des sourires, des rires, du bruit, des cris … le tout très fort et très joyeux, vous multipliez tout ça pas dix et vous y êtes. Nous avons chanté !

 

Le lendemain, mardi 29 mars à Ankiliabo (commune d’Ankililoake)

Ankiliabo, village de 3800 habitants, est situé à 5 km  à l’ouest d’Ankililoake. Une école de 3 salles de classes a été réalisée en 1995 par Aide et Action. Les effectifs actuels sont de 771 inscrits pour le préscolaire et le primaire … je vous laisse imaginer la situation : 3 classes pour 771 enfants …

 

Il est 9 h 30, je compose le numéro d’Alijaona, mais … ça ne passe pas ! J’attends une minute et je recommence … toujours rien, à la sixième tentative, je commence à me dire que c’est mal parti pour Ankiliabo aujourd’hui. J’étais prêt à abandonner et trois minutes après, j’essaye une septième fois ; ça sonne et Alijaona décroche, je me ressaisis et je dis (en malgache) « Bonjour, ici, c’est le Masikoro fotsy ! » et j’entends un tonnerre de cris de joie. Alijaona me dit qu’il y a plus de 200 personnes.

 

J’enchaîne avec mon scénario qui commence à être bien rodé : « J’aurais bien voulu être présent, mais …. » , « J’ai une question ; êtes-vous d’accord pour m’inviter le 20 octobre avec un repas, de la musique ? » , « Il y a 771 inscrits dans votre école, comment faites-vous pour les faire rentrer dans vos 3 classes ? », « Avez-vous un chausse-pied ? », après la traduction, j’ai entendu quelques rires. « Et où est la salle pour les préscolaires ? Tsy misy ? »

 

« Puisque vous êtes d’accord pour le 20 octobre et que nous serons tous ensemble, je vous propose que nous en profitions pour inaugurer, ce jour-là, 4 nouvelles salles de classe pour les primaires et une grande salle spéciale pour les préscolaires avec des meubles adaptés à l’âge des enfants et des livres, ça sera ici à Ankiliabo »

 

« Tsy reko ! », « je ne vous entends pas ! », « plus fort !», « encore une fois ! », c’est bon, calmez-vous ! ». C’était du délire à Ankiliabo, croyez-moi. Alijaona m’a dit ensuite que le député de la zone, originaire de ce village, avait les larmes aux yeux en m’écoutant et en entendant les réactions des villageois.

Les travaux commenceront le 22 avril.

 

Une délégation de quelques personnes (chef de village, directeur du CEG … ) était venue d’Antseva (à 20 km au nord) pour entendre s’il y avait du nouveau sur leur demande d’une ou deux salles supplémentaires pour le CEG (réalisé en 2020 et inauguré en janvier dernier).

 

Je m’adresse à eux et au maire de la commune avec le même scénario et j’annonce : « le 19 octobre, nous inaugurerons les deux salles supplémentaires pour le collège d’Antseva ! Les travaux commenceront le 2 mai. »

Et, bien sûr, nous avons chanté !

 

Mercredi 30 mars, direction Betakilotse (commune de Tsianisiha)

Trois appels et ça passe, il est 9 h 30, bien sûr, et la sono est branchée : « Bonjour les Masikoro ! », j’entends ma voix qui sort des hauts-parleurs. « Bonjour Betakilotse, bonjour M. le maire ». « Je ne suis jamais venu à Betakilotse, c’est à combien de kilomètres de Tsianisiha ? », « A mon avis, je passerai vous voir en juin avant d’aller inaugurer le Centre de Soins de Bevala ».

 

« Où sont l’école et le préscolaire de Betakilotse ? », « il n’y en a pas ? C’est sous le tamarinier ? »

 

« Je vous propose de m’inviter à un repas le 21 octobre, êtes-vous d’accord ? Oui ? Très bien … nous en profiterons, ce jour-là, pour inaugurer une école primaire de quatre salles et une salle spéciale pour les préscolaires » !

 

La réaction du village que je n’ai pas encore eu l’occasion de visiter, est à la hauteur de leur étonnement et de leurs rêves. Les villageois connaissent Projet Action et Philippe Meyer par toutes les réalisations que nous avons faites dans la commune depuis 2006, à Tsianisiha et dans pas mal d’autres villages, Tsiafanoke, Andoharano, Soaloke, Beravy, Behompy …. Mais aujourd’hui Projet Action leur a parlé … à eux seulement, c’est assurément un événement historique.

Alors on a chanté !

 

Philippe MEYER – Président de Projet Action

 

 

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